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Les trains jouent le jeu

Pour que le Maroc honore ses engagements, il faut bien que les promesses des pourvoyeurs de fonds prennent forme


Hassan Bentaleb
Mercredi 14 Février 2024

C’est du côté du transport routier que le bât blesse

Les trains jouent le jeu
« 90% des trains électriques de l’Office National des Chemins de Fer (ONCF) circulent désormais avec l’énergie verte. L’Office envisage, dès 2030, d’augmenter à plus de 52% la part des ressources renouvelables et d’atteindre une neutralité carbone à l’horizon 2035 ». Cette information n’a rien de nouveau. Elle a fait la Une des journaux et sites internet la semaine dernière. Cependant, si ces annonces de l’ONCF sont louables et fortement appréciées, il n’en demeure pas moins qu’elles restent infimes dans la lutte contre les effets néfastes du réchauffement climatique. 
 
Propre
 
En effet, le transport ferroviaire est déjà reconnu comme le mode le plus respectueux de l’environnement et le moins émetteur de gaz à effet de serre (GES). Au Maroc, il consomme peu d’énergie fossile du fait de l’électrification de plus des 2/3 des voies du réseau ferré national (2600 kilomètres, soit 70% environ des voies durées au ferroviaire national) à l’exception de l’axe oriental (Fès jusqu'à Oujda y compris le tronçon Taourirt Nador). D’autant que le niveau d’émission de CO2 du rail représente seulement 0,04% des émissions globales de GES du Maroc et 0,18% de celles du secteur du transport (pour une part de marché de près de 10% pour les voyageurs et 18% pour les marchandises), selon la 4ème Communication Nationale du Maroc (CNM). A noter que le bilan carbone des activités de l’Office réalisé entre 2019 et 2021 a révélé un gain estimé à plus de 67.000 Téq CO2, selon le rapport financier de l’ONCF 2022.
 
Bilan
 
Toutefois, pour les spécialistes, le vrai défi est celui du secteur national du transport         qui demeure le premier consommateur        d’énergie        finale et          contribue        à          plus     de  20%          des            émissions        de        GES, sans parler du fait qu’il dépend quasi- exclusivement         des     produits pétroliers, intégralement importés et qui pèsent lourdement sur notre balance commerciale. D’après la CNM, « la croissance annuelle de la consommation de carburants dans ce secteur évolue rapidement avec un rythme supérieur à 5% par an ».

A ce propos, les experts s’interrogent sur le bilan des options retenues par le Royaume afin d’atténuer les émissions générées par le secteur du transport. En effet, nombreux sont ceux qui se demandent où en est l’amélioration des performances environnementales des véhicules avec le passage de la norme Euro 4 à la norme Euro 6 des véhicules neufs à partir de 2024 avec l’amélioration du rendement énergétique de 16% des véhicules particuliers et de 10% des véhicules utilitaires légers.

Idem pour le Système Bonus/Malus destiné à encourager l’achat des véhicules les moins émetteurs de CO2 via une prime à l’achat (bonus) et soumettant les véhicules les plus consommateurs à une taxe à l’achat modulée en fonction des seuils d’émission des véhicules. Un système censé permettre une réduction de 6,3 g Eq.CO2 de tous les véhicules vendus neufs à partir de 2024.

Le Programme de renouvellement et de casse, le renouvellement sur 10 ans de plus de 30.000 véhicules éligibles l’Eco conduite qui vise une amélioration moyenne de la consommation de carburant par véhicule de 6% sur un cycle de 3 ans; la convergence vers le règlement européen avec un décalage de 10 ans en 2030 (atteindre en 2028 la réglementation européenne en matière d’émissions de CO2 de manière progressive à partir de 2023); l’atteinte progressive de 130 g/km, pour les véhicules particuliers, comme taux moyen d’émissions des véhicules vendus neufs en 2028, 95g/km en 2031 et de 156,1 g/km pour les véhicules utilitaires légers, comme taux moyen d’émissions des véhicules vendus neufs en 2028 et 131 g/km en 2030, figurent également parmi les actions à mener et dont le bilan reste encore inconnu.

Au Maroc, la route représente le premier mode de transport pour 90% des individus et catalyse 75% du transport de marchandises, le secteur représente 6% du PIB et emploie 10% de la population active urbaine. Le Royaume dispose d’un réseau routier d’environ 60.000 km de routes, 1.000 km de voies express et 1.800 km d'autoroutes. 
 
Coût
 
Cependant, les experts sont unanimes à considérer que les engagements pris par le Maroc risquent de ne pas se concrétiser dans un avenir proche vu leur coût élevé. En effet, le Maroc est appelé à accroître ses investissements annuels de dizaines de milliards de dollars. Le hic, c’est que si ces investissements sont incontournables et rentables à terme, notre pays n’a pas l’argent pour les financer dans l’immédiat.

Toujours selon la 4ème CNM, les 5 mesures du scénario conditionnel (amélioration des performances environnementales des véhicules; système bonus-malus, programme de renouvellement et de casse; éco conduite; convergence en 2030 avec le règlement européen en matière d'émissions de CO2 (voitures particulières neuves et véhicules utilitaires légers neufs) vont coûter près de 156,2 millions US$ et permettre de réduire le cumul des émissions évitées entre 2020 et 2030 de 19.345,2 Gg Eq CO2, soit 7,4% du cumul du scénario de référence du secteur du transport pour la même période. Elles permettront également d’atténuer les émissions de l’année 2030 de 5.108,0 Gg Eq CO2, soit 17,9% des émissions du même scénario de référence en 2030.

A l’inverse, l’ensemble des mesures mentionnées dans la 4ème communication coûteront 2,2 milliards US$, permettront de réduire le cumul des émissions évitées entre 2020 et 2030 de 19.703,5 Gg Eq CO2, soit 7,5% du cumul du scénario de référence du secteur du transport pour la même période. Ils permettront également d’atténuer les émissions de l’année 2030 de 5.141,3 Gg Eq CO2, soit 18,1% des émissions du même scénario de référence en 2030.

A noter, enfin, que le Maroc est un pays en développement qui a fait le choix stratégique de l’ouverture et de la mondialisation en libéralisant son économie et en optant en faveur d’une économie de marché et d’une adhésion à la théorie de la croissance exogène, orientée vers l’exportation et permettant de s’intégrer à l’économie mondiale. Une orientation qui demeure inchangée et conditionne jusqu’à aujourd’hui toutes les politiques publiques nationales.
  Comment le Royaume compte-t-il concilier transition énergétique et développement économique ? Affaire à suivre. 

Hassan Bentaleb 


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