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Le délit de faciès, une pratique partout honnie mais très prisée chez les voisins

En Algérie, il ne fait pas bon être noir et de surcroît subsaharien




Extirpés du train et abandonnés en pleine nature.
Extirpés du train et abandonnés en pleine nature.
 Les trains algériens sont-ils devenus dangereux pour les migrants subsahariens ? Oui, à en croire l’incident  survenu mardi dernier au cours duquel des centaines de Subsahariens, dont des femmes et des mineurs, ont été contraints d’interrompre leur voyage entre Maghnia et Oran par les forces de l’ordre et d’être confinés près de 24 heures dans des wagons ou placés dans des commissariats de police.
«Le 14 novembre dernier, des migrants subsahariens en voyage de Maghnia vers Oran ont été empêchés par les forces de l’ordre de descendre du train une fois arrivés sur place. Pour quelle raison ? Personne n’en sait rien et personne non plus ne sait d’où viennent pareilles  instructions», nous a indiqué Fouad Hassam, chargé du dossier migration au Syndicat SNAPAP/CGATA (Syndicat national autonome du personnel de l’administration publique/ Confédération  générale autonome des travailleurs en Algérie). Et  de poursuivre : «Selon des témoignages, d’autres migrants voulant se rendre à Alger  ont été également arrêtés et embastillés avec ceux de Maghnia». Un communiqué conjoint de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH), de la CGATA et du SNAPAP a précisé que « tous les Subsahariens se trouvant dans la gare, munis de tickets de train et désirant voyager, furent arrêtés et cloisonnés dans une zone réservée, et cela sans faire de distinction entre les personnes en situation régulière ou non. Les réfugiés relevant de l’UNHCR et disposant de documents onusiens ne font pas exception».
Notre source nous a expliqué, par ailleurs, que les migrants arrêtés ont été embarqués au cours de l’après-midi  dans le train Oran-Maghnia. Un voyage qui n’a pas abouti puisque la police de Tlemcen les a empêchés de poursuivre leur route vers Maghnia. «D’après nos informations, les policiers ont réagi de la sorte pour empêcher que ces migrants puissent franchir les frontières avec le Maroc. En d’autres termes, les forces de l’ordre ont évité d’avoir des problèmes avec les Marocains en leur envoyant une centaine de migrants, ce qui pourrait être mal vu», nous a-t-elle confié. Et d’ajouter : «Les migrants arrêtés ont été maltraités par les policiers et installés dans des centres et des commissariats avant d’être relâchés le lendemain».
Mais, ce n’est pas uniquement ces migrants qui ont été victimes de l’application des instructions ségrégationnistes du 24 septembre 2017 du ministère des Travaux publics et des Transports algériens interdisant le transport de migrants en situation irrégulière. D’autres migrants voyageant à bord d’un deuxième train reliant Maghnia à Oran, ont été également obligés de s’arrêter au niveau de  la gare ferroviaire d’Es-Senia, située à sept kilomètres de la ville d’Oran. Le communiqué précité a également révélé que cette décision relevait aussi de la wilaya d’Oran qui n’a pas hésité à déployer un dispositif policier impressionnant et disproportionné.  «Les autorités ont refusé catégoriquement l’entrée des migrants dans la ville. Elles ne voulaient plus de migrants sur leur territoire. Ce train sera renvoyé le lendemain vers Tlemcen. D’après certaines informations, il est bel et bien arrivé avant hier après-midi mais rien n’a filtré à propos du sort qui a été réservé aux migrants. Mais apparemment, ils vont être relâchés», nous a déclaré Fouad Hassam.  Et d’ajouter : «Pire, d’après certaines informations qu’on a pu récolter,   les chemins de fer ont refusé de vendre des tickets aux migrants relâchés afin qu’ils puissent continuer leur périple vers Maghnia. Une manière de tuer dans l’oeuf le problème».
Le chargé du dossier migration au Syndicat SNAPAP/CGATA nous a indiqué que ces migrants ont été maltraités au niveau d’Oran puisqu’ils ont été confinés et enfermés dans des wagons. «Ils n’ont pas été tabassés mais ils n’ont pas reçu d’eau ou de nourriture pendant 24 H. Pour ceux de Tlemcen, il semble qu’ils aient été bien traités. D’après notre visite de terrain, il y a peu de policiers et les migrants ont été parqués sur un terrain vague contrairement à ce qui s’est passé à Oran où il y a eu des policiers en masse», nous a-t-il précisé.
Notre source nous a également précisé que le premier train transportait entre 46 et 47 migrants contre des centaines dans le second dont une grande majorité est constituée de femmes et de mineurs. «Il y avait beaucoup de personnes en provenance de Guinée-Conakry et de Côte d’Ivoire. Il y avait aussi des Camerounais. Certains d’entre eux étaient jeunes et d’autres l’étaient moins», a-t-il conclu.

Hassan Bentaleb
Vendredi 17 Novembre 2017

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