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Trop triste show de Tebboune en Turquie

La cérémonie protocolaire d’accueil et celle de la signature des accords bilatéraux se sont déroulées sans Recep Erdogan


​Rachid Meftah
Vendredi 20 Mai 2022

Le fameux président aura fait, malgré lui,  un bien triste show au vu des prises de caméras et vidéos médiatiques relatées par la presse officielle turque (seulement car plusieurs médias turcs se sont abstenus de couvrir l’événement) et la presse officielle propagandiste d’Alger, s’est offert une balade en Turquie de trois jours aux frais de la princesse.

Mine moribonde, démarche titubante, sourire figé à tout-va, le profane donneur de leçons d’histoire, autoproclamé, l’envoyé des caporaux maîtres d’Alger s’efforçait de se pavaner sur le tapis rouge déroulé à l’occasion de cette visite d’Etat qui n’en avait que le nom.

Arrivé, dimanche 15 mai à Ankara pour, officiellement, une visite d’Etat de trois jours en Turquie à l’invitation du président de la République de Turquie, Recep Tayyib Erdogan, quelle n’a été la déception de Abdelmajid Tebboune de constater l’absence de son hôte à son accueil à l’aéroport international d’Ankara comme le supposent les usages diplomatiques dans pareilles circonstances.

Il a été ainsi accueilli par -seulement- le vice-président de la Turquie, Fuat Oktay, sur l’échelle des dirigeants du pays, un représentant de l’Etat turc de rang inférieur, en contradiction ostensible avec les règles diplomatiques qui encadrent normalement les protocoles stricts des visites d’Etat …

«Monsieur le président aura avec son frère, le président de la République de Turquie, des entretiens sur les relations algéro-turques et les moyens de les renforcer au mieux des intérêts des deux peuples frères, ainsi que sur les questions régionales et internationales d’intérêt commun», a indiqué auparavant un communiqué de la présidence de la République algérienne.

Or l’accueil réservé à Tebboune à Ankara ne reflète nullement la profondeur de cette «fraternité» décrite par la présidence algérienne, car, en fait, le président turc Erdogan n’a même pas pris la peine d’être présent à l’aéroport d’Ankara pour accueillir son «prestigieux» invité et l’accompagner durant tout le cérémonial protocolaire, prévu traditionnellement à l’occasion de l’arrivée d’un chef d’Etat étranger dans le cadre d’une «visite d’Etat».

Rappelons à cet égard qu’en matière de protocole diplomatique international, l’on peut distinguer quatre catégories de visites, les visites d’Etat, les visites officielles, les visites de travail et les visites privées. Cette classification, issue des usages diplomatiques coutumiers, par ailleurs très sensibles, détermine rigoureusement la préparation et l’organisation de la visite et la nature des honneurs supposés être rendus au visiteur étranger venu d’un pays quelconque. Ainsi, traditionnellement, la visite d’Etat se place au plus important rang dans la hiérarchie protocolaire car elle exprime, sans ambages, le symbole de l’amitié qui lie les deux chefs d’Etat, leur entente, le degré de convergence de leurs visions et points de vue mais aussi la mesure d’intensité des rapports entretenus par leurs pays respectifs.

En tout état de cause, la visite d’Etat commence à prendre effet après l’arrivée du chef d’Etat invité sur le sol du pays visité par une cérémonie d’accueil marquée par le caractère militaire de  sa prestation. L’invité passe, en l’occurrence, en revue les troupes militaires du pays hôte et reçoit les honneurs militaires. Et précisément dans le cas d’une visite d’Etat, cette cérémonie officielle se déroule obligatoirement, couverte bien entendu par les médias officiels, en présence du président de la République du pays recevant l’hôte étranger.

Tout cela a manqué lors de l’arrivée tapageuse, côté algérien, de Abdelmajid Tebboune à Ankara, dimanche 15 mai et cette absence du chef d’Etat turc pourrait être interprétée comme un manquement grave au protocole diplomatique qui serait apparenté à une attitude irrespectueuse vis-à-vis du président invité, ce pauvre petit dirigeant algérien Tebboune.

Dans les faits, il a  bien été acté que le chef d’Etat algérien n’a pas été accueilli par le président Recep Tayyib Erdogan à son arrivée en Turquie. En effet, ce pays qui veille scrupuleusement à respecter les règles protocolaires l’a fait accueillir par le vice-président.
Le seul moment, retransmis par les caméras, où les deux hommes se sont rencontrés, a été lorsque Tebboune a été accueilli par Erdogan devant le palais présidentiel d’Ankara. Là-dessus, toute la suite des entretiens de haut niveau s’est faite avec le vice-président. De même que les observateurs ont relevé que les médias turcs n’ont pas accordé l’attention escomptée par la partie algérienne, à la visite « en pompes » du président algérien, exception faite des médias officiels.

Les deux pays ont toutefois signé quelque 15 accords d’entente se rapportant essentiellement aux investissements turcs en Algérie dans les secteurs de l’énergie, de l’éducation, des infrastructures et de la défense mais ne comportant pas d’importants accords politiques et stratégiques.  

A ce propos, les deux parties ont fait part de leur vision commune concernant la Libye et son droit à l’autodétermination, ont passé en revue la situation dans la région du Sahel et ont discuté du terrorisme mais le président algérien n’est pas parvenu à glisser, comme d’habitude, obsession maladive de la junte d’Alger, le dossier du Sahara marocain, ce dernier ne faisant  point partie de l’ordre du jour de la visite.

D’ailleurs,  la position de principe de la Turquie à ce sujet demeure claire et tranchée favorable au Maroc. «La Turquie, qui est un fervent défenseur de la souveraineté et l’intégrité territoriale  des nations, soutient également celle du Maroc», a déclaré le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, mercredi dernier, depuis la ville de Marrakech.
«La Turquie soutient la souveraineté et l’intégrité territoriale du Maroc frère», a-t-il précisé tout en soulignant que les relations entre les pays sur la base de ces principes  sont « essentielles pour une stabilité permanente ».

Un fait, non des plus anodins derrière cet événement surmédiatisé par les appareils de propagande algériens, s’est tout de même révélé au grand jour, alpagué par des observateurs et médias avertis, notamment « Algérie part ».

« L’extradition par la Turquie de l’ex-secrétaire particulier du défunt chef d’état-major de l’ANP, l’adjudant-chef à la retraite Gharmit Bounouira, rapporte ce média, n’était guère un acte de générosité et de bienveillance à l’égard de l’Algérie. Derrière cette opération politique se cachent d’immenses intérêts commerciaux et … militaires. En effet, indique Algérie part, en échange de l’extradition de ce militaire transfuge, véritable boîte noire de l’ex-chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaid Salah, la Turquie négocie avec l’Algérie la conclusion d’un important contrat d’armement et d’achat de drones militaires made in Turquie. «Donnez-nous Gharmit Bounouira, et on vous achète vos drones militaires. Tel est le deal qui a été négocié secrètement par les autorités algériennes  avec le Turquie» !!.

Y aurait-il plus éloquent et plus édifiant descriptif de la «doctrine» diplomatique algérienne ? Diplomatie, somme toute, basée sur le chantage, le chantage et le chantage !

Rachid Meftah


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