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La realpolitik a prévalu

Et le nuage ayant assombri le ciel des relations maroco-espagnoles de se dissiper !


Hassan Bentaleb
Dimanche 20 Mars 2022

Novembre 2018 . Pedro Sánchez reçu par S.M le Roi.
Novembre 2018 . Pedro Sánchez reçu par S.M le Roi.
Changement radical dans la position espagnole sur le dossier du Sahara. En effet, Madrid soutient désormais et pour la première fois le plan d'autonomie proposé par le Maroc pour ses provinces du sud considéré comme la "seule solution viable" pour un règlement définitif du différend autour du Sahara marocain.

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a affirmé, dans un message adressé vendredi dernier au palais Royal, que le plan marocain «d'autonomie» pour le Sahara est «la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution du différend ». Des propos que partage largement le chef de la diplomatie espagnole José Manuel Albares.

Comment peut-on expliquer ce revirement dans la position espagnole ?  Qu’en est-il des conséquences d’un tel changement de positon sur le dossier du Sahara ? Qu’en est-il de la position de l’Algérie concernant ces mutations et a-t-elle les moyens pour rabattre les cartes dans la région ? Décryptage avec  Abdellah Rami, chercheur au Centre marocain des sciences sociales, Université Hassan II (Casablanca).
 
Pression diplomatique et contexte de guerre

Pour ce chercheur, le changement de position de Madrid concernant le dossier du Sahara trouve son explication dans deux facteurs qui sont liés et indivisibles : le facteur pression diplomatique marocaine et celui relatif au contexte de guerre en Ukraine. « Concernant le premier facteur, il faut rappeler que le Maroc a exercé une pression diplomatique forte sur l’Espagne et cela avant le déclenchement de la crise Ibrahim Ghali. Cette pression date plutôt de la reconnaissance américaine de la marocanité du Sahara.
Le pourquoi et le comment de la décision espagnole
Une carte diplomatique  qui a été sagement utilisée par le Maroc pour faire pression sur ses partenaires les plus proches et particulièrement l’Espagne.  Cette pression s’est accentuée davantage après la visite de Ghali au pays ibérique», nous a-t-il expliqué. Et d’ajouter : « Donc, il y a eu une série de positions pressantes dont l’objectif a été de mener l’Espagne à réfléchir sur l’éventualité d’un changement de position concernant le dossier du Sahara et non pas une prise de décision claire et nette comme le cas aujourd’hui ».

Pourtant, notre interlocuteur soutient que  la pression diplomatique marocaine n’explique pas tout puisque le Maroc n’a pas utilisé toutes ses cartes. Selon Abdellah Rami,   le facteur décisif demeure celui de la guerre en Ukraine  qui a donné lieu à un grand défi pour les décideurs européens, à savoir le déplacement de millions de réfugiés. 

«Ce dossier constitue aujourd’hui l’une des priorités de l’UE  et l’un des grands défis à gérer les années à venir. La prise de décision espagnole s’inscrit dans ce contexte et elle a été prise  en coordination avec l’UE. Et c’est cette dernière qui a poussé Madrid à agir de la sorte. En effet, la question de la migration représente aujourd’hui une menace existentielle pour l’Europe, notamment avec la crise ukrainienne, la première de telle ampleur après la Deuxième Guerre mondiale », nous a-t-il précisé. Et de poursuivre : « Donc, il y a un contexte particulier qui a permis l’accélération du passage de la réflexion à la prise de décision pour l’Espagne. Madrid veut mettre fin à ses crises aux frontières pour se concentrer sur le front Ukraine, surtout que l’Espagne joue un rôle de premier plan dans cette crise à côté de la France et de l’Allemagne ».
 
Une décision surprise

Sur un autre registre, notre interlocuteur avance que la décision espagnole a pris tout le monde de court. « Même au sein du gouvernement espagnol, l’ensemble des membres de l’équipe gouvernementale  n’a  pas été informé ni consulté à propos de  cette décision. Seuls le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez  et son ministre des Affaires étrangères ont été dans le secret des dieux », a-t-il souligné. 

Et d’ajouter : « L’opinion publique espagnole a été également surprise par ladite décision et estime qu’il y a renoncement de la part de Madrid  puisque la mesure espagnole a été prise  sans garantie et sans condition. Mais, le contexte de la guerre et les défis engendrés par cette crise (migration, sécurité énergétique) y ont été pour beaucoup.  Ce n’est pas une décision espagnole exclusive ».
 
Une Algérie à bout de souffle diplomatique

Qu’en est-il de la position de l’Algérie sur ce rapprochement entre Rabat et Madrid ? « Le gouvernement algérien est  resté muet avant de procéder, assez curieusement d’ailleurs, au rappel de son ambassadeur à Madrid. La décision espagnole l’a choqué comme en atteste la presse algérienne », nous a répondu notre source.  Et de nous indiquer : « Pourtant, il ne faut s’attendre à une position forte et déterminante de sa part. Alger n’a pas plus de carte de pression à jouer. Le dossier énergie n’est plus une carte dans les mains d’Alger  vis-à-vis de l’UE puisqu’il est encadré par des accords».

Pour notre source, Alger est aujourd’hui  isolé sur la scène internationale et son profondeur stratégique, à savoir la Russie, est confrontée à de vrais problèmes dans la mer Noire. «  Alger a besoin de l’UE et il est actuellement sous sa pression. Du coup, il ne faut pas présager une position qui va à l’encontre de celle européenne », a-t-elle noté. Et de préciser : « Pour l’Espagne, ses relations avec le Maroc sont plus prioritaires au vu des facteurs historiques, géographiques, et l’importance de certains dossiers comme la migration, le terrorisme, les MRE… Le Royaume est un partenaire stratégique ».
 
Et après ?

Maintenant que l’Espagne est convaincue que  l’initiative marocaine d’autonomie représente une "solution politique juste, durable et crédible", conformément aux dernières résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, quelles seront les conséquences de cette  décision sur le sort de ce différend régional? « Aujourd’hui, la vraie bataille, c’est celle qui doit être menée au sein de l’UE. Maintenant, Rabat a l’appui de trois pays européens (Espagne, France et Allemagne) et ces derniers peuvent défendre notre cause nationale et créer un changement de taille  dans le dossier du Sahara vu leur présence dans les instances internationales et leur diplomatie active. En contre-partie, le Maroc est appelé à garantir la neutralité des autres forces», a conclu Abdellah Ramai.

Hassan Bentaleb

Communiqué du Cabinet Royal

Voici un communiqué du Cabinet Royal : "L'Espagne considère l’initiative marocaine d’autonomie comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution du différend" au sujet du Sahara Marocain.

Dans un message adressé à Sa Majesté le Roi MohammedVI, que Dieu L’assiste, le Président du gouvernement espagnol, S.E.M. Pedro Sánchez, a souligné qu’il "reconnaît l’importance de la question du Sahara pour le Maroc".

A ce titre, "l’Espagne considère l’initiative marocaine d’autonomie, présentée en 2007, comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution du différend".Il a, également,souligné "les efforts sérieux et crédibles du Maroc dans le cadre des Nations unies pour trouver une solution mutuellement acceptable".

Dans son message au Souverain, le Président du gouvernement espagnol a, en outre,mis en exergue que les "deux pays sont unis inextricablement par des affections, une histoire, une géographie, des intérêts et une amitié partagée". M. Sánchez s’est dit "convaincu que les destins des deux peuples le sont aussi" et que "la prospérité du Maroc est liée à celle de l’Espagne, et inversement".

"Notre objectif est de construire une nouvelle relation, basée sur la transparence et la communication permanente, le respect mutuel et les accords signés parles deux parties et l’abstention de toute action unilatérale, à la hauteur de l’importance de tout ce que nous partageons", a affirmé le Président du gouvernement espagnol dans son message au Souverain.

Dans ce contexte, "l’Espagne agira avec la transparence absolue qui correspond à un grand ami et allié". "Je vous assure que l’Espagne tiendra toujours ses engagements et sa parole", a ajouté S.E.M. Pedro Sánchez.

Par ailleurs, dans ce message à Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, le Président du gouvernement d’Espagne a réitéré sa "détermination à relever ensemble les défis communs, notamment la coopération pour la gestion des flux migratoires dans la Méditerranée et l’Atlantique, en agissant toujours dans un esprit de pleine coopération".

"Toutes ces actions seront entreprises dans le but de garantir la stabilité et l’intégrité territoriale des deux pays", a conclu le Président du gouvernement d’Espagne, S.E.M. Pedro Sánchez, dans son message au Souverain.


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