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Où aller pour être loin de Mamoun Lahbabi

L’usine à rêves qui guérit les tourments




Où aller pour être loin de Mamoun Lahbabi
Depuis la nuit des temps, l’être humain n’a cessé de chercher la place  qui lui est destiné à occuper dans le monde. Et cela autant dans le sens géographique  que dans le sens métaphysique du terme. Des hominidés à l’homo sapiens, en passant par l’homo erectus et ses contemporains, l’espèce humaine  a trouvé des chemins remplis d’obstacles et de nombreuses bifurcations éprouvantes pour choisir  les trajectoires les plus appropriées   à ses intérêts en tant qu’individu et en tant qu’espèce.
Il arrive généralement qu'un état d'insatisfaction permanente nous pousse à nous enfuir, soit parce que nous ne sommes pas bien  conseillés, soit parce que nos fréquentations ne sont pas les plus convenables. Quelle que soit la raison du manque de bonheur, la fuite est une réponse habituelle. Et même si parfois l’expérience nous montre que  la fuite  est le meilleur des chemins, d’autres fois, dans notre envol, nous croisons des personnes voulant occuper notre  espace : c’est ce qu’on appellerait l’envers des choses. On constate que le  monde des émotions et celui des idées nous remettent en question permanente.
Est-il inévitable de chercher   un autre  «ailleurs» ?
Pourquoi aller vers des endroits d’où  d’autres sont partis et se sont enfuis ?
Où aller pour être loin du malheur ?
Où aller pour trouver la paix ou, au moins, essayer   de la conquérir,  et comment  
y arriver ?   
Est-il  convenable d’éviter l’affrontement afin que la dialectique de l’histoire déchaîne par soi-même la résolution des conflits ?
Faudrait-il  éluder les antagonismes pour  investir les forces dans l’amour ?
Où aller pour être près de soi-même, pour être soi-même, pour se retrouver avec et en soi-même ?
Quel est le pouvoir qui nous pousse toujours à regarder un horizon et à essayer de le repousser pour découvrir l'au-delà?
Quel est le mystère de l’angoisse  existentielle qui nous éloigne de la paix d’esprit, de la sérénité, de la joie vitale ?
Quel est le pouvoir qui nous  serre  
le cœur ?
Le roman de Mamoun Lahbabi nous invite et nous presse à donner des réponses à ces questions aux réponses difficiles. On ne peut que tourner le regard vers l’histoire de ces deux familles et y voir que chaque personnage essaie de donner un sens à sa vie. Face à des situations conflictuelles,  la réponse est déterminée par l’échelle de valeurs. L'histoire montre des contradictions et des  misères comme la cohérence et la solidarité. Il s’agit là de sujets universels.

Parcours à l’intérieur du texte
Deux familles antagoniques, deux cultures, un jeune couple : Aline et Mehdi, d’origines marocaine et française, se sont rencontrés pour la première fois  à Paris pendant leurs années universitaires, au cours des années 50.
Mais une nouvelle vie au Maroc, loin de l’atmosphère  parisienne, va les mettre à l'épreuve. Deux chemins très différents vont marquer leur existence, pour l’un d’eux la continuité,  pour l’autre l’évasion, la fugue,  les expériences inconnues.
Dans ces circonstances, Aline et Mehdi montrent des signes de courage, mettant même en péril leur amour. Les premières révoltes sociales qui précèdent  l’Indépendance du Maroc interviennent en toile de fond, en y rajoutant  d'autres conflits à caractère individuel  de grande importance.
Lors de leurs années d’étude en France, les protagonistes Aline et Mehdi s’étaient familiarisés avec des mœurs, des attitudes et une Weltanschauung, propres à la culture française, de telle sorte que leur style de vie s'est heurté à l'idiosyncrasie marocaine. Cela les mettait en difficulté. Ils se sentaient observés dans la rue, sur la plage ... Ils  auraient pu  se tenir à l’écart des conflits,  en Europe. Néanmoins,  ils optent pour s’impliquer, comme témoins pacifiques des révoltes. Et s’ils le font  discrètement, leur présence n'étant pas exempte de risques puisque certains membres de leurs familles font partie activement de ces conflits, et cela dans  des camps opposés.
Deux autres personnages aux parcours parallèles animent aussi le roman : Harj Larbi, le père de Mehdi et Charles Renardin, le père d’Aline. L’un et l’autre vont connaître des destinées houleuses aux dénouements brutaux.
Le premier est obsédé par l’indépendance du Maroc, le second par les retrouvailles avec son fils. Mais ni l’un, ni l’autre ne réalisera son rêve puisque des événements décisifs s’y opposeront violemment.
Fatalement, ces drames atteignirent profondément Mehdi et Aline qui entreprirent alors un voyage à l’intérieur de leur esprit pour contourner ce cauchemar.
Ils  plongèrent dans la philosophie, dans toutes les belles choses de la vie. Ils voyagèrent  au fond de l’imaginaire qui leur offrait tout ce qu’ils avaient appris dans les livres. Ils  vainquirent la réalité avec la richesse du monde imaginaire, mais aussi avec leur profond amour.
Aline : « Je veux écrire un roman pour quitter le réel et ses frontières, intensifier ma vie et m’immerger ainsi dans l’imaginaire, ce territoire infini où je peux vagabonder au gré de mes envies ».  Le roman nous émancipe du passé et du futur … ». (p 27)
Mehdi : «Le roman aurait-il un pouvoir d’incandescence à même de brûler les stigmates passés ?   Serait-il l’antidote des déchirures et le refuge de l’apaisement ?» (p 76)
Ou encore : «Les plaies de notre douleur se refermeront car nous n’appartenons pas au monde qui les a ouvertes. Nous n’avons pas la tristesse  pour horizon, puisque nous avons ce que nous sommes. Nous avons des rêves pleins les yeux (…) Je suis submergé par le flot des rêves instillés en moi, et nous ferons de l’avenir une usine à rêves» (p. 173).           
Il faut reconnaître à Mamoun Lahbabi le talent de savoir sonder l’âme humaine.  De  son langage se dégage  une  analyse minutieuse des états d'esprit des personnages, de  leurs prises de décision, ou de leurs réflexions dialoguées.
Mamoun Lahbabi  examine  attentivement les ressources psychologiques que l’individu doit mettre en place pour faire face à des situations de conflit personnelles et sociales. Les idées et les émotions interagissent intensément dans l'intrigue; et finalement, une intention didactique moralisante jaillit de l'esprit de l'auteur, donnant une grande valeur à la culture, à la sagesse et au grand pouvoir de résilience que la pratique de la lecture confère aux gens pour canaliser correctement certaines pensées et émotions que l'être humain manifeste :  l'angoisse, la colère, la méfiance ou la peur.

Atelier de littérature d’expression française
de l’Ecole officielle de langues d’Aranjuez
(Madrid, Espagne)

Par Carmelo López Navamuel
Mardi 21 Mai 2019

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