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Pompeo, une main de fer bientôt dans le gant de velours diplomatique




Si Donald Trump devait nommer Mike Pompeo à la tête du département d'Etat, comme la presse lui en prête l'intention, il ajoutera un ancien militaire de plus à son cabinet, bien que l'habileté diplomatique de ce chef-espion reste un mystère.
Le New York Times a affirmé jeudi que le président américain avait l'intention de remplacer dans les semaines à venir Rex Tillerson, l'ancien patron du géant pétrolier Exxonmobil, par le patron de la CIA.
Contrairement à l'actuel ministre américain des Affaires étrangères, Mike Pompeo a réussi à se faire une place dans le premier cercle de Donald Trump.
C'est souvent lui qui se rend dans le bureau ovale pour présenter au président le résumé quotidien des affaires du monde compilé par les agences de renseignement.
Et il s'est fait l'écho du ton agressif et parfois guerrier prisé par son chef en promettant une CIA plus "brutale", en affirmant que l'Iran devrait payer plus cher pour son comportement et allant même jusqu'à plaisanter --ou pas-- sur l'assassinat du leader nord-coréen Kim Jong-Un, devenu la bête noire de la Maison Blanche.
"Si Kim Jong-Un devait soudain disparaître, étant donné le passé de la CIA, je n'en parlerai pas", a lancé Mike Pompeo en octobre. "D'aucuns pourraient penser qu'il s'agit d'une coïncidence".
Il n'a pas non plus pris le contrepied du magnat de l'immobilier qui a insulté à plusieurs reprises les services de renseignement américains et qui met régulièrement en doute leur conclusion sur l'ingérence russe dans l'élection qui l'a mené à la Maison Blanche.
A 53 ans, Mike Pompeo a eu un parcours fulgurant, en sachant saisir des opportunités qui l'ont in fine mené jusqu'à Donald Trump.
Né en Californie, il est entré dans la prestigieuse école des élèves officiers de l'armée de terre: West Point. Il en sortira en 1986 à la tête de sa promotion.
Après avoir servi pendant 5 ans --mais jamais au combat-- il a intégré la Harvard Law School, l'une des facultés de droit les plus admirées du pays, par laquelle est aussi passé Barack Obama.
Il a fondé une compagnie d'ingénierie dans le Kansas avant de se lancer dans la politique en 2010 avec le soutien actif des frères Koch, des milliardaires libertariens, qui emploient une partie de leur fortune à défendre leurs idées et soutenir les candidats qui pensent comme eux.
Elu à la Chambre des représentants, Mike Pompeo a acquis la réputation de présenter des projets de loi favorables aux deux frères.
Il intègre ensuite rapidement un autre cénacle d'élite, la commission du renseignement de la Chambre, où les élus ont accès à nombre d'informations confidentielles.
Mais c'est grâce à l'âpre combat mené par les républicains contre Hillary Clinton dans l'affaire de l'attentat de Benghazi, qui a coûté la vie à l'ambassadeur des Etats-Unis en Libye en 2012, que le jeune élu est passé de l'ombre à la lumière.
A la tête de l'agence de renseignement la plus connue du monde, le nouveau patron a lancé son cri de guerre: "Pour que la CIA connaisse le succès, elle doit être agressive, brutale, implacable et impitoyable".
Mais jusque-là il n'y a que peu de signes qu'il a réussi à changer les choses.
"Pompeo souhaite clairement que la CIA soit plus agressive dans ses opérations para-militaires, il veut qu'elle soit plus agressive dans sa manière d'espionner", explique Reuel Marc Gerecht, un ancien responsable de la CIA qui travaille aujourd'hui à la Foundation for Defense of Democracies.
Mais, souligne l'ancien espion, il y a des limites à ce qu'un directeur peut faire face à l'énorme bureaucratie de la CIA. Qui plus est les opérations secrètes sont déterminées d'abord par le président.
Juan Zarate, un ancien conseiller à la sécurité nationale adjoint qui avait milité en faveur de la nomination de M. Pompeo, estime qu'il a gagné la confiance du président en gérant la CIA efficacement.
"Il a dit ce qu'il pensait et a défendu les intérêts de l'agence et de ses employés, en se concentrant sur le coeur de sa mission d'être la meilleure agence de renseignement du monde au moment où on en a le plus besoin", a déclaré Juan Zarate à l'AFP.
Mais d'autres anciens de la maison critiquent les prises de position très tranchées de Mike Pompeo sur l'Iran ou la Corée du Nord tout en restant silencieux sur la Russie.
Il "n'a pas abandonné ses habits de politicien", accuse Ned Price, un ancien porte-parole de la CIA, qui a démissionné avec fracas en 2017 parce qu'il n'avait pas confiance en Donald Trump.
Mike Pompeo "ne semble pas se rendre compte du mélange explosif que forment la politique et le renseignement", accuse l'ancien officier de renseignement.

Libé
Lundi 4 Décembre 2017

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