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Maria Ressa: Pilier de la liberté de la presse aux Philippines

Maintenant plus que jamais, nous devons protéger nos droits, sinon on les perdra


Libé
Lundi 13 Décembre 2021

La journaliste philippine Maria Ressa, colauréate du prix Nobel de la paix, est un symbole de la lutte pour la liberté de la presse dans une ère de dirigeants autoritaires, après avoir été condamnée pour ses publications.

“C’est devenu incroyablement plus difficile et beaucoup plus dangereux pour chacun d’entre nous”, a lancé Mme Ressa aux journalistes qui l’attendaient mercredi à sa descente d’avion à Oslo, où elle devait recevoir vendredi le Nobel conjointement avec le Russe Dmitri Mouratov.

“Maintenant plus que jamais, nous devons protéger nos droits, sinon on les perdra”, a-t-elle ajouté. Mme Ressa et le journaliste russe Dmitri Muratov ont été récompensés en octobre pour leur combat pour la “sauvegarde de la liberté d’expression”.

Ce prix prouve que “rien n’est possible sans les faits”, avait réagi en octobre Maria Ressa, bête noire du président philippin Rodrigo Duterte dont elle dénonce notamment la guerre contre la drogue.

“Un monde sans faits signifie un monde sans vérité et sans confiance”, a-t-elle déclaré lors d’un entretien diffusé en direct par le site d’information Rappler qu’elle a co-fondé en 2012.

“C’est la meilleure époque pour être journaliste”, a ajouté la journaliste qui a reçu en avril le prix de la liberté de la presse décerné par l’Unesco. “Ces périodes où c’est le plus dangereux, ce sont les périodes où c’est le plus important”.

Ses positions critiques lui ont valu deux arrestations, des poursuites pour diffamation ou fraude fiscale et un déluge de menaces en ligne.

Actuellement en liberté conditionnelle en attendant un jugement en appel après une condamnation pour diffamation, elle a dû demander à quatre tribunaux la permission d’aller chercher son prix en personne avant d’y être autorisée lundi.

Les défenseurs de la liberté de la presse attribuent l’origine des procédures dont elle fait l’objet au gouvernement Duterte, qui nie tout rôle dans les poursuites contre Rappler et Mme Ressa. M. Duterte s’en était pris nommément à Rappler, le qualifiant de “site de fake news” après une publication sur l’un de ses plus proches conseillers. Malgré ces pressions et les risques encourus, Maria Ressa, 58 ans, est restée basée aux Philippines et a continué de s’opposer au gouvernement.

Dernier souci judiciaire en date: une énième accusation de diffamation, rejetée en août. “Je ne suis pas une journaliste unique”, expliquait-elle à l’AFP en 2020, “mon travail consiste à être un pilier (...) pour que nos collaborateurs puissent continuer à travailler”.

Les menaces en ligne ont commencé dans les mois qui ont suivi l’investiture de Rodrigo Duterte à la présidence des Philippines en 2016 et le lancement de sa “guerre contre la drogue”, qui a fait des milliers de morts et est aujourd’hui dans le collimateur de la Cour pénale internationale.

Rappler fait partie des sites qui ont publié des images choquantes des exécutions et ont interrogé les fondements légaux d’une telle opération. Maria Ressa a été arrêtée une première fois en février 2019 dans une affaire de diffamation, puis deux mois plus tard quand Rappler a été accusé de violer la loi interdisant aux médias d’avoir un propriétaire étranger.

La journaliste a figuré parmi les Personnes de l’année du magazine Time en 2018 pour son travail, avant même que ses arrestations n’attirent davantage l’attention internationale sur elle. Avant de diriger une rédaction, Mme Ressa a couvert les zones de conflit.

“J’ai commencé comme reporter en 1986 et j’ai travaillé dans beaucoup de pays à travers le monde, on m’a tiré dessus, on m’a menacée mais je n’ai jamais connu une telle mort à petit feu”, a-t-elle réagi après sa première condamnation pour diffamation en 2020.

Cheffe du bureau de CNN à Manille puis à Jakarta, Maria Ressa s’est spécialisée dans le terrorisme, où elle a traqué les liens entre les réseaux mondiaux comme Al-Qaïda avec les activistes d’Asie du Sud-Est.

Cette diplômée de Princeton, qui possède les nationalités philippine et américaine, est ensuite retournée aux Philippines pour diriger le service des informations de la première chaîne du pays, ABS-CBN.

En 2012, Rappler est créé avec l’ambition d’offrir une vision audacieuse de l’actualité philippine à travers des reportages multimédias et l’utilisation des réseaux sociaux.


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