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Transferts exceptionnels dans un contexte exceptionnel


Hassan Bentaleb
Dimanche 14 Août 2022

L’après-Covid a boosté les envois d’argent des MRE, comme c’est d’ailleurs le cas pour de nombreux pays

Transferts exceptionnels dans un contexte exceptionnel
Tout le monde en parle : 2022 sera une année exceptionnelle pour les transferts des Marocains du monde. Selon de récentes données officielles, ces transferts ont augmenté de 6,1% par rapport au mois de juin de l’année précédente,soit une augmentation de 2,7 MMDH. Ils ont atteint 47 MMDH contre 44,33 MMDH en juin 2021. De son côté, Bank Al-Maghrib a indiqué que les rapatriements de fonds devraient s’établir à 87,3 milliards de dirhams (MMDH) en 2022 tout en précisant que les transferts des MRE ont explosé entre 2019 et fin 2021 se bonifiant de près de 29 milliards de dirhams. Pour plusieurs analystes, cette tendance spectaculaire s’explique, entre autre, par la solidarité, l’attachement des MRE à leur pays et les politiques économiques et monétaires généreuses poursuivies en Europe.

Une tendance mondiale
Cependant, le cas du Maroc ne fait pas l’exception puisque la hausse de ces transferts est une tendance mondiale. Des données récentes de l’OIM (Organisation mondiale des migrations) font apparaître une augmentation générale des rapatriement de fonds internationaux au cours des dernières décennies, passant de 126 milliards de dollars en 2000 à 702 milliards de dollars en 2020. Même la Covid-19 n’a pas stoppé cette tendance. Des données de la Banque mondiale soutiennent que le montant des transferts des fonds est plus important que ce que laissent penser les chiffres officiels puisque les statistiques ne tiennent pas compte des flux non enregistrés qui passent par des voies formelles ou informelles, si bien que l’ampleur réelle des fonds rapatriés à l’échelle mondiale est probablement supérieure aux estimations disponibles. « La pandémie a mis en évidence ce problème : en effet, les flux de rapatriement de fonds internationaux ont enregistré des résultats très positifs en 2020, démentant les prévisions catastrophiques initiales; ces résultats sont dus, en partie, à un recours accru aux voies formelles à cause des restrictions à la mobilité liées à la Covid-19, entre autres raisons», indique le dernier rapport de l’OIM sur l’état de la migration dans le monde en 2022. Et de préciser:« Depuis le milieu des années 1990, les rapatriements de fonds internationaux sont de loin supérieurs à l’aide publique au développement, définie comme étant l’aide des pouvoirs publics destinée à promouvoir le développement économique et le bien-être des pays en développement ».

Simples transferts et non pas de véritables investissements
Hicham Attouch, professeur d’économie à l’Université Mohammed V-de Rabat, nous a expliqué dans une édition précédente, que les envois d’argent des MRE exigent certaines précisions. D’abord au niveau des sources de ces transferts. «Il s’agit bien d’un transfert de l’épargne et d’autres transferts (transferts de retrait,…) et non pas celui classique, à savoir le transfert des revenus. Les MRE ont épuisé dans leurs comptes bancaires pour envoyer des fonds à leurs familles au Maroc », nous a-t-il expliqué. Au niveau des motivations sous-tendant ces envois, notre interlocuteur estime que le contexte de méfiance et de panique lié à la pandémie de Covid-19, a beaucoup joué dans le maintien des transferts. « Les ressortissants marocains comme c’est le cas pour d’autres migrants ont été pris de panique vu l’instabilité économique des pays de résidence et la hausse du taux de chômage. A ne pas oublier que certains transferts ont été opérés par solidarité comme en attestent les envois accordés par les MRE au Fonds spécial pour la gestion de la pandémie du coronavirus», a-t-il observé. Ces transferts demeurent-ils importants pour l’économie nationale ? «Aujourd’hui, ils jouent le rôle d’un palliatif conjoncturel notamment au niveau de l’équilibre de la balance de paiement. En effet, ces envois améliorent les réserves de la Banque centrale puisqu’ils sont en devises et cela aide à équilibrer les pertes en devises issues du secteur du tourisme », nous a-t-il indiqué. Et de poursuivre : « Concernant leur impact sur les efforts déployés pour réduire les effets néfastes de la crise liée à la Covid-19, nous sommes loin du compte puisqu’il s’agit de simples transferts et non pas de véritables investissements ou transferts en capital ». Le document de l’OIM, affirme, de son côté, qu’il n’existe pas de consensus sur la façon de définir la «dépendance excessive» à l’égard des fonds rapatriés. On la mesure généralement en calculant le rapport entre les rapatriements de fonds et le produit intérieur brut (PIB). «A l’heure actuelle, 29 pays (sur les 177 pour lesquels il existe des données) affichent un rapport rapatriements de fonds PIB supérieur à 10 %. En 2020, les cinq principaux pays de destination des rapatriements de fonds en pourcentage du PIB étaient les Tonga (37,7 %), la Somalie (35,3 %), le Liban (32,9 %), le Soudan du Sud (29,5 %) et le Kirghizistan (29,4 %). Si, dans de nombreux pays, les niveaux sont restés similaires en 2020 et en 2019, le pourcentage du PIB a triplé au Liban, car le PIB de ce pays s’est effondré en 2020. En Haïti, en revanche, le volume des rapatriements de fonds rapporté au PIB a diminué de moitié en raison d’un accès limité aux monnaies locales et de la hausse possible des coûts de transfert », constate le rapport. Et de préciser : « Une forte dépendance à l’égard des fonds rapatriés peut développer une culture de dépendance dans le pays bénéficiaire, ce qui risque non seulement de réduire la participation au marché du travail, mais aussi de ralentir la croissance économique. Une trop grande dépendance à l’égard des rapatriements de fonds rend également l’économie plus vulnérable aux variations subites du volume des fonds rapatriés».

Classement mondial
Sur un autre registre, ledit document de l’OIM classe l’Inde, la Chine, le Mexique, les Philippines et l’Egypte comme les cinq premiers pays bénéficiaires en 2020 de rapatriements de fonds. L’Inde et la Chine étaient arrivées loin en tête, avec chacune plus de 59 milliards de dollars américains.En 2020, deux pays du G7, la France et l’Allemagne, comptaient toujours parmi les dix principaux pays bénéficiaires dans le monde, un classement qu’elles occupent depuis 2005. Il convient toutefois de noter que la majorité des flux entrants ne sont pas des transferts aux ménages, mais des salaires des travailleurs frontaliers qui travaillent en Suisse, tout en résidant en France ou en Allemagne. Les pays à revenu élevé sont presque toujours la principale source de rapatriements de fonds. Depuis des décennies, les Etats-Unis sont invariablement le premier pays d’origine des rapatriements de fonds dans le monde (68 milliards de dollars en 2020), devant les Emirats arabes unis (43,24 milliards de dollars), l’Arabie Saoudite (34,60milliards de dollars) et la Suisse (27,96 milliards de dollars). Le cinquième pays d’envoi de fonds en 2019 et 2020 était l’Allemagne (respectivement 23,94 milliards de dollars. et 22,02 milliards de dollars). Parallèlement à son statut de principal pays bénéficiaire, la Chine (classée par la Banque mondiale parmi les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure) a aussi été une source importante de rapatriements de fonds internationaux : 15,14 milliards de dollars en 2019, et 18,12 milliards de dollars en 2020.


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