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Je n’ai ni le talent, ni la verve d’un Stéphane Hessel mais en renonçant à me jeter de mon balcon ou du pont Alexandre ce soir, je pose un acte de rébellion. Je m’indigne, moi, la fonctionnaire de 45 ans qui n’espère plus rien ! Je m’indigne d’entendre le président de la République, dire à mes semblables que je ne suis pas «une vraie travailleuse». Je m’indigne devant les remerciements, les lettres de reconnaissance, les paroles d’encouragements des parents d’élèves, impuissants à me disculper d’être fonctionnaire d’Etat. Je m’indigne de ces paroles jetées à la hâte pour une présidentielle qui, font de moi un dégât collatéral Je m’indigne de devenir une maladie honteuse, une sangsue accrochée à un mammouth, qui à force d’être dégraissé, n’a plus que la peau sur les os... Je m’indigne de me voir parasite d’un nouveau genre, fainéante rémunérée, voleuse moderne, responsable de la faillite du pays que j’aime. Je m’indigne de me découvrir malhonnête moi qui me croyais au-dessus de tout soupçon. Je m’indigne de n’être dans la joute verbale d’une élection qu’une réduction de moi-même cachée sous le voile générique du fonctionnaire. Je m’indigne d’avoir eu à me battre contre 10 mille autres candidats pour arracher un concours et prétendre au plus joli métier du monde Je m’indigne de servir l’Etat depuis 16 ans, par conviction républicaine, humanisme, idéal... Je m’indigne en écoutant sonner cette insulte, ce vilain mot résumé dans ce fichu statut de «fonctionnaire». Je m’indigne de me voir criminalisée, de recevoir des brassées d’orties. Moi, l’interchangeable, je m’indigne, car la dignité se gagne dans le miroir des yeux que l’on nous tend. Moi, l’acarien, la sans nom, je m’indigne car, à force de mépris et de condescendance, les hommes crèvent, se tuent aussi parfois... Je m’indigne pour rester en vie et rappeler qu’un fonctionnaire n’est pas juste un mot, une abstraction comptable.