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Le Pérou, le pays à la plus forte mortalité due à la pandémie



Un système de santé précaire souffrant de sous-investissement chronique, des familles pauvres et des logements surpeuplés: ce cocktail explosif a fait du Pérou le pays détenant le triste record mondial de mortalité due au coronavirus. Avec 87 décès pour 100.000 habitants, selon des données établies par l'AFP à partir de chiffres officiels, le Pérou a dépassé la semaine dernière la Belgique (85), après que cette dernière a revu à la baisse le nombre de décès dus à la pandémie de Covid-19. Pour le gouvernement, une des raisons principales de ce taux est le souci de "transparence" des autorités quis'appuientsur un système de comptabilité parmi "les meilleurs" d'Amérique latine. "Dans les zones les plus reculées, les médecins envoient les chiffres (des décès) par téléphone", a expliqué la ministre de la Santé, Pilar Mazzetti. Mais pour Farid Matuk, expert en statistiques, d'autresfacteurs ont conduit à ce record malgré un confinement de plus de 100 jours et un couvre-feu nocturne toujours en vigueur : "Le manque d'infrastructures, l'absence de l'État, le manque d'ordre social", énumère-t-il. Avec 652.037 cas confirmés et 28.944 morts, le Pérou est le troisième pays d'Amérique latine le plus endeuillé après le Brésil (212 millions d'habitants) et le Mexique (128 millions d'habitants). Mais avec 33 millions d'habitants, il est de loin bien moins peuplé que les deux géants. "Notre système de santé est précaire. Il nous manque 16.000 spécialistes au niveau national", explique à l'AFP le président de la Fédération des médecins péruviens, Godofredo Talavera. "On manque d'hôpitaux, de centres de santé, de médicaments, de laboratoires. Beaucoup de gens meurent chez eux par crainte de venir à l'hôpital ou parce qu'il n'y a pas de lits ou de respirateurs", se désole-t-il. La semaine dernière, des milliers de médecins se sont ainsi mobilisés pendant deux jours afin de dénoncer le manque de moyens et d'équipements de protection pour affronter la pandémie, alors que 146 d'entre eux sont morts du Covid19. "Il y a un manque d'attention porté au secteur de la santé, qui est un problème chronique", déplore M. Talavera. "Depuis 40 ans, nous avons un système de santé précaire", renchérit le Dr Vidmar Mengoa, président de l'ordre des médecins de la région andine de Puno (sud-est). Le Pérou ne compte que 1.600 lits en réanimation danstout le pays et a dû faire face à de graves pénuries d'oxygène médical. Les médias ont rapporté qu'au plus fort de la crise dans certaines régions, des patients atteints du Covid-19 dormaientsous destentes près des hôpitaux et que d'autres passaient la nuit dans leurs voitures garées à proximité, dans l'espoir d'obtenir un lit et d'être soignés. Fin juillet, la vidéo d'une femme en larmes courant derrière le convoi du président Martin Vizcarra, en visite à Arequipa (sud), pour implorer un lit d'hôpital pour son mari, agonisant, est devenue virale. Son mari est décédé deux jours plus tard. De fait, de nombreux patients ont eu accès aux soinsintensifstrop tard, alors qu'ils se trouvaient déjà dans un état grave. Le taux de mortalité en réanimation au Pérou atteint ainsi 50%, indique sous couvert d'anonymat un expert d'une organisation internationale basée à Lima.

Libé
Mardi 1 Septembre 2020

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