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Les “bolsonaristes” prennent d’ assaut les lieux de pouvoir au Brésil


Libé
Mardi 10 Janvier 2023

L'Internationale Socialiste soutient fermement le gouvernement du président Luiz Inácio Lula da Silva

Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a annoncé qu'il devait reprendre le travail lundi dans ses bureaux de Brasilia, pris d'assaut la veille, en même temps que le Congrès et la Cour suprême, par des centaines de partisans de son prédécesseur d'extrême droite Jair Bolsonaro. "Les putschistes qui ont promu la destruction des propriétés publiques à Brasilia sont en train d'être identifiés et seront punis. Demain nous reprenons le travail au palais de Planalto. Démocratie toujours", a tweeté le chef d'Etat de gauche, qui a inspecté les bâtiments saccagés à son retour à Brasilia tard dimanche soir. Après plusieurs heures de chaos, les forces de l'ordre ont repris le contrôle des bâtiments envahis par des centaines de manifestants anti-Lula et arrêté plus de 200 personnes, selon le ministre de la Justice et de la Sécurité Flavio Dino. La zone avait été bouclée par les autorités. Mais les bolsonaristes, pour beaucoup habillés du maillot jaune de la Seleçao, la sélection de football du Brésil, un symbole qu'ils se sont approprié, sont parvenus à forcer les cordons de sécurité. Ils ont provoqué des dégâts considérables dans les trois immenses palais, qui sont des trésors de l'architecture moderne et regorgent d'oeuvres d'art. Des tableaux d'une valeur inestimable ont été endommagés, dont "Les mulâtres", du peintre moderniste Di Cavalcanti, exposé au Palais présidentiel et percé de plusieurs trous, selon des photos circulant sur les réseaux sociaux. Sur ces réseaux ont également circulé des vidéos montrant des bureaux de parlementaires saccagés. Un manifestant s'est assis sur le siège du président du Sénat, un mimétisme saisissant avec les émeutiers pro-Donald Trump qui avaient envahi le Capitole il y a deux ans. Selon la chaîne CNN, des manifestants ont mis le feu au tapis d'un salon du Congrès, qui a dû être inondé pour éteindre l'incendie. Un syndicat de presse a fait état de l'agression de cinq journalistes. Parmi eux, un photographe de l'AFP a été frappé et s'est fait voler tout son matériel. "Nous ne reconnaissons pas ce gouvernement parce qu'il est illégitime", a déclaré à l'AFP Victor Rodrigues. "Nous ne reculons pas, nous allons partir d'ici mais nous reviendrons", a-t-il promis. Le cri de ralliement "intervention militaire" (pour chasser M. Lula du pouvoir) a continué de s'élever de la foule restée aux abords du Congrès des heures durant, malgré les fumées des gaz lacrymogènes ou les canons à eau de la police. Jair Bolsonaro, lui, se trouve aux Etats-Unis, où il est parti deux jours avant l'investiture de Lula, se refusant à remettre l'écharpe présidentielle à celui qui l'a défait d'une courte tête à la présidentielle d'octobre. Dans une série de tweeets, il a condamné sans fermeté "les déprédations et invasions de bâtiments publics". Mais il a aussi "rejeté les accusations, sans preuve" de son successeur selon qui il aurait encouragé les violences. Plusieurs de ses alliés se sont désolidarisés des violences de dimanche, dont Valdemar Costa Neto, président du PL, le parti de Bolsonaro, qui a regretté "un jour triste pour la nation brésilienne". Le gouverneur du district fédéral de Brasilia, Ibaneis Rocha, un autre allié de Jair Bolsonaro, a présenté ses excuses au président Lula dans une vidéo. Il a qualifié les responsables des déprédations des bâtiments publics de "vrais vandales" et de "vrais terroristes". "On surveillait avec le ministre (de la Justice) Flavio Dino tous ces mouvements (...) A aucun moment on a pensé que ces manifestations prendraient de telles proportions", a-t-il affirmé. Ces saccages ont provoqué une avalanche de réactions outrées dans le monde. Le président français Emmanuel Macron a dit à Lula qu'il pouvait "compter sur le soutien indéfectible de la France". Son homologue américain Joe Biden a jugé "scandaleuses" les violences des manifestants. "Utiliser la violence pour attaquer les institutions démocratiques est toujours inacceptable", a tweeté son secrétaire d'Etat Antony Blinken. Le président mexicain Andrés Manuel Lopez Obrador a dénoncé "la tentative de coup d'Etat des conservateurs au Brésil". Des bolsonaristes manifestaient déjà devant des casernes militaires depuis la défaite du président sortant. Ils réclamaient l'intervention de l'armée pour empêcher Lula de revenir au pouvoir pour un troisième mandat, après ceux de 2003 à 2010. Certains d'entre eux ont également bloqué des axes routiers pendant plus d'une semaine après l'élection. Cet assaut a été vivement contesté par l'Internationale Socialiste, qui, dans un communiqué laconique, a indiqué que « nous soutenons fermement le gouvernement du président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva ». « Nous appuyons le gouvernement démocratique élu par les urnes. Nous condamnons les actions de groupes qui s'opposent à des résultats légitimes », conclut le communiqué. A rappeler qu’un tel assaut n’est pas le premier du genre après celui intervenu au Capitole à Washington, le 6 janvier 2021 dans le contexte des contestations des résultats de l'élection présidentielle américaine de 2020. Des milliers de manifestants radicaux s’étaient réunis pour une manifestation à l'invitation du président sortant Donald Trump, qui avait incité des centaines d'émeutiers à se lancer à l'assaut du bâtiment dans une tentative de bloquer la certification des résultats du vote du collège électoral de l'élection présidentielle américaine de 2020 et la victoire du président élu Joe Biden, alors que le 117e congrès des États-Unis était réuni au Capitole pour effectuer cette étape finale du processus électoral.


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