Littérature de fantasy: Une évasion vers l'imaginaire ou une nouvelle lecture du réel par les jeunes ?

Lundi 11 Mai 2026

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L’engouement des jeunes pour les romans d’imaginaire, de fantasy, de crime et d’horreur semble annoncer une évolution du goût littéraire chez une génération en quête de nouvelles formes de récit, mais aussi une transformation dans la manière dont les jeunes arabes perçoivent la littérature.

Les regards sur cet engouement divergent entre ceux qui y voient une nouvelle manière de relier littérature et réalité, au-delà des formes classiques du roman, et ceux qui l’interprètent comme le reflet des questionnements d’une génération ayant grandi à l’ère du numérique et de l’omniprésence des images.

Dans les allées du Salon international de l’édition et du livre (SIEL), Fatima Mohammadi, représentante de la Maison "Aser Al-Kotob pour la traduction, l’édition et la distribution", affirme que la littérature de l’imaginaire compte aujourd’hui parmi les genres les plus lus dans le monde arabe.

Selon elle, cet engouement touche plusieurs catégories d’âge, des adolescents aux jeunes adultes, qu’il s’agisse d’œuvres traduites ou de romans écrits par des auteurs arabes, tels qu’Amr Abdelhamid et Hanan Lachine, qui ont connu un large succès ces dernières années.

Dans une déclaration à la MAP, elle a indiqué que l’ère du numérique vécue par les nouvelles générations a rapproché le lecteur arabe des publications mondiales, soulignant que les éditeurs arabes sont désormais appelés à proposer des œuvres adaptées aux attentes de lecteurs au fait des tendances littéraires internationales.

Pour Mohamed Ali, de la maison d’édition et de distribution “Sama”, l’attrait pour ce type d’ouvrages s’explique par le suspense propre aux récits de crime et d’horreur. Le jeune lecteur recherche désormais dans le roman une expérience intellectuelle nourrissant sa réflexion et sa perception du monde, a-t-il relevé.

e genre littéraire figure désormais parmi les meilleures ventes, devant les romances et les récits sociaux qui dominait les préférences des lecteurs, porté notamment par l’influence du cinéma, des séries étrangères et des jeux vidéo autour des univers du mystère, du crime et de l’horreur, a-t-il ajouté.

Mohamed Ali, qui participe pour la 3e année au SIEL, estime toutefois que cet engouement n’est pas perçu comme entièrement positif par certains jeunes lecteurs, qui craignent qu’un intérêt croissant pour les univers futuristes et imaginaires n’éloigne progressivement les lecteurs d’une littérature ancrée dans les réalités humaines et sociales.

Pour le jeune Abdellah, un visiteur du SIEL, estime que certaines approches réduisent ce genre littéraire à des effets visuels et à des idées superficielles, alors que son essence repose avant tout sur une dimension philosophique et un questionnement critique.

Il rejette toutefois l’idée que le merveilleux constitue une simple “fuite du réel”, estimant qu’il représente souvent une manière symbolique d’aborder les inquiétudes et les questionnements des jeunes à travers des univers imaginaires plus libres et audacieux.

L’intérêt des jeunes pour la fantasy se justifie par le fait qu’elle exprime leurs peurs et leurs questionnements dans un langage différent des discours traditionnels, tout en ouvrant un espace de réflexion sur l’isolement et les crises individuelles et collectives, confie Abdellah à la MAP.

Ainsi, la fantasy ne se limite plus à un courant marginal dans le paysage littéraire arabe, mais s’impose comme l’une des principales évolutions des goûts de lecture chez une large partie de la jeunesse, à travers de nouvelles formes narratives reflétant l’évolution de leurs questionnements sur le monde, la réalité et l’avenir.
 
Par Bilal Joufi

Bilal Joufi
Lundi 11 Mai 2026
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