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PME exportatrices et chaînes de valeurs mondiales entre contraintes et opportunités




Le système productif marocain est largement dominé par les PME à hauteur de 93%. Elles participent à près de 40% du PIB et 46% de l’emploi total. De ce fait, l’intégration des PME exportatrices marocaines aux chaînes de valeur mondiales (CVM), se révèle être primordiale.
En effet, ce modèle qui privilégie la fragmentation des processus de production, résultant d’une stratégie de réduction des coûts, accapare depuis quelques années, à peu près entre 60% et 80% des flux commerciaux mondiaux. Ainsi, il pourrait constituer le meilleur moyen d’augmenter le taux de croissance des exportations marocaines qui demeure inférieur à celui de pays à revenu comparable et le chemin le plus court pour les PME du Royaume de jouir d’un progrès de productivité, d’une amélioration de la compétitivité et d’un meilleur positionnement à l’international, en l’occurrence grâce à l’obligation de répondre aux standards de production et à certaines normes de qualité. Ceci, sans oublier l’accès à de nouvelles technologies, la possibilité d’améliorer les compétences des salariés ainsi que l’accès à de nouvelles informations, en particulier concernant les préférences des consommateurs sur les marchés des pays à haut revenu, mais également, l’accès à de nouvelles organisations productives.
Néanmoins, à ce jour, peu ou prou de PME marocaines sont impliquées dans les chaînes de valeur mondiales, en dépit du plan d’industrialisation mis en place par le ministère de l'Industrie en 2014, dont les décideurs arguent un meilleur positionnement du Royaume sur les radars de la planète en tant que destination industrielle crédible et compétitive. Et pour cause, les limites à leur intégration sont multiples. Justement, une journée d’étude a été organisée jeudi dernier, à l’Institut supérieur de commerce et d'administration des entreprises de Casablanca (ISCAE), dont le point d’orgue fut la présentation des conclusions d’une étude portant sur les contraintes et les opportunités de l’intégration des PME exportatrices marocaines aux chaînes de valeur mondiales.
Ce travail de recherche réalisé par Tarik El Malki, directeur du développement, des relations internationales, de la recherche scientifique du groupe ISCAE, Patricia Augier, présidente du conseil scientifique et coordinatrice du Forum euro-méditerranéen des instituts de sciences économiques, et  Vincent Castel, économiste pays en chef à la Banque africaine, revêt un attrait particulier tant il ne s’est pas uniquement contenté de constater les données et des informations existantes, puisqu’il s’est également appliqué à réaliser des études de cas auprès d’entreprises marocaines exportatrices, ainsi que des fédérations professionnelles telles que l’Association marocaine des industries du textile et de l'habillement (AMITH) ou encore, l’Association marocaine pour l’industrie et le commerce de l’automobile (AMICA).
Les conclusions de l’étude révèlent des propositions et recommandations dans l’optique de faciliter l’intégration des PME exportatrices dans les chaines de valeur mondiales, après avoir mis en lumière et de manière exhaustive les contraintes s’y opposant.
Le premier constat qui saute aux yeux est que pour accroître les capacités des PME dans l’intégration des chaînes de valeur mondiales, il faut avant tout améliorer l’environnement des affaires avant de s’atteler à identifier les obstacles spécifiques à cette intégration.
Concernant le premier point, et en se basant sur le classement Doing Business datant de cette année et qui place l’environnement des affaires marocain à la 69ème place, soit un bond de 59 place en huit ans, Tarik El Malki a souligné une avancée significative due notamment aux mesures mises en places depuis 2015, en l’occurrence dans la création d’entreprise, le paiement des impôts, le raccordement à l’électricité, l’obtention d’un permis de construire et le commerce transfrontalier.
A contrario, il a également pointé les multiples aspects du climat des affaires en quête d’amélioration, à commencer par le règlement de l’insolvabilité, l’obtention des prêts, mais aussi, la protection des investisseurs minoritaires, au même titre que le transfert de la propriété et l’exécution des contrats.
Ces griefs liés au climat des affaires ne représentent en réalité que la partie immergée des obstacles à l’intégration des PME marocaines dans les chaînes de valeur mondiales.
D’après les résultats des entretiens et études de cas réalisés entre mai et novembre 2017, auprès des PME marocaines exportatrices, notamment dans la région de Casablanca-Settat et de représentants de groupes d’entreprises (CGEM), l’AMITH, l’AMICA, l’ASMEX, et en dépit d’une grande majorité des PME sondées qui ont mis en avant le lien fort qui les unit aux donneurs d’ordre, ce lien ne freine en rien les obstacles rencontrés. Ces derniers se déclinent par un manque d’efficacité des services logistiques et de compétitivité qualitative des produits, ainsi que des difficultés attribuées à la satisfaction des exigences donneuses d’ordre en termes de conformité aux normes et standards.     
Outre les besoins exprimés par les PME quant à leur intégration dans les CVM, à savoir la mise en place de support pour établir un contact avec les entreprises étrangères, l’assainissement des besoins en termes de crédits bancaires, l’accompagnement pour la mise en conformité des produits et process, ainsi que des supports pour la formation des salariés, l’étude divulgue une multitude de propositions à même de lever les barrières rencontrées dans l’expansion  des PME exportatrices à l’international.   

S’agissant des problèmes liés au coût de transport et au manque de services logistiques efficaces, les propositions de l’étude sur le plan national visent à re-auditer la conception des plateformes intégrées afin qu’elles s’alignent sur  les besoins des PME. Objectif ? Favoriser le regroupement de PME sur des zones spécifiques pour avoir une massification. Ces zones intégrées devraient également adhérer aux lieux de vie pour rendre plus cohérentes la politique de logements et la localisation des zones industrielles. A l’international, c’est une stratégie de développement du fret (maritime, aérien, routier) qui est privilégiée par le rapport d’étude. Une mesure qui serait en adéquation avec les ambitions commerciales affichées, soit la création de routes maritimes avec l’Afrique ou d’autres pays méditerranéens, pour avoir une politique claire sur le fret aérien tout en s’orientant vers une meilleure coordination entre le secteur privé et les hauts fonctionnaires qui négocient les accords de fret.
Par ailleurs, le financement est lui aussi sujet à interrogation, notamment par rapport à son obtention, au besoin de crédits bancaires éprouvés par les PME et le coût de l’obtention d’une couverture contre le risque de change, en plus de la difficulté à mettre le produit ou le processus de production aux normes et standards imposés. Pour y remédier, Tarik El Malki a mis en exergue plusieurs propositions dont l’extension du système de Fonds de soutien pour atténuer les effets négatifs des délais de paiement  pour les PME. Aussi du côté de ces dernières, il serait cohérent d’améliorer les pratiques comptables et financières en imposant un système généralisé et fiable de certification comptable permettant aux banques d’avoir une meilleure évaluation du risque.
Il a aussi été question de proposition visant à développer le financement complémentaire aux crédits bancaires, idem pour celui des échanges internationaux, à travers l’accroissement des cofinancements publics, et la création à la fois d’une banque publique spécialisée, à l’image d’Eximbank aux Etats-Unis et d’un système d’assurance et de couverture contre le risque de change comme la COFACE en France. Toutes ces mesures sont complétées par une évaluation des actions conduites par les organismes publics.
Alors que les représentants d’entreprises interrogés espèrent la mise en place de relais au niveau des marchés cibles, l’accroissement des moyens attribués aux conseillers économiques des représentations diplomatiques dans les pays étrangers et l’organisation d’encore plus de missions de prospection, Tarik El Malki et l’ensemble des contributeurs à cette étude, se sont eux aussi attelés à fournir de précieuses recommandations afin d’aider ces PME marocaines à passer outre ces difficultés relatives à la connaissance des marchés internationaux, en particulier dans la pénétration des marchés, et le manque de supports pour la mise en contact avec les entreprises étrangères.
Dans ce cas, la première mesure à prendre serait de disposer d’une feuille de route sur les marchés internationaux pour préparer le ciblage des marchés. Secundo, identifier sur le plan local les entreprises prêtes à intégrer les marchés ciblés, surtout celles caractérisées par des produits adaptés et compétitifs en symbiose avec la demande visée, mais également, accompagner les PME qui ne sont pas à ce stade du processus pour qu’elles puissent, à leur tour, intégrer les marchés ciblés.
L’innovation est elle aussi un volet qui endigue l’intégration des PME aux chaînes de valeur mondiales. Le faible rendement de la recherche et du développement augmente les difficultés à mettre le produit ou le processus de production aux normes et standards imposés. Pour améliorer ce volet, plusieurs pistes ont été creusées. Tout d’abord, favoriser les transferts technologiques par la création de liens entre investissement direct à l'étranger et PME. Une proposition envisageable à travers une des méthodes d'exportation concertée dite joint-ventures, ou encore des accords de coproduction et la création de bases de données des fournisseurs locaux potentiels en termes de produits et de services à même de favoriser les partenariats d’affaires. La création de partenariats entre les universités et le secteur privé est pareillement souhaitée, en vue d’une meilleure évaluation des besoins spécifiques des entreprises dans le domaine de l’innovation.
Enfin, les difficultés associées à l’embauche d’une main-d’œuvre qualifiée devraient selon le rapport d’étude être atténuées par des propositions visant à améliorer l’identification des besoins par rapport aux choix stratégiques de développement du pays, et ce à travers une meilleure connexion entre les stratégies sectorielles et les formations. Aussi, le rapport d’études identifie l’importance d’un raisonnement de formation davantage axé sur le développement de compétences, de la formation continue et celles en entreprenariat pour appuyer l’émergence des PME disposant de bonnes capacités de gestion. Mais le plus dur sera de motiver les jeunes qualifiés pour travailler dans les PME. Dans ce dessein, l’étude recommande de généraliser une charte de responsabilité sociale pour améliorer la confiance entre les salariés et le patronat, amener les PME à une meilleure gouvernance et mieux valoriser les ressources humaines dans les PME.
Au bout du compte, l’ensemble de ces mesures, recommandations et autres propositions suggérées par cette étude, devraient sans aucun doute aider les PME exportatrices marocaines à se faire une place sur l’échiquier des chaînes de valeur mondiales, et par la même occasion augmenter le taux de croissance des exportations marocaines. Mais pour y parvenir, cette étude, mue par la collaboration conjointe entre la Banque africaine de développement (BAD), le Groupe ISCAE (la Chaire PME) et le Forum euro-méditerranéen des Instituts de sciences économiques (FEMISE), ne doit surtout pas être jetée aux oubliettes, mais plutôt être le socle d’un nouveau modèle économique pour les PME exportatrices.  

Chady Chaabi
Mardi 27 Février 2018

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