Les Etats-Unis peuvent-ils enrayer la violence jihadiste au Nigeria ?


Libé
Mardi 27 Janvier 2026

Un mois après des frappes américaines le jour de Noël dans le nord-ouest du Nigeria, la violence se poursuit dans le pays le plus peuplé d'Afrique, suscitant des interrogations sur l'objectif affiché par le président américain Donald Trump de mettre fin à ce qu'il qualifie de "génocide" et de "persécution" des chrétiens.

Les allégations de Washington ont toujours été contestées par le gouvernement nigérian, ainsi que par la majorité des experts, estimant que les attaques visent sans distinction des civils musulmans et chrétiens.

Pour les analystes sécuritaires, la persistance des violences menées par les groupes jihadistes et gangs criminels au Nigeria n'a rien de surprenant face à des frappes ponctuelles qui, tout comme la rhétorique de Donald Trump, pourraient même accroître les risques pesant sur les communautés chrétiennes.

"Il faudrait bien plus que, vous savez, quelques bombardements pour répondre aux défis sécuritaires du Nigeria", estime Kabir Adamu, un expert du cabinet nigérian spécialisé dans la sécurité et le renseignement, Beacon Security and Intelligence, appelant à "une approche holistique" s'attaquant à la "pauvreté de masse", à la "faiblesse des structures de gouvernance étatique" et aux réseaux de financement jihadistes.

Un peu plus d'une semaine après les frappes américaines menées conjointement avec les autorités nigérianes dans l'Etat de Sokoto contre des membres de l'Etat islamique (EI) en Afrique, au moins huit soldats ont été tué par une bombe artisanale au bord d'une route et qui a explosé au passage de leur véhicule au sein de l'Etat de Borno (nord-est).
La veille, des hommes armés ont pris d'assaut un village de l'Etat du Niger (centre-nord), faisant au moins 30 morts et enlevant plusieurs personnes.

Quelques jours avant des discussions sécuritaires entre les Etats-Unis et le Nigeria à Abuja la semaine dernière, des groupes criminels armés, appelés bandits localement, ont kidnappé plus de 170 fidèles dans l'Etat de Kaduna (nord), à la suite d'une série d'attaques contre des églises.

Bilan incertain
 
A l'avenir, Washington fournira des renseignements issus de vols de reconnaissance aérienne afin d'appuyer les frappes aériennes nigérianes.
L'impact réel de ce soutien reste à mesurer.
L'aide américaine depuis l'insurrection jihadiste, qui dure depuis 2009 dans le nord du Nigeria, n'a pas permis d'arrêter les violences.

Une vente d'armes de 346 millions de dollars l'an dernier avait même suscité des inquiétudes chez les défenseurs des droits humains, en raison du bilan controversé de l'armée nigériane, accusée de bombardements par erreur sur des civils.
Les efforts militaires américains dans le Sahel élargi n'ont pas réussi à stopper non plus les jihadistes au Burkina Faso, au Niger et au Mali.

Le Nigeria collecte depuis longtemps ses propres renseignements et mène ses propres frappes aériennes pour faire face à une insurrection jihadiste de longue durée et à une multitude de bandits sans idéologie revendiquée.

S'exprimant lors des discussions sécuritaires, le conseiller nigérian à la sécurité nationale Nuhu Ribadu a affirmé que le renforcement de la coopération avait déjà "permis la neutralisation de plusieurs centaines de terroristes, la destruction de plateformes logistiques et l'interception de facilitateurs et logisticiens clés".

L'AFP n'a pas été en mesure de confirmer ces chiffres, les lignes de front du Nigeria s'étendant sur de vastes zones rurales largement dépourvues de présence étatique.

Chrétiens en danger ?
 
"Quel que soit le nombre de membres de l'EI tués, cela a permis aux forces de sécurité nigérianes de frapper des cibles plus transitoires" alors qu'elles prenaient la fuite, a déclaré à l'AFP le général John Brennan, un haut responsable du commandement des Etats-Unis pour l'Afrique (Africom), et membre de la délégation américaine présent à Abuja la semaine dernière.

La coopération à venir portera, selon lui, sur "tout l'éventail du partage de renseignements, des tactiques, techniques et procédures, ainsi que sur l'aide à l'acquisition de davantage d'équipements".
Aucun des groupes opérant au Nigeria n'a publiquement déclaré viser les chrétiens en réaction aux propos du président américain.

Mais une série d'enlèvements de masse, ainsi que de nombreuses attaques contre des communautés chrétiennes dans le nord-est menées par la branche ouest-africaine de l'Etat islamique, inquiètent plusieurs chercheurs.

"Il y avait déjà de nombreuses attaques violentes contre les chrétiens avant les frappes", a indiqué à l'AFP James Barnett, doctorant à l'université d'Oxford et spécialiste des conflits au Nigeria.

"Mais la période qui a suivi a aussi été extrêmement violente... On peut donc dire, a minima, que les frappes aériennes américaines n'ont pas fondamentalement aidé", ajoute-t-il.
Dans l'intervalle, des dizaines d'écoles restent fermées dans le nord du pays à la suite de l'enlèvement massif d'élèves à l'école catholique Saint-Mary dans l'Etat de Niger.

Plus de 250 élèves et enseignants ont été kidnappés en novembre dans cette école, au plus fort du différend diplomatique entre Abuja et Washington autour de la rhétorique de Donald Trump.

Le Nigeria et les Etats-Unis se sont depuis largement réconciliés, et les élèves ont été libérés, mais la situation reste trop dangereuse pour que cette école puisse rouvrir.


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