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Les hostilités armées dans le conflit russo-ukrainien ne sont près de prendre fin


Rachid Meftah
Jeudi 17 Mars 2022

Serait-il opportun d’imposer une zone d’ exclusion aérienne en Ukraine ?

Les hostilités armées dans le conflit russo-ukrainien ne sont près de prendre fin
Est-ce une nouvelle guerre froide ou s’agit-il d’une guerre tout court ou encore des deux à la fois? Ce qui est sûr, c’est que l’on assiste, désœuvré, à un conflit armé avec son cortège de souffrances, d’incertitudes, d’insécurité et de pertes humaines, matérielles et infrastructurelles affligeantes entre deux Etats souverains et reconnus comme tels par l’ensemble des composantes de la communauté internationale, chacune allant de sa vision dictée par le positionnement géostratégique et par les enjeux économiques de cette crise majeure russo-ukrainienne.
Ce que l’on peut affirmer sans risque de s’embrouiller dans des appréciations simplistes ou profanes, c’est qu’on est en présence d’un tournant capital de l’histoire de la géopolitique mondiale, à savoir l’avènement d’un nouvel ordre politique international.En effet, toutes les parties antagonistes directes ou indirectes dans le conflit qui oppose la Russie à l’Ukraine, celui qui, en fait, oppose Russes et Occidentaux, s’acheminent vers un ordre de domination manifestement multipartite se substituant au bipolarisme de la guerre froide et au presque monopolarisme d’après la chute du mur de Berlin.
La guerre fait rage car il s’agit bien dans les faits et sur le terrain d’un réel conflit armé entre une Russie menant une opération d’incursion dans le territoire d’un Etat voisin et une Ukraine déterminée à défendre bec et ongles sa souveraineté et sa population en mobilisant toutes ses ressources humaines et « logistiques » et en s’appuyant sur le soutien politique, diplomatique, économique et financier des Etats-Unis d’Amérique, de la Grande-Bretagne et de la majorité des pays européens. Là-dessus, nombreux sont les pays et régions, à travers le monde, à pâtir des répercussions collatérales ravageuses de cette confrontation à l’issue inquiétante et incertaine.
Concrètement, la voie diplomatique ne semble pas efficace et prometteuse à court ou même à long terme, tant les positions des protagonistes sont diamétralement opposées en dépit de la multiplication de pourparlers entre Moscou et Kiev – qui toutefois n’ont pas atteint le stade des négociations - et d’une certaine lueur d’espoir perçue particulièrement parle président ukrainien, Volodymir Zelensky, comme un fatidique assouplissement voire un fléchissement de l’attitude du président russe Vladimir Poutine.
Conscient de la puissante force de frappe aérienne des Russes, Zelensky n’a pas cessé de supplier les Occidentaux d’interdire l’espace aérien de l’Ukraine aux appareils russes,mais de crainte d’attiser davantage le conflit et de provoquer une plus grande escalade militaire, l’OTAN s’est jusqu’ici refusé à imposer une zone d’exclusion aérienne (ZEA) « No-fly zone ». En droit international, cela désigne un territoire qu’il est interdit à tout appareil de survoler.Et tout avion ne respectant pas cette interdiction peut être abattu. C’est une mesure qui est généralement mise en œuve en temps de guerre en vue d’empêcher les bombardements de populations civiles notamment. Elle est légale, dès lors qu’elle s’appuie sur une résolution de l’ONU et sur les dispositions de la charte de l’Institution.A cet égard, l’on peut évoquer l’interdiction de survol de l’Irak, décidée dans les années 90, pour protéger les minorités chiites dans le sud et kurdes dans le nord. De même qu’entre 1993 et 1995, l’OTAN avait interdit l’espace aérien de la Bosnie, conformément à une résolution de l’ONU. Par ailleurs, une autre zone d’exclusion aérienne a été imposée par les Nations unies à la Libye en 2011 et appliquée par l’OTAN.
Le gouvernement ukrainien justifie sa demande par la nécessité impérieuse d’assurer la sécurité des couloirs d’évacuation des civils de villes assiégées par l’armée russe, telles que Marioupol au sud, Kharkiv à l’est ou également la capitale Kiev. Or une zone d’exclusion aérienne n’empêcherait pas seulement les avions russes de bombarder des villes ukrainiennes mais empêcherait également l’aviation ukrainienne de voler et l’utilisation par Kiev des drones qui ont démontré jusqu’ici leur efficacité dans leurs attaques contre certains objectifs russes. D’autre part, les Etats-Unis, nonobstant les pressions exercées par une large partie du Congrès sur le président Joe Biden, et les responsables de l’OTAN, ont clairement rejeté l’idée d’imposer une zone d’exclusion aérienne en Ukraine, développant que cela serait apparenté à un acte de guerre de leur part. « La seule façon de mettre en œuvre la mesure d’une zone d’exclusion aérienne est d’envoyer des avions de chasse de l’OTAN dans l’espace aérien de l’Ukraine, puis d’abattre des avions russes pour la faire respecter», a expliqué le 4marsle secrétaire général de l’alliance, Jens Stoltenberg. « Nous avons la responsabilité d’empêcher l’escalade de cette guerre au-delà de l’Ukraine. Parce que cela serait encore plus dangereux, plus dévastateur, et causerait davantage de souffrances humaines », a-t-il ajouté. D’ailleurs, le maître du Kremlin, Vladimir Poutine, a instamment prévenu que la Russie considérerait comme cobelligérant tout pays tentant d’imposer une zone d’exclusion aérienne au-dessus de l’Ukraine.
En revanche, un groupe d’experts américains a demandé dans une lettre ouverte la mise en œuvre par l’OTAN d’une zone d’exclusion aérienne « limitée » en Ukraine pour permettre la création de couloirs humanitaires. Tandis que d’autres experts ont noté que pour faire respecter cette mesure, les avions de l’OTAN risqueraient tout de même de devoir abattre des appareils russes, ce qui constituerait toujours un acte de guerre.
En réalité, les combats ont surtout été menés au sol. Les forces russes, ayant investi le sol ukrainien, ont eu recours à des missiles de longue portée et des tirs d’artillerie lourde pour attaquer les villes ukrainiennes. A cet égard, un haut responsable du Pentagone a fait valoir que l’attaque contre une base ukrainienne proche de la frontière polonaise avait été menée à l’aide de missiles de croisière tirés depuis l’espace aérien russe. « Pour les défenseurs d’une zone d’exclusion aérienne, c’est un exemple de ce sur quoi une zone d’exclusion aérienne n’aurait aucun effet», a, entre autres, indiqué ce responsable américain ayant requis l’anonymat.


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