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Portrait : Hicham El Guerrouj


La comète du demi fond



L'héritage de poids que laisse Hicham El Guerrouj

Vous connaissez tous l’heureux dénouement de la carrière d’Hicham El Guerrouj, véritable icône du demi-fond, devenu double champion olympique à Athènes. Pourtant, les dieux de l’olympe l’auront fait patienter dans sa quête du graal olympique. A tel point qu’on aurait presque pu penser à une malédiction olympique. Car il ne suffit pas d’être leader incontesté du demi-fond mondial pour obtenir l’or olympique. Ce n’est pas Wilson Kipketer qui dira le contraire…Retour sur le parcours d’une légende du demi-fond.

Hicham El Guerrouj, jeune prodige 

Hicham El Guerrouj voit le jour le 14 septembre 1974, à Berkane. Dès l’âge de 15 ans, il est repéré lors des championnats du Maroc de cross-country par le directeur technique national de l’époque, Aziz Daouda. Ce dernier demande alors l’accord de son père pour l’intégrer à l’Institut national d’athlétisme, véritable usine à champion qui a fourni une dizaine de médaillés olympiques pour le Maroc. Hicham doit arrêter ses études pour se consacrer exclusivement à l’athlétisme.
Très vite, il prouve qu’il est doté de qualités naturelles hors paires. Dès 1992, Hicham El Guerrouj accède à son premier podium international, sur le 5000m en compagnie d’un certain Haile Gebresselassie et d’Ismael Kirui. Un podium qui aurait pu être olympique au vu de la future carrière des lauréats, mais il n’est que le résultat des championnats du monde juniors de Séoul 1992. El Guerrouj termine troisième de la course. Le vainqueur est l’éthiopien Haile Gebresselassie, lui aussi future légende du demi-fond. Le Kényan Ismael Kirui sera, pour sa part, champion du monde du 5000m en 1993 et 1995. Ce premier podium international laisse présager l’avenir radieux du prodige marocain, quatorzième junior des Mondiaux de cross de Boston quelques mois plus tôt.
En 1994, il fait partie de l’équipe du Maroc qui bat le record du monde de l’Ekiden (marathon par équipes de six) en 1h57’56. Et c’est en 1995 qu’Hicham perce au très haut niveau. Sa saison hivernale, l’emmène vers un tout premier titre mondial, sur le 1500m indoor à Barcelone. Il débute sa saison en plein air en 3’34’’28 à Hengelo, avant de courir en juillet en 3’31’’53 à Oslo où il termine derrière le Burundais Venuste Niyongabo, alors second meilleur miler du monde. Devinez qui est le meilleur à ce Moment là… Un certain Noureddine Morceli qui restera invaincu en onze courses cette même année, et notamment aux mondiaux de Göteborg 95 où il l’emporte en 3'33’’73. Derrière l’Algérien, El Guerrouj, seulement 20 ans, prend la seconde place et devance Niyongabo. Ce dernier décidera alors de concourir sur 5000m à Atlanta et gagnera l’or olympique. Quant à Hicham, tout le Maroc voit en lui le digne successeur de Saïd Aouita, multiple recordman du monde du 1500m au 5000m et surtout premier Marocain champion olympique (sur 5000m en 1984). C’est d’ailleurs « le décathlonien du demi-fond » qui a donné envie à Hicham de courir. 
L’année 1996 est bien entendu dans toutes les têtes en vue des Jeux olympiques d’Atlanta. L’Algérien Morceli fait très attention au jeune El Guerrouj, qui vient de passer pour la première fois de sa carrière sous les 3’30, le 8 juillet 1996 à Stockholm en 3’29’’59. Les JO d’Atlanta 96 seront la première déconvenue olympique d’Hicham El Guerrouj. En finale du 1500m, à 450 mètres de l’arrivée, il colle aux basques de Morceli. Un peu trop près, il se fait déséquilibrer et chute. La course est perdue pour le Marocain, bien qu’il se relève pour terminer en 3’40’’75, dernier. Morceli, au finish légendaire, l’emporte en 3’35’’78 devant le champion olympique de Barcelone 92 Fermin Cacho, 3’36’’40. El Guerrouj trouvera un réconfort en terminant sa saison avec la meilleure performance mondiale de l’année grâce à un chrono de 3’29’’05 à Bruxelles le 23 août 1996.

Une avalanche de records

L’année 1997 sera le passage de témoin entre le règne de Morceli et celui d’El Guerrouj. Hicham va devenir le nouveau maître du demi-fond. Très vite, il s’empare du record du monde du 1500m en salle, en 3’31’’18 à Stuttgart, puis dix jours plus tard de celui du mile en 3’48’’45 à Gent. Pour couronner sa saison indoor, il conserve son titre mondial en salle, à Paris-Bercy. Vient ensuite son premier titre mondial en plein air, à Athènes 97, en 3’35’’83 devant Fermin Cacho, 3’36’’63. Morceli, quatrième, est déchu après 6 ans de règne et ne montera plus sur un podium international. A la fin de la saison, quand on fait les comptes, El Guerrouj n’a été battu qu’une seule fois, sur un mile tactique en finale du Grand Prix IAAF à Fukuaka, et a couru six fois sous les 3’30. Le voilà lancé pour accomplir son destin de champion hors du commun !
Son premier chef-d’œuvre, c’est à Rome, un 14 juillet 1998. Il demande à ses lièvres de suivre des bases folles, presque insensées. Son compatriote Adil Elkaouche passe en 54’’17 au 400m, son second lièvre Noah Ngeny en 1’50’’73 au 800m et en 2’32’’73 au 1100m. Hicham El Guerrouj s’envole alors littéralement, vers d’autres cieux. La stupeur s’empare du stade et même le tableau électrique n’y croit pas et s’éteint. Après quelques minutes d’attente, le chrono affiche enfin… 3’26’’00 ! Nouveau record du monde ! 3’26 tout pile, est-ce cela la perfection ? Exit donc les 3’27’’37 de Nourredine Morceli, à qui il reste encore les records mondiaux du mile et du 2000m. Deux jours après son record du 1500m, El Guerrouj échoue à 21 centièmes du chrono de référence du mile.
El Guerrouj n’attendra cependant guère pour s’approprier les records mondiaux de Morceli. Le premier, celui du mile, tombe le 7 juillet 1999 sur une piste qui porte chance au Marocain, celle de Rome. Dans une course emmenée par les Kényans Robert Kibet et William Tanui, Hicham El Guerrouj l’emporte en 3’43’’13 au terme d’une belle lutte avec Noah Ngeny, 20 ans, qui termine en 3’43’’40. Le second, celui du 2000m, tombe le 7 septembre 1999 à Berlin en 4’44’’79. Entre temps, aux Championnats du monde de Séville 99, El Guerrouj conserve son titre du 1500m dans le chrono canon de 3’27’’65 devant Noah Ngeny (3’28’’73) et Reyes Estevez (3’30’’57). Grâce au dévouement de son compatriote Adil Kaouch passé en 1’52’’15 au 800m, ces 3’27 constituent de loin le record des championnats. Cette année 1999 est aussi celle de l’ascension de Noah Ngeny qui, après avoir été le lièvre d’El Guerrouj à plusieurs reprises, se rapproche du maître. Le Kényan parvient même à s’approprier le record du monde du 1000m en 2’11’’96 et s’offre le luxe d’effacer des tablettes le record du grand Sebastian Coe et ses 2’12’’18, vieux de 18 ans.

 Une seconde déconvenue olympique

A l’aube du 21ème siècle, il ne manque au palmarès d’Hicham El Guerrouj qu’un seul titre qui lui échappe encore. Mais ce n’est pas n’importe quel titre. Il s’agit du plus convoité de tous, le plus magique sans doutes : le titre olympique. Les Jeux de Sydney 2000 sont alors une occasion rêvée pour Hicham de devenir champion olympique. Après 800 mètres menés par son compatriote Baba Youssef (en 1’54’’77), El Guerrouj s’empare de la tête de course. A la cloche, ils ne sont plus que quatre pour un titre, les trois poursuivants étant Noah Ngeny,Bernard Lagat et Mehdi Baala. Mais en fin du dernier virage Ngeny se décale pour doubler le maître. Les deux hommes, suivis de très près par Lagat, se livrent à une lutte acharnée. Noah Ngeny finit par l’emporter en 3’32’’07 devant El Guerrouj en 3’32’’32, Lagat en 3’32’’44 et Baala en 3’34’’14. Cet échec est dur à digérer pour El Guerrouj d’autant plus qu’il sera invaincu en 2001 et 2002.
Ces deux saisons d’invincibilité seront marquées par un titre mondial en 2001 à Edmonton. En finale du 1500m, il l’emporte en 3’30’’68 devant le Kényan Bernard Lagat (3’31’’10) et le Français Driss Maazouzi (3’31’’54). Manque à l’appel un certain Noah Ngeny, éliminé en demi-finale. D’un point de vue chronométrique, il réalise 3’26’’12 le 24 août 2001 à Bruxelles, puis en 2002, de nouveau à Bruxelles 3’26’’89 et à Rieti 3’26’’96.
L’évènement de l’année 2003, ce sont les Championnats du monde au Stade de France. Le 1500m est un véritable spectacle pour le public qui encourage son coureur Mehdi Baala et qui admire en même temps le champion qu’est Hicham El Guerrouj, qui porte la France dans son cœur. Hicham passe en tête aux 600m pour éviter une course tactique, toujours périlleuse. Il durcit la course et n’a dans sa foulée plus qu’un seul coureur, Mehdi Baala dans sa meilleure forme. Tout le stade pense Mehdi capable de l’exploit et le pousse à aller chercher l’or. Mais c’était sans compter sur un El Guerrouj toujours impérial, qui l’emporte en 3’31’’77 contre 3’32’’31 pour Baala. Hicham est donc sacré champion du monde pour la quatrième fois ! Ces quatre titres consécutifs de champion du monde sur 1500 mètres, de 1997 à 2003, le démarquent de Noureddine Morceli, «seulement» triple champion consécutif de 1991 à 1995. Dans la foulée, El Guerrouj tente le doublé sur le 5000m et échoue d’un rien, à quatre centièmes seulement de la première place d’Eliud Kipchoge qui gagne en 12’52’’79. Kenenisa Bekele complète ce podium du 5000m.

Enfin l’or olympique !

L’année 2004 semble être l’année de la dernière chance pour El Guerrouj dans sa quête du graal olympique. Et ça ne commence pas très bien pour le marocain qui peine à retrouver sa forme optimale. Il est perturbé dans sa préparation par des problèmes respiratoires. Pour sa rentrée, au Golden Gala de Rome, il ne termine que huitième et lors de l’ultime répétition d’avant JO, à Zurich, il est battu par Bernard Lagat. C’est un tremblement de terre, El Guerrouj était invaincu depuis la finale olympique de Sydney, soit pas moins de 29 succès consécutifs. Ne le voilà plus ultra dominateur, a tel point qu’il doute quant à sa participation aux JO d’Athènes 2004.
L’esprit de compétition reprenant le dessus, il se rend néanmoins en Grèce, là où tout a commencé pour lui avec le premier de ses quatre titres mondiaux sur 1500m. En finale olympique du 1500m, il reproduit le même schéma de course qu’à Sydney en s’emparant de la tête de course après 800m, bien que le temps de passage soit bien plus lent (2’01’’93). Bernard Lagat, troisième à Sydney, le suit de très près. En fin de l’ultime virage, le kenyan se décale pour doubler et le dépasse légèrement à 50m de la ligne. La défaite d’El Guerrouj à Sydney semble se rééditer. Soudain Hicham retrouve les forces nécessaires pour franchir la ligne en vainqueur. Il s’agenouille alors pour embrasser la piste et remercier Dieu. Lagat l’enlace pour le féliciter. Hicham ne peut retenir ses larmes, il a enfin ce après quoi il courrait depuis le début de sa carrière. Un soulagement !
Il peut alors se lancer à l’assaut d’un doublé 1500m-5000m que seul Paavo Nurmi a réalisé, 80 ans plus tôt, en 1924 à Paris. En cette finale olympique du 5000m, on retrouve les trois médaillés des mondiaux de Paris, Kipchoge, El Guerrouj et Bekele. Cette fois la course est nettement moins rapide, de bon augure pour Hicham qui a tout intérêt à ce que la course soit lancée le plus loin possible. Ni Eliud Kipchoge, ni Kenenisa Bekele ne prennent leurs responsabilités et tout va se jouer dans le dernier tour. Kipchoge lance de loin le sprint final, puis Bekele se trouve en tête à 200m du but. El Guerrouj, qui ne s’est jamais affolé, prend la tête à 50m de l’arrivée pour ne plus la lâcher. Le marocain boucle son dernier tour en 52’’ pour l’emporter en 13’14’’39 devant Bekele, 13’14’’59 et Kipchoge, 13’15’’10. Et de deux fait signe Hicham en passant la ligne ! Comme si une seule victoire olympique ne lui avait pas suffit. Son destin olympique l’aura fait patienter jusqu’en 2004 pour enfin toucher l’or olympique. La valeur de ses dauphins Lagat et Bekele prouve qu’Hicham est grand, qu’Hicham est très grand, pour reprendre les commentaires de Patrick Montel.
Après son doublé à Athènes, El Guerrouj a tout gagné sur le 1500 mètres et cherche de nouveaux défis. « En 2005, j’ai un gros objectif, battre le record du monde du 5000 m. Il est énorme. Saïd Aouita l’avait mis à 12’58, Kenenisa Bekele l’a placé cette année à 12’37, il faudra être fort pour aller le chercher et ce serait beau de réussir ». On pense alors qu’il peut même aller jusqu’aux JO de Pekin 2008, à l’âge de 33 ans. Mais l’enfant de Berkane perd la flamme, n’arrive plus à s’infliger les terribles souffrances de l’entraînement. Sa forme physique baisse et déclare forfait pour les mondiaux d’Helsinki. Il pense à ce moment faire sa tournée d’adieux sur les meetings du monde entier en 2006. Mais finalement le 22 mai 2006, Hicham El Guerrouj, très ému, annonce sa retraite athlétique. Son entraîneur Abdelkader Kada explique que son poulain « n’a plus la forme physique ou la force de s'entraîner à un tel niveau de compétition et gagner. Il devait faire ses adieux à la piste ».
 


Aujourd’hui membre du CIO, Hicham El Guerrouj suit encore de très près tout ce qui se passe dans le monde de l’athlétisme. Statistiquement, la carrière d’Hicham El Guerrouj a depuis 1996 été ponctuée par 84 victoires sur 89 courses de 1500m ou de mile. Ce n'est donc pas une surprise s'il est l’athlète avec le plus de grands chelems en Golden League, avec ses victoires en 1998, 2000, 2001 et 2002. D'un point de vue chronométrique, Hicham est passé à 33 reprises sous les 3’30 dont 5 fois dans les 3’26, rendez-vous compte ! Au-delà d’une domination à la Sergeï Bubka, il a révolutionné la façon de courir le 1500m en grand championnat. Comme le faisait remarquer Jean-Michel Dirringer, l’entraîneur de Mehdi Baala, « Le demi-fond, c'est comme le vélo : courir devant, c'est un handicap. Avant Hicham, dans les grandes courses, les favoris ne mettaient pas le nez dehors avant les 400 ou 500 derniers mètres. Lui prenait le commandement après les 800 premiers mètres. Il fallait être très fort pour faire ça ». Plus que ses titres, c'est cette empreinte que laissera Hicham au demi-fond. Quant à ses phénoménaux records du 1500m et du mile, ils ne sont pas près d’être battus…

Libé
Mardi 21 Juillet 2015

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1.Posté par Naimo le 14/08/2015 14:30
sympa article documenté qui rappel les heures de gloire du demi-fond nord-africain qui continue de fonctionner avec notamment Iguider qui complète le triptyque marocains sous les 3'30".
Après les prochains championnats du monde à Pékin il n'est pas incertain qu'un des record du monde de Hicham ne tombe du coté kényan. Kiprop... :)

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