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"Le Maroc à l'épreuve du terrorisme" de Aziz Khamliche : Les oiseaux de mauvais augure (1)




"Le Maroc à l'épreuve du terrorisme" de Aziz Khamliche : Les oiseaux de mauvais augure (1)
A partir des années 90, un changement s'est opéré sur le plan social. La nouvelle donne consiste en la multiplication, le plus souvent sur un plan strictement local, autour des mosquées des quartiers pauvres, de groupes de plus en plus violents.
En même temps, dans les franges marginales de la société, la violence et le meurtre prennent de plus en plus le dessus sur le discours contestataire pacifique.
Les premières manifestations de violence, après l'assassinat du dirigeant socialiste Omar Benjelloun, en décembre 1975, remontent aux débuts des années 1990 avec les carnages perpétrés sur les campus universitaires de Fès, Oujda, Meknès et Kénitra.
A Oujda, les choses vont empirer vers la fin du mois d’octobre 1991. Maâti Boumli, étudiant en deuxième année "Physique- chimie" est enlevé, le 31 du même mois, par des activistes d'Al adl Wal Ihssane (Association Justice et bienfaisance dirigée pas Cheikh Abdessalem Yassine) cagoulés, au moment où il assistait à une séance de travaux pratiques (T.P) dans le laboratoire de la Faculté des sciences.
Le 1er novembre 1991, Boumli est retrouvé mort dans un terrain vague de l’université.
Supplicié pendant de longues heures, ses ravisseurs lui avaient sectionné les vaines pour qu’il s’éteigne à petit feu. Arrêtés, ses assassins ont été condamnés à vingt ans de prison ferme à l’issue d’un long procès.
Le 25 octobre, des centaines de membres de cette association, portant des bandeaux rouges et verts avec l’inscription "Allah Akbar" (Dieu est grand), donneront l'assaut à la cité universitaire de "Dhar Mehraz".
L’université de Fès a mis plusieurs mois pour effacer les traces de ce raid. Des centaines d’étudiants avaient fini par la quitter.
Durant le même mois, les universités Ibn Tofaïl à Kénitra et Moulay Ismaïl à Meknès connaîtront des faits similaires.
En 1992 à Fès, Aït El Jid Benaissa connût un sort tragique. Le taxi qui le ramenait chez lui est arrêté par un groupe d’étudiants barbus. Sorti de force du véhicule qui le transportait, Aït El Jid Benaissa s’est fait écraser la tête contre un trottoir.
Le bras de fer engagé entre les autorités marocaines et l’association Al Adl Wal Ihsane après la levée de l’assignation à domicile d'Abdeslam Yassine, le 16 mai 2000, fut bien ce que la presse appella à l’époque "la guerre des plages", quand Al Adl passera outre les "mises en garde" du ministère de l’Intérieur pour occuper certaines plages, ce qui se soldera par des centaines d’arrestations, mais sans aucune poursuite judiciaire.

Les Franco-Maghrébins d'Atlas Asni
Le 24 août 1994, trois hommes cagoulés, armés d'un fusil à pompe et de mitraillettes Kalachnikov et Uzi, entrent dans le hall d' "Atlas Asni" et commencent à tirer sur la foule tout en essayant de s’en prendre à la caisse de l'hôtel. Ils prennent les liquidités disponibles à la réception, soit 10.000 dirhams et se replient en catastrophe. Bilan: deux touristes espagnols tués et quelques blessés, dont une Française. Ce fut une totale surprise pour les Marocains qui se croyaient à l'abri d'une évolution violente à l'algérienne.
Les assaillants sont trois jeunes beurs : Stephan Aït Idder, Redouane Hammadi et Tarek Falah, arrêtés à Fès et à Taourirt où un braquage a eu lieu dans la nuit du 25 au 26 août. Deux des individus précités habitent la Cité des 4000 à la Courneuve, le troisième d’Orléans. Tous sont issus de familles maghrébines non intégrées à la société française. L’un d’eux était même SDF (sans domicile fixe) alors qu’il n’avait pas 30 ans.
Recrutés en Europe, ils étaient dirigés par les Marocains Abdelilah Zyad et Mohamed Zineddine, deux anciens militants du Mouvement de la jeunesse islamiste marocaine (MJIM) qui, vétérans afghans, étaient passés au terrorisme. Disposant au Maroc d’un réseau de complicités locales, les protagonistes avaient ramené leurs armes d’Europe, grâce aux structures mises en place à partir de l’Allemagne et de l’Italie par un contrebandier algérien, Jamel Lounici, principal pourvoyeur en armements des maquis en Algérie. Les enquêtes allaient montrer l’ampleur des réseaux maghrébins de soutien sur le territoire français.
Sans emploi, sans perspectives, ils ont été "découverts" et pris en main par un boucher proche du Tabligh, une organisation de "réislamisation" active dans les banlieues et les prisons. De leur banlieue, Stéphane Aït-Idder et Redouane Hamadi vont  passer aux camps d'entraînement en Afghanistan. Revenus en France, ils se sont vu confier la tâche de monter un petit groupe d'action.
Leur première mission, qui sera aussi la dernière, consista à porter la lutte armée sur le sol marocain en attaquant des hôtels et des camps de vacances afin de destabiliser l’industrie touristique qui est vitale pour le pays. En priorité, ils devaient faire le maximum de victimes françaises.

Finalement, six membres du commando et onze complices ont été appréhendés  après l'attentat de Marrakech.
Leur chef, Abdellah Ziyad, alias Rachid, Marocain né en 1958 est arrêté à la frontière austro-allemande, en août 1995.

Cette filière "maghrébine immigrée" d’Al Qaïda, rapporte Gilles Kepel, avait attiré l’attention dès les enquêtes consécutives au 11 septembre 2001 et s’était illustrée notamment par l’inculpation de Marocains passés par l’immigration en France et en Allemagne, dont Zakaria Moussaoui, détenu aux Etats-Unis, et Mohammed al Moussadeq à Hambourg. Le rôle de plaque tournante de l’Espagne, où vit une population d’origine marocaine importante, qui compte de nombreux résidents illégaux, dans la phase préparatoire aux attentats avait été également mis en lumière. D'où le constat d'Olivier Roy selon lequel le terrorisme dans les pays musulmans aurait été, à ses débuts, une recette importée de l’Occident.
La cellule dormante du réseau saoudien.

Affaire Gibraltar


Rappel. Depuis les attaques terroristes du 11 septembre 2001 sur des objectifs en territoire américain, la coopération économique entre les Etats-Unis et le Maghreb s'est doublée d’un renforcement des liens en s’étendant à la sphère sécuritaire. Les attentats de Casablanca (16 mai 2003), d’Espagne (11 mars 2004) et de Londres (7 juillet 2005) ont accentué cette tendance et les craintes de la montée de l’islamisme radical dans toute la région qui menace les intérêts américains, européens et nord-africains, ont conduit à un resserrement des liens entre le département de la défense américain et les forces armées du Maghreb.

Mais c’est surtout depuis que les Etats-Unis ont réalisé que la région du  Sahel est devenue une zone d’insécurité et de trafic d’armes, de drogue et une base pour des groupes terroristes, qu’ils ont été conduits à promouvoir des initiatives dont le but est d’éradiquer ces fléaux. Tirant les leçons de ce qu’avait représenté et que représente l’Afghanistan comme sanctuaire de groupes terroristes, les Etats-Unis se sont engagés à sécuriser cet espace et plus largement tout le Grand Moyen-Orient, de l’Atlantique à l’Indus. 

Informés par la CIA des confidences d'un détenu de Guantanamo, les services marocains ont interpellé, le 12 mai 2002, plusieurs personnes qui s'apprêtaient à faire sauter des navires de guerre américains traversant le Détroit de Gibraltar. Une opération semblable à celle qui avait frappé le destroyer USS Cole à Aden, en octobre 2000. L'équipe, qui se préparait également à commettre des attentats sur le territoire marocain, a été arrêtée mais, son responsable, El Gareh, un proche de Ben Laden, est parvenu à prendre la fuite à l'étranger.


Libé
Mardi 17 Août 2010

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