Quand les Italiens s'essaient à rire de leur confinement

A défaut de pouvoir se rencontrer, les gens rivalisent de créativité sur les réseaux sociaux


Jeudi 19 Mars 2020

Quand les Italiens s'essaient à rire de leur confinement
Plutôt respectueux du mot d'ordre gouvernemental #iostoacasa (je reste à la maison), les Italiens, retranchés chez eux pour se mettre à l'abri d'un ennemi invisible, s'adonnent à l'autodérision pour conjurer leur angoisse.
Si leurs chansons sur les balcons ou leurs applaudissements au personnel soignant ont suscité des éloges dans le monde entier, les Italiens rivalisent aussi de créativité un brin potache, sur les groupes de discussion et les réseaux sociaux, à défaut de pouvoir rencontrer leurs amis au café. Car seuls les déplacements pour se rendre à son travail, se soigner ou faire des courses essentielles sont tolérés depuis sept jours, tandis que les rassemblements sont totalement interdits. On peut aussi marcher ou aller courir dans son quartier, seul ou avec son chien. Du coup, les photos de quadrupèdes à louer à l'heure, pour échapper aux amendes des policiers qui veillent au grain, sont parmi les plaisanteries les plus populaires. Un Italien se met ainsi en scène dans une vidéo où il sort son chien frétillant au poil noir frisé. Il regarde sa montre et s'éclipse soudainement, en jetant le faux animal par dessus son épaule. Dans un autre très court-métrage, un Italien un brin frimeur, caché derrière des lunettes de soleil, joue au DJ sur les plaques électriques de sa cuisinière, en se trémoussant sur une musique tonitruante. Un cycliste en tenue complète sillonne aussi son appartement en vélo de course avant de se faire semoncer par sa femme furibarde. Un voyageur passe la porte de chez lui en toussant et se fait bombarder de chaussures. Dans un cliché, un télétravailleur a pour sa part ramené dans son salon sa bétonnière, un sac de ciment et une truelle. Légende: "Quant ils te disent d'amener ton travail à la maison".
Le confinement concerne les retraités, les parents s'occupant d'enfants privés d'école, tous ceux qui peuvent faire du télétravail ou encore les employés de commerces obligés de baisser leur rideau.
La consigne de rester chez soi est prise très au sérieux dans une Italie qui avait été la première en Europe -c'était le 21 février- à enregistrer un cas de contagion apparu sur son sol et non importé. Presqu'un mois plus tard, les rues des villes sont quasiment désertées, sillonnées par des bus fantômes vides.
Le pays a enregistré officiellement 2.158 morts sur un total de 27.980 cas détectés, ce qui en fait de très loin le pays d'Europe le plus touché
Dans les rues, l'ambiance n'est donc plus à l'ironie. Les Romains qui sortent sont majoritairement masqués et prennent de plus en plus leurs distances avec leurs concitoyens, changeant de trottoir, s'écartant sur leur passage. Voici une semaine, ils se tenaient à un mètre les uns des autres en faisant la queue devant le supermarché. Désormais d'étranges files bordent les trottoirs avec des consommateurs distants de quatre mètres. A l'intérieur, les caissières masquées et gantées sont intimées par les clientes les plus terrorisées de désinfecter le tapis roulant avant leur passage. Ici, un homme donne un billet de cinq euros à une vieille femme faisant la manche, un beau geste effectué toutefois à travers un lancé d'argent à ses pieds. Là, un valeureux livreur de pizzas se tient à cinq mètres de son client, inventant un nouveau rituel de paiement sans contact.


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