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Quel impact pourrait avoir la nouvelle tournée de Staffan de Mistura décidée par le Conseil de sécurité ?

Au vu du désarroi total dans lequel pataugent Alger et ses pantins


​Mourad Tabet
Jeudi 21 Avril 2022

Quel impact pourrait avoir la nouvelle tournée de Staffan de Mistura décidée par le Conseil de sécurité ?
Comme prévu, le Conseil de sécurité de l’ONU a tenu mercredi dernier une réunion à huis clos pour débattre de la question du Sahara marocain. Elle a été marquée par la présentation de deux rapports. Le premier, établi par Staffan de Mistura, envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara, a porté sur sa tournée dans la région effectuée à la mi-janvier au moment où le deuxième a été présenté par le représentant spécial du SG de l'ONU et chef de la Minurso, Alexander Ivanko, qui a informé le Conseil de sécurité de la situation sur le terrain.

Selon Moussaoui Ajlaoui, expert associé à Ames-Center, le Conseil de sécurité a tenu cette réunion en application de la résolution 2602 adoptée le 29 octobre 2021 qui exhorte «le Secrétaire général à lui faire régulièrement, à chaque fois qu’il le jugera utile au cours de la période du mandat, et à inclure dans les six mois avant le renouvellement du présent mandat et avant son expiration, des exposés sur l’état d’avancement des négociations tenues sous ses auspices, l’application de la présente résolution, l’évaluation des opérations de la Minurso et les mesures prises pour surmonter les difficultés rencontrées… ».

« La réunion n'a pas été sanctionnée par une résolution. Ce qu’on peut attendre dans le meilleur des cas d’un tel briefing, c’est la publication d’un communiqué de presse. Il semble, cependant, que Staffan de Mistura ait pris l'initiative et déclaré aux agences Efe et France Presse qu'il effectuerait une nouvelle tournée dans la région », a affirmé Moussaoui Ajlaoui dans une déclaration à Libé.

La réunion du Conseil de sécurité sur le dossier du Sahara marocain s’inscrit, d’après notre interlocuteur, dans le cadre de trois contextes, à savoir national, international et régional. Le contexte national se caractérise parles percées diplomatiques réalisées par le Maroc dans l’affaire du Sahara, les déclarations des responsables marocains exprimant leur attachement à une solution politique à ce dossier et à l’accord de cessez-le-feu que le Maroc avait signé avec les Nations unies et non pas avec le Polisario, ainsi que les grands projets de développement économique et social dans les provinces sahariennes du Maroc.

Sur le plan international, Moussaoui Ajlaoui a assuré qu'il y a une forte tendance à soutenir le plan d'autonomie présenté par le Maroc en 2007 pour mettre fin à ce conflit artificiel, rappelant en ce sens que l'administration Biden soutient toujours cette option politique.

« Il y a également la position historique de l’Espagne, car elle émane de l’ancienne puissance coloniale du Sahara. On se souvient que l'Espagne avait pris une position négative après la décision de Trump (du 10 décembre 2020), reconnaissant la marocanité du Sahara et certains responsables espagnols avaient même déclaré que Madrid ne reconnaîtrait pas la souveraineté du Maroc sur son territoire saharien», nous a précisé ce chercheur spécialiste de la question du Sahara.
Moussaoui Ajlaoui
Est-ce que Staffan de Mistura pourrait-il ramener le régime algérien et le Polisario à la raison en les alignant sur l'approche proposée par l’ONU, ainsi que les résolutions du Conseil de sécurité ? Cela est le dilemme auquel fait face l’émissaire onusien
«Ce changement de position est dans le droit fil de la résolution de l'Assemblée générale des Nations unies de 1965, exigeant que l'Espagne entame des négociations sur la souveraineté de Sidi Ifni et le Sahara espagnol», a encore rappelé Moussaoui Ajlaoui avant de soutenir que «cette nouvelle position espagnole est de la plus grande importance et il est certain qu’elle était présente lors des débats ayant marqué cette réunion pour diverses raisons.

D'autant plus que la guerre en Europe a changé les équations géopolitiques en Méditerranée occidentale, sachant que le Maroc et l'Espagne sont des acteurs importants dans lesdites équations ». Moussaoui Ajlaoui a également rappelé les positions allemande et française soutenant le plan d’autonomie marocain, même si le Maroc, selon lui, attend toujours une position plus avancée de la part de Paris. Et ce sans oublier le soutien apporté à la marocanité du Sahara par les pays du Golfe, des pays arabes, la plupart des pays africains et l'Organisation de la coopération islamique. Enfin, le contexte régional est caractérisé notamment par le froid diplomatique entre le régime au pouvoir en Algérie et la Mauritanie.

«Après ce qui s'est passé récemment dans la zone tampon (une frappe aérienne qui aurait eu lieu dimanche 10 avril 2022), le régime algérien a tenté d'impliquer la Mauritanie. Mais cette tentative a été déjouée par le porte-parole du gouvernement mauritanien, Mohamed Melainine Ould Eyih, qui a déclaré récemment que «l'incident a eu lieu hors de notre territoire national », a fait savoir Moussaoui Ajlaoui. Notre interlocuteur a également mis l’accent sur la cacophonie totale au sein du régime algérien.

«Il y a des contradictions dans les déclarations du président algérien, Abdelmajid Tebboune, du ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, du chef de l’état-major de l’armée Said Chengriha et Amar Belani (soi-disant envoyé spécial pour les questions du Sahara et des pays du Maghreb), ce qui montre qu'il n'y a pas un seul référentiel pour les responsables algériens, contrairement au Maroc. Cela, côté marocain, se traduit par l’homogénéité des positions et des déclarations des responsables marocains», a soutenu Moussaoui Ajlaoui. Et de préciser:

«Le désarroi dans lequel patauge le régime algérien prouve l’inquiétude qui s’empare des responsables algériens ». Mais la question qui s’impose est la suivante : qu’en sera-t-il après la réunion du Conseil de sécurité sur l’affaire du Sahara? «La tâche de l’envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara sera difficile », a assuré Moussaoui Ajlaoui. Et pour cause, le Polisario a annoncé la fin du cessez le-feu dans une lettre de BrahimGhali adressée au Secrétaire général de l’ONU en novembre 2020, tandis qu’Alger a annoncé plus d'une fois son retrait des tables rondes de l'ONU sur le Sahara marocain.

« Staffan de Mistura pourrait-il ramener le régime algérien et le Polisario à la raison en les alignant sur l'approche proposée par les Nations unies, ainsi que les résolutions du Conseil de sécurité ? Cela est le dilemme auquel fait face de Mistura », a encore précisé Moussaoui Ajlaoui. Et de conclure :«Je ne pense pas que la tâche de l’émissaire onusien soit facile, vu les conditions actuelles aussi bien à l'intérieur des camps de Tindouf, qui connaissent des tensions et des conflits tribaux qu’au sein du régime algérien, qui ne cherche qu’à prouver sa légitimité et à se maintenir au pouvoir en créant un ennemi extérieur. Ce qui explique les sorties médiatiques hostiles et de bas étage des responsables algériens contre le Maroc».

Mourad Tabet


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