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​Un Banksy vendu aux enchères au profit d’un hôpital de Bethléem




Le street artiste Banksy a récemment mis en vente un triptyque de peintures sur la crise migratoire au profit d’un hôpital pour enfants de Bethléem, en Cisjordanie, selon la maison d’enchères londonienne Sotheby’s, chargée de la vente. Les trois peintures à l’huile qui composent “Vue de la mer Méditerranée, 2017” constituent une réponse de l’artiste à la crise migratoire qui frappe l’Europe depuis les années 2010.
Celui-ci a “pris trois vieilles toiles romantiques qui représentaient des paysages marins du XIXe siècle”, qu’il a ensuite parsemé de “gilets de sauvetage ou de bouées abandonnées”, explique Sotheby’s dans un communiqué.
Avec ces toiles, Banksy “juxtapose dans son style inimitable un genre artistique historique avec une question politique contemporaine - la mort tragique de milliers de migrants qui ont tenté de traverser la Méditerranée pour atteindre l’Union européenne”, selon la maison d’enchères.
Depuis sa création en 2017, le triptyque mis en vente entre 800.000 et 1,2 million de livres (878.000 et 1,3 million d’euros), était exposé à Bethléem, dans l’hôtel “The Walled Off” ouvert par l’artiste lui-même, où toutes les chambres donnent directement sur le mur érigé par Israël en Cisjordanie.
Banksy a annoncé qu’il reverserait l’intégralité des bénéfices à l’hôpital BASR de Bethléem, afin de financer une nouvelle unité de prise en charge des AVC et l’achat d’équipements pour la rééducation d’enfants.
L’artiste contemporain aborde régulièrement la question de la crise migratoire. En 2015, il avait peint un portrait de Steve Job, cofondateur d’Apple et fils d’un migrant syrien, sur le mur d’un camp de réfugiés à Calais, dans le nord de la France. Il avait aussi réalisé en 2019, à la Biennale de Venise, le pochoir d’un enfant en gilet de sauvetage, tenant une fusée de détresse rose.
Il est à rappeler que l’autodestruction partielle et provocatrice de sa toile en octobre 2018, juste après son acquisition chez Sotheby’s à Londres par une collectionneuse pour 1,042 million de livres, avait sidéré le petit monde de l’art contemporain et créé un buzz planétaire. La “Petite fille au ballon”, dessin montrant une enfant laissant s’envoler un ballon rouge en forme de coeur, avait été happé par une déchiqueteuse dissimulée par Banksy lui-même. L’artiste semblait se moquer du monde des enchères, tout en en profitant.
Tel Arsène Lupin, le street artiste fait ainsi des coups stupéfiants mais reste invisible. L’ancien gamin de Bristol joue de son identité soigneusement cachée pour renforcer l’impression qu’il serait doué d’un don d’ubiquité et peut frapper partout. Ce qui fait penser à beaucoup qu’il serait aidé et compterait des complices parmi ses fans, comme celui qui, ce jour-là dans la salle à Londres, avait actionné à distance la déchiqueteuse.
Depuis 2013 Banksy a joué de toutes sortes de provocations, comme la fausse Joconde au Louvre, des gardes royaux en train d’uriner contre un mur ou des thématiques sociales plus graves, mettant en scène des enfants ou des rats.
Banksy a le sens de l’histoire, du timing, des symboles... Ainsi à Noël dernier, il expose une crèche emmurée devant des pans de mur transpercés par un obus à Bethléem, en Cisjordanie occupée. Douze ans plus tôt, il avait dessiné sur le mur de sécurité une petite fille fouillant au corps un soldat israélien bras en l’air...Ce sens de l’histoire est assorti d’un bon flair pour les affaires: en octobre, pourfendant le Brexit, il a fait vendre aux enchères pour 11,1 millions d’euros une toile intitulée «Le parlement des singes», montrant des chimpanzés occupant tous les sièges de la chambre des communes. Aux yeux de ceux qui critiquent ces provocations, ce montant faramineux montre que Banksy joue sur les deux tableaux, celui de la défense des opprimés et des humbles, mais dans la cour des plus riches, une bonne partie de ses oeuvres finissant désormais dans les salles de ventes.
 

A.A
Mercredi 5 Août 2020

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