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Le Maroc en noir et blanc




On peut poser comme proposition de travail que le coffret DVD édité par le CCM, à l'occasion du Cinquantenaire du film de Osfour, peut être abordé comme un corpus représentatif du cinéma des années 70. Instaurer un corpus c'est poser en effet un ensemble d'éléments constitutif d'un phénomène. A la base, des critères explicites sont convoqués pour justifier, légitimer la constitution dudit corpus. Le coffret propose cinq films: Soleil de printemps de Latif Lahlou,  Wechma de Hamid Bennani, Chergui de Moumen Smihi, Mirage de Ahmed Bouanani et Le Facteur de Hakim Noury. Première constatation, les films couvrent effectivement une décennie: de 1969 (Soleil de printemps) à 1980 (Le facteur). Ce sont en outre des films en noir et blanc, mais, critère ultime, ce sont des films produits par le Centre cinématographique marocain. Ceci, finalement, expliquant cela.
Cependant,  le coffret ouvre sur un horizon de réception qui met notamment à  la disposition du discours critique une possibilité de référentialiser ses analyses et de les asseoir sur un socle. Pendant très longtemps, le discours développé autour des films relevait des impressions nées souvent d'une première vision dans le contexte de la salle ou accessoirement de la télévision à l'occasion de l'une des programmations de ces films qui relèvent aujourd'hui des classiques du cinéma marocain.
Ce coffret ouvre alors une nouvelle page dans la pratique du discours critique: il dispose d'un ensemble de films extensible à une décennie et sur la base d'un support, le dvd aux vertus didactiques indéniables.
L'arrêt sur image, exercice pédagogique et critique de référence, est maintenant à portée de télécommande ou de clavier car on peut avec son ordinateur portable écrire son article et visionner sur le même écran des séquences de tel ou tel film. A la linéarité de la vision du film dans la salle de cinéma succède ici l'approche tabulaire: on peut arrêter l'image, revenir en arrière, accélérer…convoquer tel fragment ou tel autre: l'art de la citation inhérent à tout exercice didactique ne se fie plus au rappel aléatoire de la mémoire. On peut par exemple confronter la séquence d'ouverture de Soleil de printemps à celle de Le facteur dans la perspective de développer l'hypothèse de l'ancrage sociologique strictement urbain de ces deux films qui ouvrent et ferment la décennie. On peut aussi opérer un retour sur image pour souligner le référent sémiotique qui relie Chergui et Mirage pour voir comment dans ces deux films, la tendance va à la saturation des plans. Ou encore comment l'environnement sémiologique du héros de Wechma l'inscrit dans une approche psychanalytique…et comment ces trois films sont une variation autour de ce thème générique: mythologies marocaines.
D'un point de vue cette fois extra-cinématographique, l'édition d'un coffret DVD est un pied de nez aux "professionnels" du piratage et à leurs clients de tout bord pour leur signifier qu'un autre rapport au DVD est possible. C'est une voie qui vient d'être initiée. Tout laisse penser qu'elle ne restera pas sans suite. Elle mérite déjà d'être saluée.


Mohammed Bakrim
Lundi 15 Décembre 2008

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