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Le Lion d’ or couronne “Nomadland” , ode aux perdants de l’Amérique




Un film américain couronné à Venise : “Nomadland”, porté par la présence magnétique de l’actrice aux deux Oscars Frances McDormand, a remporté le Lion d’or au terme d’une édition marquée par la crise du coronavirus. Chloé Zhao, réalisatrice américaine d’origine chinoise de 38 ans, est la première femme à recevoir ce prestigieux prix, depuis le couronnement en 2010 de Sofia Coppola pour “Somewhere”.

Avec ce prix, la réalisatrice qui s’est fait connaître en 2017 avec “The Rider” et prépare un film Marvel qui doit sortir l’an prochain, peut espérer se placer dans la course aux Oscars. Elle suivrait ainsi l’exemple de plusieurs Lion d’Or ces dernières années, dont le “Joker” de Todd Phillips, couronné en 2019 et oscarisé quelques mois plus tard.

En distinguant “Nomadland”, le jury présidé par la star australienne Cate Blanchett a choisi de récompenser l’une des rares productions américaines présentées lors de cette édition pas comme les autres de la Mostra de Venise, en pleine pandémie de coronavirus. C’est d’ailleurs par un message vidéo enregistré depuis un van à Pasadena, en Californie, que la réalisatrice a réagi à la remise du prix. Un rappel cruel de la crise sanitaire qui a mis l’industrie du cinéma à genoux et empêché de nombreuses équipes de films de faire le voyage à Venise.

“Merci beaucoup !”, a simplement déclarée la cinéaste. “Merci beaucoup pour ce Lion d’or”, a enchaîné Frances Mc Dormand, assise à ses côtés. Merci “de nous avoir accueillis dans votre festival, dans ce monde très très étrange. Nous nous recroiserons sur la route !” a lancé dans un grand sourire l’actrice, qui est à l’origine de ce projet.

Ce road-trip mélancolique est une plongée dans l’univers des “van dwellers” (“habitants des caravanes”), ces Américains qui vivent dans leur véhicule aménagé, enchaînant les petits boulots. Ils se retrouvent en communauté, au hasard de leur route, ou sur les réseaux sociaux (#vanlife). Frances McDormand y incarne une femme brisée qui plaque tout pour vivre dans sa camionnette aménagée, son “rêve américain” à elle aux marges de l’Amérique

Le jury, où figuraient notamment l’actrice française Ludivine Sagnier et l’acteur américain Matt Dillon, a par ailleurs distingué “Nuevo Orden” du Mexicain Michel Franco (Grand Prix du jury), et le Lion d’argent du meilleur réalisateur est allé au Japonais Kiyoshi Kurosawa pour “Les amants sacrifiés”.

Côté interprètes, la Britannique Vanessa Kirby, qui s’est fait connaître avec son rôle de la princesse Margaret dans la série “The Crown”, est couronnée pour son premier rôle titre au cinéma dans “Pieces of a woman” de Kornel Mundruczo. L’actrice de 32 ans était également à l’affiche d’un autre film en sélection sur le Lido, “The World to Come”, de Mona Fastvold. L’acteur italien Pierfrancesco Favino a été récompensé pour son rôle dans “Padrenostro” de Claudio Noce.

Pour les organisateurs de la Mostra, scrutés par toute l’industrie du cinéma, avoir maintenu ce festival, premier grand rendez-vous du genre depuis les mois de confinement, est une victoire. La compétition s’y est déroulée sous haute surveillance avec port obligatoire du masque, contrôles de température et distances de sécurité. Mais aucun “cluster” de contamination n’a été décelé, selon les organisateurs, et la fête a pu aller à son terme. Un signe d’espoir pour les professionnels et pour les cinéphiles, saturés de films en streaming pendant le confinement.

Khansa Batma, meilleure actrice dans la rubrique “Horizons”

L’artiste marocaine Khansa Batma a remporté le prix de la meilleure actrice dans la rubrique «Horizons» pour son rôle « Rajae » dans le film « Zanka contact », premier long métrage d’Ismail El Iraki .

Tourné en 2019 à Casablanca, «Zanka contact» faisait partie des six films représentant les productions arabes à la Mostra de Venise et réunit Said Bay, Fatima Atef, Khansa Batma, Abdel Rahman Mbiha , Mourad Zaoui et Ahmed Hammoud qui incarne le rôle de “Larsen” une rock-star toxicomane marocaine qui a fait carrière en Angleterre…

En effet , « Zanka Contact » raconte l’histoire d’amour entre deux survivants, une histoire écrite et réalisée par un autre survivant. «Pour moi, ce n’était pas un film, c’est un incendie incontrôlé. Ce projet a avancé en moi comme un feu de forêt, en brûlant tout sur son passage, en dévorant, en mangeant tout ce qui était en moi», explique le réalisateur dans un entretien accordé à nos confrères de RFI. 

«C’est fait avec toutes les choses que j’aime : la musique que j’aime, le rock ’n’ roll, ce personnage de femme forte, il y a une histoire d’amour très premier degré, très lyrique, il y a du western. Il y a même ma bague [il montre sa bague tête de mort]. Dans le film, il y a aussi mes cauchemars, mes hallucinations à un moment où j’en avais. Il y a mes craintes liées au fait que je suis un des survivants de l’attentat du Bataclan. Et il y a aussi de belles choses que j’ai pu apprendre en guérissant de cet événement. Zanka Contact, c’est une histoire d’amour entre deux survivants», souligne-t-il. Et d’ajouter : «Pour moi, Casablanca est dans un pays qui est un peu comme une vieille dame, le Maroc. Casablanca est une adolescente. Elle a une beauté d’adolescente qui est à la fois très belle et très laide. C’est une ville en changement constant, c’est son caractère principal. On ne voulait pas capturer la réalité de cette ville, qui est tellement multiple. Nous, on voulait capter l’esprit de Casablanca, l’imagination, le cœur de cette ville. Comment les gens parlent, pensent, tombent amoureux...». «Et il y a toutes ces légendes qu’on a à Casablanca : des superstitions quotidiennes pour les djinns ; des légendes sur les rock stars qui sont passées par le Maroc comme Brian Jones et Jimi Hendrix.

Cela va jusqu’à une forme de pensée magique habitant chaque chose et remplissant chaque chose d’invisibles. L’invisible est toujours là. Pour un cinéaste, c’est une ville très cinégénique», conclut le réalisateur.

M.O

M.O
Dimanche 13 Septembre 2020

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