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Les prix de l’énergie et de l’alimentation devraient rester élevés jusqu’à la fin de 2024


Alain Bouithy
Jeudi 28 Avril 2022

En raison des perturbations consécutives à la guerre en Ukraine, le cours du pétrole brut devrait atteindre une moyenne de 100 dollars le baril en 2022, selon la Banque mondiale

Les prix de l’énergie et de l’alimentation devraient rester élevés jusqu’à la fin de 2024
Les tensions sur les prix de l’énergie et de l’alimentation dues à la guerre en Ukraine pourraient durer plusieurs années, prévient la Banque mondiale dans la dernière édition de son rapport « Commodity Markets Outlook ». Dans ce document, publié mardi 26 avril, l’institution financière internationale estime que les prix vont se maintenir à des niveaux historiquement élevés jusqu’à la fin de 2024. Les prix de l’énergie vont probablement grimper de plus de 50% en 2022 avant de baisser en 2023 et 2024, indique la Banque mondiale expliquant que la guerre en Ukraine a provoqué un choc majeur sur les marchés des produits de base et modifié la physionomie des échanges, de la production et de la consommation dans le monde. S’agissant des biens non énergétiques, notamment les produits agricoles et les métaux, l’institution spécialisée des Nations unies estime qu’ils devraient augmenter de près de 20% en 2022, puis diminuer également au cours des années suivantes. L’organisation internationale relève en revanche que « les prix des produits de base devraient rester bien supérieurs à la moyenne des cinq dernières années et, en cas de guerre prolongée ou de nouvelles sanctions contre la Russie, ils pourraient devenir encore plus élevés et plus volatils que ce qui est actuellement prévu ». Parallèlement, et en raison des perturbations du commerce et de la production consécutives à la guerre, le cours du pétrole brut (Brent) devrait de son côté atteindre une moyenne de 100 dollars le baril en 2022, soulignent les auteurs dudit rapport précisant qu’il correspondra dans ce cas à son plus haut niveau depuis 2013 et à une augmentation de plus de 40% par rapport à 2021. Dans son rapport, la Banque mondiale assure toutefois qu’« il devrait baisser à 92 dollars en 2023, ce qui sera bien au-dessus de la moyenne sur cinq ans de 60 dollars le baril ». Selon les prévisions de l’institution de Bretton Woods, l’analyse de la situation tend à montrer que « les cours du gaz naturel (européen) devraient être deux fois plus élevés en 2022 qu’en 2021, tandis que les prix du charbon devraient être 80% plus élevés, soit des sommets historiques dans les deux cas ». Il est à noter que les cours du blé devraient au cours de cette même période augmenter de plus de 40% et atteindre un niveau record en valeur nominale cette année. Ainsi que le craint la Banque mondiale, une telle hausse « pénalisera les économies en développement qui dépendent des importations de blé, notamment en provenance de Russie et d’Ukraine ». Quant aux prix des métaux, ils devraient de leur côté progresser de 16% en 2022 avant de s’atténuer en 2023, mais en se maintenant à des niveaux élevés, explique l’institution. Comme le craignaient bon nombre d’économistes et de conjoncturistes, tout porte à croire que la hausse des prix de l’énergie au cours des deux dernières années a été la plus importante depuis la crise pétrolière de 1973. Aussi, selon les analystes de la Banque mondiale, celle des matières premières alimentaires- dont la Russie et l’Ukraine sont de grands producteurs - et des engrais, dont la production dépend du gaz naturel, n’a jamais été aussi forte depuis 2008. Pour Indermit Gill, vice-président de la Banque mondiale pour le pôle Croissance équitable, finances et institutions, il ne fait aucun doute que « globalement, il s'agit du plus grand choc sur les produits de base que nous ayons connu depuis les années 70 ». Cité dans un communiqué de l’institution financière, ce dernier fait un constat : «Comme c'était le cas à l'époque, ce choc est aggravé par une recrudescence des restrictions au commerce des denrées alimentaires, du carburant et des engrais ». Parce que ces phénomènes ont commencé à faire planer le spectre de la stagflation, Indermit Gill estime que « les décideurs politiques devraient saisir toutes les occasions de stimuler la croissance économique au niveau national et éviter toute action néfaste pour l'économie mondiale. » Car, comme le craint Ayhan Kose, directeur de la division Perspectives de la Banque mondiale, qui produit le rapport, « la hausse des prix des denrées alimentaires et de l’énergie a un coût humain et économique considérable et risque de freiner les progrès en matière de réduction de la pauvreté ». Il y a vraiment de quoi s’inquiéter d’autant plus que « cette augmentation des prix des matières premières exacerbe les pressions inflationnistes déjà élevées partout dans le monde », rappelle-t-il. Les marchés des produits de base étant soumis à une pression énorme,« cela aura des répercussions durables», indique poursa part John Baffes, économiste senior au sein de la division Perspectives de la Banque mondiale. Selon lui, « la forte hausse des prix des intrants tels que l’énergie et les engrais pourrait provoquer une baisse de la production alimentaire, notamment dans les économies en développement. L’utilisation réduite d’intrants pèsera sur la production et la qualité des aliments, ce qui affectera les disponibilités alimentaires, les revenus des populations rurales et les moyens de subsistance des pauvres.» 


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