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​Tayeb Biad : La présence des intellectuels dans le champ médiatique marocain est très timide




​Tayeb Biad :  La présence des intellectuels dans le champ médiatique marocain est très timide
Voici un historien qui n’entend guère abandonner sa mission d’intellectuel. Il persiste et signe en précisant que l’objet de l’histoire n’est point l’événement passé, mais l’Homme, sinon les Hommes. D’où la nécessité d‘aborder les événements présents, et par là contribuer aux débats actuels, avec une mise en contexte historique pour en connaître les origines. 

Libé : Comment votre livre «La presse et l’histoire» a-t-il été reçu par les médias?
Tayeb Biad : J’ai effectivement choisi pour le prologue de mon dernier livre un intitulé bien réfléchi, parce qu’il est porteur d’une opinion et d’une thèse en faveur d’une « critique du conflit artificiel entre presse et histoire ». J’ai conclu que « les historiens rénovateurs n’ont pas livré de guerre aux journalistes. Bien au contraire, ils ont opté pour la presse, tissant des liens étroits avec les journalistes et assurant une large circulation de leurs productions scientifiques.
Leurs véritables batailles étaient plutôt livrées à leurs collègues objectivistes qui les ont accusés d’avoir développé la profession. Ils ont estimé que la jeune sociologie durkheimienne méprise l’histoire et prétend même la dominer. Cela a été la vraie bataille à laquelle Marc Bloch et Lucien Febvre avaient donné naissance et au cours de laquelle Fernand Braudel est devenu la figure emblématique, avant que l’historien n’en prenne une place dans le monde du 4ème pouvoir». 
Au Maroc aussi, plusieurs historiens comme Jemaâ Beida, Mustapha Bouâziz, Khaled Bensghir ont mené de telles expériences avec la presse, confirmant que ces relations étaient plutôt complémentaires et interactives, de surcroît lorsque l’historien et le journaliste savent comment se respecter mutuellement.  C’est pourquoi mon livre a été bien accueilli par la presse, et les sociologues bien qu’il consacre un chapitre entier aux critiques des historiens à l’encontre des sociologues.  Sincèrement, la parution du livre  a été très suivie par les médias audiovisuels et la presse écrite.

Pouvez-vous nous rapprocher des grands axes de ce livre ?
Il s’agit du bilan d’une double expérience. La première est celle d’un enseignant et encadrant de recherche en histoire contemporaine à la Faculté des lettres et des sciences humaines de Rabat. Lors de cette expérience, j’ai essayé d’aborder cette relation entre l’historien et les différentes disciplines en sciences humaines et sociales, dont les sciences de communication en général. 
La seconde expérience a trait à ma responsabilité au sein de la rédaction de la revue « Zaman », version arabe, en tant que conseiller et chroniqueur, où j’ai essayé de résumer et traduire mes préoccupations intellectuelles. C’est pourquoi le titre « La presse et l’histoire » a été expliqué par le sous-titre « Eclairages interactivités avec les questions des temps présents ». 
L’on a ainsi mis l’accent sur les expériences de plusieurs historiens ayant traité des questions de leurs époques dans des contextes et des approches différentes, ainsi que des expériences de journalistes ayant puisé dans l’histoire pour enrichir leurs écrits journalistiques. 
Quelle lecture faites-vous du champ médiatique marocain ?
Notre génération avait l’habitude de regarder une seule chaîne, avec une diffusion limitée dans le temps. Par la suite l’on avait été heureux avec l’avènement de la deuxième chaîne dans un contexte particulier. Même parcours avec les radios et la presse écrite limitée aux journaux partisans et quelques titres très proches du pouvoir. Aujourd’hui, nous vivons au rythme d’une pluralité médiatique infinie, conjuguée à une surabondance de chaînes satellitaires. Ceci a exigé des médias marocains de se mettre à niveau pour faire face à la concurrence. La question qui se pose est : « Quels sont les paramètres, les normes et les enjeux de ce processus de mise à niveau» ?. J’estime que le secret de tout produit médiatique se fonde sur le respect de l’intelligence de l’instance de réception. 
Quels rapports tenez-vous personnellement avec les médias marocains ? 
Il s’agit de rapports interactifs et productifs, entamés d’abord par le journal L’Economiste, depuis plus de dix ans,  lorsque j’avais supervisé l’élaboration de deux dossiers sur l’histoire du Maroc moderne. L’interactivité a été approfondie au sein de la revue « Zaman », comme collaborateur avec la version française, au début, puis en tant que conseiller de la rédaction et chroniqueur dans la version arabe. J’ai beaucoup appris aux côtés de journalistes tels que Abdellah Tourabi et Ismaïl Bella Ouali. Nos rapports étaient complémentaires et interactifs, dictés par le respect des attentes des lecteurs. 
Les médias marocains sont-ils suffisamment ouverts envers les intellectuels marocains ?
Le constat est sans conteste ! La présence des intellectuels dans le champ médiatique marocain est très timide. Ils ne sont pas des initiateurs, mais répondent uniquement à des invitations de journalistes pour contribuer à certains débats. J’invoque comme contre-exemple des dossiers culturels préparés par des intellectuels au profit de la presse, des émissions télévisées préparées et animées par des intellectuels également.
Le besoin d’une industrie culturelle est incontournable, et passe par l’implication des intellectuels et l’ouverture des organes de presse pour avoir un produit de qualité sinon on retombera dans la médiocrité et l’obscurantisme. Trois capitaux devraient s’allier : le capital financier (producteur), le capital intellectuel (l’intellectuel) et le capital communicationnel (journaliste).



 

Entretien réalisé par Mustapha Elouizi
Lundi 13 Mai 2019

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