Et il a reçu des prix. Mais c’est insuffisant pour en vivre. “C’est une étrangeté du capitalisme bourgeois que de penser que, nous, les ouvriers nous n’avons rien à voir avec la culture”, lance le romancier, las qu’on l’appelle “l’écrivain du métro”. C’est “De loin on dirait des mouches” (éditions Moisson Rouge, 2012) qui a fait sa renommée. Avec ce roman policier, son troisième livre, publié en Argentine en 2011, il a remporté le prix Silverio Canada à la Semaine noire de Gijon, en Espagne. Il a aussitôt été publié en France, au Mexique et en Italie. Dans ce livre, il transforme en cauchemar la vie d’un chef d’entreprise millionnaire, qui découvre un cadavre dans le coffre de sa voiture, pendant la dictature militaire argentine (1976-1983).
L’écriture est nerveuse, sans fioritures. Le livre dépeint en filigrane les travers de la société argentine de l’époque. A 44 ans, Kike Ferrari a écrit cinq romans, mais aussi des contes et des essais. “Vivre de la littérature ? Pour l’instant, l’argent ne suit pas”, dit-il. Kike Ferrari est un solide gaillard qui porte une boucle d’oreille et arbore de multiples tatouages. Sur son bras gauche: le visage de Karl Marx.
Dans un réduit de quatre mètres carrés dans la station de métro Amia, l’auteur-balayeur profite de sa pause pour corriger un texte sur un vieil ordinateur portable qu’il a toujours près de lui. “J’écris quand je peux et où je peux, et mon obsession dans la journée est de trouver un moment pour dormir”, confie l’Argentin, les yeux cernés. Supporteur de River Plate, le club des beaux quartiers de Buenos Aires, passionné de rock, il a grandi dans une maison sans beaucoup de livres. Pour autant, c’est son père qui, sans le vouloir, a tracé son destin en lui offrant lorsqu’il avait 8 ans un livre qui raconte les aventures d’un pirate, Sandokan. “Ce cadeau a été important pour moi. «Lire, c’est ce qui nous différencie des singes, m’a dit mon père»”, se souvient le quadragénaire. L’édition offerte contenait une biographie de l’auteur, l’Italien Emilio Salgari. “Et moi, relate-t-il, au lieu de rêver d’être pirate, j’ai commencé à rêver d’écrire comme Salgari”.
“Je ne pense pas à la littérature en terme de carrière”, assure-t-il. Mais avant de prendre son service, peu avant minuit pour aller passer la serpillère, il rêve de “gagner un prix international” ou que Steven “Spielberg veuille adapter l’un de ses livres”.










Programmation inédite pour une 1ère édition tournée vers la nouvelle génération
