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Les 35 souks hebdomadaires battent campagne : A Settat, la population attend le changement




Au début, il n’y avait que Sidi Loghlimi, la Casbah ismaélienne, le quartier européen, le chemin de fer, la Souika et les bidonvilles. Prise en tenaille entre Casablanca et Marrakech, la ville vivait hors du temps. Seules les saisons agricoles y meublaient les discussions et les bonnes semailles les animaient. Délaissée de tous sauf, peut-être, par ceux que la fatigue du voyage obligeait à y faire halte pour prendre un repas et se désaltérer, Settat concentrait l’essentiel de ses activités dans une traversée centrale encombrée de commerces liés à la route.
Elle vivait sa semaine, et elle la vit toujours, au rythme des 35 souks hebdomadaires, cinq se tenant le lundi, six le mardi, quatre le mercredi, six le jeudi, cinq le vendredi, quatre le samedi et cinq le dimanche.
Révolus sont ces temps dont tous les « quadras » bon chic – bon genre qui ont quitté les modestes demeures de la ville pour les lambris des salons cossus de la capitale ne veulent plus se souvenir ? Non, puisque la simple fréquentation des souks permet d’en raviver le souvenir. En ces temps de campagne électorale, ils sont même utilisés comme argumentaires par nombre de VRP des partis en lice.
Pour se rendre compte, il suffit d’avoir fait ses emplettes à Jamaât Guisser, à Jamaât Oulad Abbou, à Jamaât Leriah, à Jamaât Oulad Mhamed ou à Jamaât Lekrakra.
Il suffit également de s’être rendu samedi à Sebt Ras El Aïn, à Sebt Oulad Freiha, ou à Sebt Sahel ou d’avoir mis les pieds, dimanche, à Had Soualem, à Had El Brouj, à Had M’Zouira ou à Had Deroua.
Repères géographiques incontournables, les souks constituent également des lieux de socialisation par excellence. Voire des lieux qui permettent toutes sortes d’échanges : monétaires, commerciaux et d’information. Bref, ils égrènent la vie du monde rural dont ils sont une partie intégrante et dont ils reproduisent les caractéristiques les plus marquantes. On y flâne, on s’y mélange et, éventuellement, on y traite des affaires.
Cependant, l’essentiel n’est pas d’avoir quelque chose à vendre ou à acheter. Ce qui compte le plus, c’est de parler, d’écouter parler, de bavarder … Bref d’informer et de s’informer. Le souk, c’est à la fois le marché, le café de commerce, la radio, etc. Sans lui, la vie des ruraux deviendrait insupportable. Tellement insupportable que ces derniers manqueraient au moindre de leurs devoirs traditionnels et qu’ils ne pourraient plus faire jouer cette solidarité et cette entraide sans lesquelles la vie dans les campagnes perdrait ce caractère bucolique qui fait rêver tant de citadins.
Particulièrement ceux qui confondent l’ocre de nos sols brûlés par la sécheresse et la canicule avec la fraîcheur des vertes contrées d’outre-Méditerranée. Certains candidats le font allègrement. Reconnaissables à leurs costumes cravates et à leur façon de manier le verbe en y adjoignant nombre de locutions qu’il est difficile pour les petites gens de comprendre, ils semblent perdus au milieu d’un monde qui n’est pas le leur. Citadins jusqu’au bout des ongles, ils ont été poussés par leurs partis à se présenter en des régions avec lesquelles leurs relations sont plus que distendues. A moins qu’ils n’en aient fait délibérément le choix.  Pour les communes de moins de 35.000 habitants, au nombre de 1411 au niveau national, les conseillers seront, en effet, élus au scrutin uninominal. Ce qui rend la tâche des candidats à fois facile et difficile. Et surtout complexe de par le fait que le scrutin uninominal, en cours dans nombre de nos campagnes, repose principalement sur le contact direct et sur la capacité des postulants à convaincre de leur intégrité, de leur probité et du bien-fondé de leur discours et ce en l’absence de débats véritables sur des programmes.
L’essentiel est ailleurs : les relations de sang et les prébendes peuvent, parfois, devenir de plus en plus déterminantes dans la course aux sièges.
La présence des candidats dans les marchés ruraux leur permet de voir et d’être visibles. Dans les endroits où l’habitat est tellement dispersé qu’il rend difficile tout porte-à-porte efficient, certains habitués des joutes électorales viennent au souk dominical pour conforter leur image de facilitateurs, d’intercesseurs et de protecteurs. Des sortes de boucliers contre le caractère tatillon de l’administration en matière d’application des lois touchant à l’urbanisme et à l’habitat en milieu rural, à la conservation foncière et à la répression de certains délits de droit commun. Pour les autres, nouveaux venus à la politique ou citadins perdus en milieu rural, la logomachie semble être la seule panacée. La campagne électorale qui tire à sa fin, ne semble pas avoir totalement réussi à s’édulcorer aux couleurs de la campagne marocaine. 

Mohamed Sakhi
Jeudi 11 Juin 2009

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