USFP. Un dynamisme à toute épreuve

Après plus d’une année de chantiers organisationnels inédits, le parti à la Rose se réinvente de l’intérieur


Libé
Mardi 28 Avril 2026

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Il y a des partis qui vieillissent et il y en d’autres qui choisissent, bien au contraire, de lutter contre l’usure du temps, de faire face, avec détermination aux vents contraires avec la volonté têtue de ceux qui ne se sont jamais résignés. L’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP) appartient résolument à cette seconde catégorie. En effet, depuis plus d’une année, le vieux parti de la koutla mène, loin des projecteurs et du fracas médiatique, un travail de reconstitution organique d’une ampleur rare dans l’histoire du paysage politique marocain contemporain : Un chantier colossal, méthodique, presque silencieux dans sa grande rigueur, mais dont les résultats commencent d’ores et déjà à se dessiner avec une clarté, pour le moins, indéniable.

Et pour saisir la portée de ce grand mouvement, il faut, de prime abord, évaluer le contexte dans lequel il s’est enclenché. A l’instar de nombre de partis historiques dans le monde arabe et au-delà, l’USFP a traversé de longues années difficiles, marquées par le rétrécissement de ses bases électorales, les dissensions internes et la question lancinante du renouvellement générationnel. Des interrogations légitimes se posaient alors, avec une acuité croissante, sur la capacité du parti à se réformer de l’intérieur sans perdre son âme, à rajeunir ses structures sans jamais renier son histoire et à s’adapter aux mutations d’une société marocaine en perpétuelle transformation sans jamais sacrifier ses fondamentaux idéologiques et son référentiel historique.
L’USFP, qui faisait partie de la koutla, mène, loin des projecteurs et du fracas médiatique, un travail de reconstitution organique d’une ampleur rare dans l’histoire du paysage politique marocain
Là-dessus, c’est précisément à ces questions que le parti a choisi de répondre, non pas par des déclarations d’intension, non pas par des conférences de presse ou des effets d’annonce, mais par l’action et le travail. Un travail de terrain, structurel, capillaire, qui a concerné l’ensemble de l’édifice organisationnel, du sommet à la base, du national au provincial, de la direction centrale aux sections de quartier.

Ainsi, pendant plus d’une année, l’USFP a procédé à une refonte méthodique et bien exhaustive de ses instances dirigeantes, tous échelons confondus. Et il ne s’agissait pas d’un simple lifting de façade ou d’un replâtrage opportuniste à l’approche d’une quelconque échéance électorale. Bien au-delà, la démarche a été pensée et conçue dans sa globalité, menée avec patience et soumise en permanence aux mécanismes de contrôle démocratique interne.

Au niveau national, c’est le Bureau politique qui a ouvert le bal de ce renouvellement. Organe central de la vie partisane ittihadie, véritable colonne vertébrale de l’appareil de décision, le Bureau politique a connu une recomposition significative, intégrant de nouveaux profils, porteurs d’expertises diverses et représentatifs de la richesse interne du parti. D’ailleurs, sa redynamisation a été le premier signal fort envoyé à la base militante : le parti était sérieux dans sa volonté de se régénérer.

D’autre part, dans cette même veine, c’est le Conseil national, instance délibérante suprême entre deux congrès, véritable parlement du parti, qui, quant à lui, a fait l’objet d’un renouvellement en profondeur. Sa composition revue et élargie témoigne d’une volonté claire d’intégrer des voix nouvelles, sans pour autant effacer la mémoire militante de ceux qui ont porté le projet socialiste et progressiste de l’USFP à travers de longues décennies.

Par ailleurs, ce qui frappe, sans doute, le plus l’observateur attentif de ce processus prodigieux, c’est la place centrale accordée aux organisations de masse du parti,  celles qui incarnent précisément son ancrage dans la société civile et sa capacité à irriguer le corps social, bien au-delà des cercles militants traditionnels.
La Chabiba Ittihadia (la jeunesse de l’USFP), connue sous le sigle J-USFP, a ainsi procédé à la mise en place de nouvelles instances dirigeantes, dans une démarche qui a su conjuguer enthousiasme juvénile et exigence démocratique.

La J-USFP, qui a écrit certaines des pages les plus lumineuses, et parfois les plus douloureuses de l’histoire du mouvement progressiste marocain, retrouve avec ce renouvellement une vitalité organisationnelle qui lui permet de répondre aux aspirations d’une jeunesse marocaine de plus en plus politisée connectée, exigeante et en quête de repères idéologiques solides.
Pendant plus d’une année, l’USFP a procédé à une refonte méthodique et bien exhaustive de ses instances dirigeantes, tous échelons confondus
Pour sa part, l’Organisation des Femmes Ittihadies (OFI) a suivi le même cheminement et avec une rigueur identique. En effet, dans un contexte national où la question de la participation politique des femmes demeure un enjeu majeur et où les avancées demeurent encore trop timides au regard des ambitions affichées, l’USFP envoie, à travers le renouvellement de l’OFI, un message fort et éloquent : la parité n’est pas un slogan mais une pratique, une exigence structurelle, un engagement qui se vérifie jusque dans la composition de ses organes internes. De ce fait, l’Organisation des Femmes Ittihadies, forte d’une histoire militante riche, continue, en tout état de cause, d’incarner la conviction profonde du parti que l’émancipation des femmes est indissociable de tout projet de transformation sociale progressive.
Ce qui distingue fondamentalement ce processus de renouvellement, méritant d’être souligné avec force, c’est son ancrage profond dans une culture démocratique qui a toujours été constitutive de l’identité de l’USFP
Là-dessus, le renouvellement entrepris par l’USFP  ne s’est pas limité aux seules structures politiques et organisations féminines et de jeunes mais il a également concerné les corporations et professions d’obédience ittihadie, témoignant d’une vision globale qui refuse de compartimenter le politique et le professionnel, le militantisme partisan et l’engagement citoyen.

Les avocats ittihadis et les médecins ittihadis, entre autres corps de métiers structurés autour du projet socialiste et progressiste du parti, ont ainsi renouvelé leurs instances, réaffirmant, par là-même, la vocation de l’USFP à être un parti de gouvernement, certes, mais aussi et surtout un mouvement de société, un espace où des femmes et des hommes de toutes professions, de toutes compétences et de toutes expertises, se retrouvent autour d’une même vision de la justice sociale, de l’Etat de droit et de la démocratie.

Cette dimension corporative du renouvellement est loin d’être anodine. Elle révèle quelque chose d’essentiel sur la nature de l’USFP : Un parti qui ne se conçoit pas uniquement comme une machine électorale, mais comme un projet collectif ancré dans la réalité sociale et professionnelle du pays, capable de faire le pont entre la salle de délibération et le cabinet médical, entre l’amphithéâtre et la salle d’audience.

Dans la même veine et après avoir restructuré  ses instances nationales et ses organisations de masse, l’USFP aborde aujourd’hui ce qui constitue l’ultime étape et peut-être la plus décisive étape de ce vaste chantier organisationnel : les congrès régionaux. Ces derniers, qui doivent se tenir à travers l’ensemble des régions du Royaume, représentent bien plus qu’une formalité procédurale mais sont, en tout état de cause, le moment de vérité, l’épreuve du feu qui permettra de mesurer la profondeur réelle du renouvellement prodigieusement entrepris.

Car c’est au niveau régional que se joue, en grande partie, la capacité d’un parti à peser dans la vie politique locale, à influencer les dynamiques de gouvernance territoriale, à mobiliser et à fidéliser ses militants. En effet, c’est au niveau régional que l’abstrait devient concret, que les résolutions de congrès se traduisent en actions militantes, en implantation de terrain, en présence visible dans les conseils communaux,  les conseils régionaux, les instances de la démocratie participative locale.

Par ailleurs, les congrès régionaux de l’USFP s’inscrivent également dans un contexte de régionalisation avancée que le Royaume du Maroc continue à mettre en œuvre, et qui confère aux régions un rôle croissant dans la gestion des affaires publiques. En renouvelant ses structures régionales avec le même intérêt accordé aux instances nationales, le parti des forces populaires signifie qu’il entend être pleinement acteur de cette dynamique décentralisatrice, loin d’être un simple spectateur.

En fait, ce qui distingue fondamentalement ce processus de renouvellement, méritant d’être souligné avec force, c’est son ancrage profond dans une culture démocratique qui a toujours été constitutive de l’identité de l’état de l’USFP. Dans un paysage où la démocratie interne est parfois réduite à une clause de style, à une obligation formelle dont on s’acquitte sans y croire vraiment, le parti de la Rose a toujours revendiqué la pratique démocratique comme une valeur en soi, non réductible à sa seule utilité instrumentale.
Et l’égalité des chances et l’équité dans l’accès aux responsabilités partisanes ne sont pas, dans la culture ittihadie, de simples slogans. Elles se manifestent concrètement dans la manière dont sont organisés les congrès, dont sont élues les instances, dont sont représentées les différentes composantes du parti, qu’il s’agisse de la parité hommes-femmes, de la représentation des jeunes, de la diversité géographique, ou de la pluralité des sensibilités internes.

C’est précisément cette fidélité à la pratique démocratique qui donne à l’USFP sa légitimité particulière dans le paysage politique marocain. Car, né dans la résistance, forgé dans l’opposition, ayant payé le prix fort pour ses convictions dans les années de plomb, le parti a acquis une crédibilité démocratique que rares sont les formations politiques au Maroc qui peuvent revendiquer avec autant de fondements historiques. 
 
Au terme de ce long parcours et ce long chemin semé d’épreuves et de remises en question, l’USFP semble avoir renoué avec ses fondamentaux. Forgée dans la résistance et le combat démocratique, la formation socialiste ittihadie aborde cette nouvelle étape avec une conscience renouvelée de son rôle historique. La reconquête de son identité n’est pas un retour nostalgique au passé mais une réaffirmation absolue de ses valeurs face aux défis d’un Maroc en grande et pleine mutation.
L’USFP est de retour, en ordre de marche…

Rachid Meftah

Libé
Mardi 28 Avril 2026
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