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La pandémie ravive les craintes de faillite des pays fragiles




La pandémie ravive les craintes de faillite des pays fragiles
La crise du coronavirus ravive les craintes d'une vague de défauts de paiement de pays émergents et moins avancés, suscitant une multitude d'appels aux créanciers à reporter des échéances, voire à annuler partiellement la dette. A l'image du Liban qui s'est retrouvé en défaut de paiement dès le 9 mars, ou de l'Argentine qui a reporté mardi à l'année prochaine le paiement de près de 10 milliards de dollars de dette, plusieurs pays émergents étaient déjà très affaiblis économiquement avant la pandémie. "Avant même l'arrivée du coronavirus, nous avions déjà retrouvé des endettements proches des plus hauts historiques dans la quasi totalité des régions émergentes", a affirmé à l'AFP Julien Marcilly, chef économiste de l'assureur-crédit Coface. En Afrique, les taux d'endettement étaient revenus à des niveaux "similaires" à ceux d'avant les annulations massives de dettes des années 2000, alors que ceux d'Amérique latine "se rapprochaient de ceux des années 1980", à l'origine de crises en cascades et de l'intervention du Fonds monétaire international dans la région, a rappelé M. Marcilly. Pris en étau entre le besoin d'accroître la dépense publique pour faire face à la crise sanitaire et celui de faire face à leurs échéances de dette, les émergents suscitent actuellement "la méfiance des marchés", a expliqué à l'AFP Christopher Dembik, responsable de la recherche économique chez Saxo Banque. "Les investisseurs s'attendent aujourd'hui à ce que le choc du coronavirus sur la croissance soit beaucoup plus massif chez les émergents que dans les pays développés", a-t-il ajouté. L'arrêt brutal de l'économie mondiale a frappé de plein fouet les revenus des émergents, faisant dégringoler le prix du pétrole, ceux des matières premières et l'activité touristique. Dans ce contexte, les pays émergents et moins développés font face à une sortie massive de dollars que les investisseurs mettent à l'abri sur des marchés moins volatils. "Au courant du mois de mars, vous avez eu pour les pays émergents des sorties de capitaux qui ont été quatre fois supérieures au montant observé en 2008-2009. C'est colossal", a affirmé M. Marcilly, dressant une liste d'Etats qui pourraient se retrouver étranglés si des mesures ne sont pas prises. "De nombreux pays africains vont se retrouver dans une situation difficile à l'image de l'Angola ou de la Zambie." Même tendance dans d'autres régions avec l'Equateur, sous programme avec le FMI, ou encore le Sri Lanka, la Tunisie ou le sultanat d'Oman ou Bahreïn. Aux yeux de l'économiste, cette crise pourrait aussi toucher de grandes économies émergentes et les contraindre d'avoir recours au FMI. "Celui qui est dans la plus mauvaise situation est l'Afrique du Sud qui combine les vulnérabilités externes et en matière de finances publiques", a souligné M. Marcilly, après la dégradation de la note de ce pays par les agences Fitch et Moody's. Face à cette situation, la France a été l'un des premiers pays à monter au créneau pour demander au G20 un moratoire sur la dette, voire une annulation. Pour leur part, le FMI et la Banque mondiale (BM) ont demandé de concert aux créanciers bilatéraux des pays les plus pauvres "de geler les remboursements de dettes" afin que ces pays puissent dégager de l'argent pour combattre la pandémie. Un effort insuffisant, selon une centaine d'organisations et d'ONG, dont Oxfam et Save the children, qui ont appelé mardi le FMI et à la BM "à annuler immédiatement le remboursement et le paiement d'intérêts pour le restant de 2020 pour les pays qui sont le plus dans le besoin". "Il y a aujourd'hui une prise de conscience qu'il est dans l'intérêt de tous d'éviter au maximum les faillites, que ce soit pour les acteurs privés ou publics", a souligné M. Dembik. Pour faire redémarrer l'économie mondiale le plus rapidement possible, "on ne peut pas se permettre que la crise sanitaire devienne aussi une crise des émergents". La semaine dernière, les ministres des Finances du G20 s'étaient mis d'accord pour appuyer un plan pour répondre au "risque de vulnérabilité à l'endettement des pays à faibles revenus" et pour travailler à la "délivrance rapide (...) d'une assistance financière aux marchés émergents et aux pays en développement".

Libé
Mardi 7 Avril 2020

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