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Affaire Jacques Bouthier. La présidente de l'AMDV dénonce le "deux poids deux mesures" de la justice française


Libé
Vendredi 21 Juillet 2023

Affaire Jacques Bouthier. La présidente de l'AMDV dénonce le "deux poids deux mesures" de la justice française
La justice française "n'est pas indépendante et applique la politique de deux poids deux mesures dans l'affaire Jacques Bouthier, accusé de traite d’êtres humains et d'exploitation sexuelle au Maroc et en France", a dénoncé l’avocate et présidente de l’Association marocaine des droits des victimes (AMDV), Me Aïcha Guellaa.

 Dans un entretien accordé à la MAP, Mme Guellaa a fait part de l’étonnement de l'AMDV de la décision de la justice française d’accorder la liberté provisoire à Jacques Bouthier, en dépit du fait qu'il ait commis des crimes graves de viol et de traite d’êtres humains, "comme le prouvent les vidéos dont dispose la justice française".

 En acceptant d'accorder à Jacques Bouthier la libération sous caution, le juge d'instruction français "s’est plié au pouvoir pécuniaire de cet homme richissime, considéré comme l'un des hommes les plus fortunés de France", a-t-elle avancé, notant que la poursuite en état de liberté relève du pouvoir discrétionnaire du juge, passe par la garantie de la présence de l'accusé aux audiences, et n’est pas recevable lorsqu’il s’agit d’actes criminels graves comme ceux commis par Jacques Bouthier.

 "Quelle sécurité ou protection la justice française offre-t-elle aux victimes de Jacques Bouthier, alors qu'elles le voient vivre une vie normale pour la simple raison qu'il est puissant financièrement ?", s'est interrogée Mme Guellaa.

 Elle a, dans ce sens, critiqué la "sélectivité" avec laquelle la justice française traite cette affaire, se demandant si cette dernière allait traiter cette affaire de la même manière si les victimes étaient des Françaises.

 La présidente de l'AMDV a souligné que le Maroc peut donner des leçons à la justice française à travers des affaires similaires, notant qu’à Tanger, l'affaire Jacques Bouthier "a suivi son cours normal dans le respect des dispositions de la procédure pénale et du droit pénal, notamment devant la police judiciaire, après avoir soumis nos plaintes au procureur général du Roi près la Cour d'appel, et devant le procureur général du Roi lors de la confrontation des accusés et des victimes, et même devant le juge d'instruction, suite à quoi l’affaire a été renvoyée à la Chambre criminelle de la Cour d'appel de Tanger".

 En revanche, a-t-elle relevé, cette affaire a connu, en France, "une évolution nébuleuse, dans la mesure où nous avons observé autant la poursuite en détention de policiers ayant été corrompus par Jacques Bouthier, qu’une lenteur surprenante de la procédure, dont le délai entre deux audiences peut atteindre jusqu’à six ou sept mois, portant ainsi atteinte aux droits des victimes et à l'indépendance de la justice". Cette indépendance est absente dans le système judiciaire français, a dit Mme Guellaa, car le procureur de la République relève du ministère de la justice et du gouvernement, contrairement au Maroc où le pouvoir judiciaire est indépendant.

 Elle a, en outre, affirmé que les affaires de traite d’êtres humains sont passibles au Maroc de peines allant jusqu'à 20 ou 30 ans de prison, avec une aggravation de la peine dans les cas où les victimes sont des enfants.

 Et d’ajouter que l'adoption par le Maroc de la loi sur la traite des êtres humains, après la ratification du Protocole de Palerme, a permis à la justice de requalifier un ensemble d'actes criminels inscrits dans le cadre du viol ou de l’aménagement d'un local pour la prostitution en crimes de traite d’êtres humains.
 
 La présidente de l'AMDV a, par ailleurs, indiqué avoir demandé au juge d'instruction d'émettre une commission rogatoire en France pour suivre l’affaire de Jacques Bouthier, actuellement en liberté provisoire en France, et vu que des responsables de la société qu'il dirigeait ont fui la justice marocaine vers la France et vivent normalement à l'heure actuelle, malgré les crimes graves qu’ils ont commis.

Elle a, dans ce cadre, critiqué le parquet général de France qui "n'a pas bougé le petit doigt, malgré la campagne médiatique au Maroc et en France au sujet de cette affaire".

Mme Guellaa n'a pas caché son pessimisme quant à la possibilité pour la justice française d'interagir positivement avec cette commission rogatoire. "Je ne suis pas optimiste au vu de la situation et du cours qu'a pris le dossier en France, malgré tous les actes criminels commis contre des jeunes femmes marocaines et des jeunes femmes en France", a-t-elle déclaré.

Selon Mme Guellaa, la justice française "a prouvé, à travers l’affaire Jacques Bouthier, qu'elle n'est pas indépendante", soulignant "l’ingérence d’organes officiels dans la justice française" et "l'existence d'autres milieux qui manipulent le juge français".

 Elle a, à cet égard, souligné que ce dossier a été politisé au regard de la situation des relations maroco-françaises, au détriment des droits des victimes et de leur protection.

 La présidente de l’AMDV a, de même, dénoncé la sélectivité adoptée par certaines organisations internationales qui, sous prétexte de la défense des droits de l'Homme, font siennes des affaires spéciales impliquant des personnes bien précises, citant à titre d’exemple l'organisation "Reporters sans frontières" qui défendait des personnes accusées de crimes de droit commun (Taoufik Bouaachrine, Omar Radi, Souleiman Raissouni).

 A l’instar de la justice française qui a perdu son indépendance, a expliqué Mme Guellaa, ces organisations sélectionnent certaines affaires pour servir l'agenda de ceux qui sont à leur solde, et leurs rapports sont exploités par des organismes officiels qui sont instrumentalisés pour faire pression sur le Maroc.

Et Mme Guellaa de conclure que l'AMDV continuera à défendre les victimes et leurs droits, appelant la justice française à s'inspirer de la justice marocaine et à respecter les normes internationales de protection des droits des victimes d’agressions sexuelles, tout en rappelant qu’il s’agit du système judiciaire du pays où a été adoptée la Déclaration universelle des droits de l'Homme.


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