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Là où l'impact est doublement insoutenable

Sécheresse et Covid-19, récoltes affectées, déplacements et ventes de bétails suspendus, souks interdits...




Là où l'impact est doublement insoutenable
« Cette année est exceptionnelle à tous les niveaux. Nous n’avons jamais vu ou plutôt vécu pareille crise. Chômage, perte de production agricole, mort de bétail… Les effets de la sécheresse qui sévit depuis deux mois ont été amplifiés davantage par la crise liée au Covid-19 ». C’est ainsi qu’Abdellatif Houmadis, agriculteur à Sebt Gzoula (région de Marrakech-Safi), décrit la situation dans cette région agricole réputée jadis par la qualité de sa production en blé. En effet, dès la deuxième moitié du mois de février, tous les indicateurs ont démontré  que le Maroc se dirigeait bel et bien vers une année de sécheresse, la troisième depuis 2016.
Selon des chiffres remontant à fin décembre 2019, le déficit pluviométrique a atteint 37,6% par rapport à la campagne 2018-2019 qui, pour rappel, s'est soldée par une production céréalière en forte baisse à 52 millions de quintaux ;  un taux de remplissage des barrages à usage agricole de 47,6% au lieu de 60,2%, une année plus tôt et une situation du couvert végétal de moyenne à faible  dans la majorité des régions agricoles du Maroc.
Ce déficit  pluviométrique a été amplifié par des températures inhabituellement élevées par rapport à la normale et qui ont fortement affecté les agriculteurs (chute des rendements, voire perte de production pour les semis précoces, ralentissement de la croissance des cultures entamées suite aux précipitations de fin janvier, maladies et attaques d'insectes, floraison avancée de l'arboriculture...)
«Auparavant, et même avec la sécheresse, les gens de la région avaient la possibilité d’aller vers le Gharb ou la Chaouia pour faire du commerce de bétail et de gagner de quoi subvenir à leurs besoins.  Aujourd’hui, avec le confinement, les autorités ont fermé les souks et rendu tout déplacement hors de la région quasi-impossible», nous a-t-il indiqué. Et de poursuivre : «Actuellement, le commerce est devenu un phénomène purement local. Quand quelqu’un veut vendre son bétail,  il fait appel à un ami ou un proche. Souvent,  on vend à n’importe quel prix. En effet,  les éleveurs sont dans une mauvaise passe financière et acceptent n’importe quel prix. Bien que l’Etat ait commencé à distribuer du foin à des prix ne dépassant pas les 2 DH/kg, cela reste insuffisant. Un seul sac d’alimentation pour bétail ne répond pas aux besoins. Notamment de ceux qui ont un important troupeau».
Selon notre source, la crise a fini par toucher tout le monde, les riches comme les pauvres, mais les plus affectés sont ceux  qui n’ont pas l’habitude de vivre dans la pénurie ou la pauvreté. « Les allocations accordées  dernièrement par l’Etat ont servi au moins à subvenir à quelques besoins et nécessités en attendant des jours meilleurs. 1.000 DH ou 1.200 DH, ça vaut beaucoup en ces jours de dèche », nous a-t-elle révélé. Et d’ajouter :   « Pourtant, et malgré tout ce contexte de crise, les gens sont solidaires et tentent avec le peu qu’ils ont d’aider les autres ».
Pourtant, si les habitants de la région parviennent à assumer leurs difficultés financières, précise Abdellatif Houmadis,  celles relatives à l’eau restent les plus dures à supporter. «  C’est le  problème n° 1 qui tracasse la population de la région et cela tout le temps. Les ressources en eau sont rares. Nous devons parcourir des kilomètres pour acheter de petites quantités d’eau de mauvaise qualité à des prix chers.  Six tonnes coûtent 200 DH. Cette eau est souvent destinée à l’usage domestique. Elle couvre nos besoins d’une semaine, voire moins selon les nécessités notamment pour les éleveurs qui doivent donner à boire à leurs troupeaux», nous a-t-il expliqué tout en ajoutant  que des fontaines publiques ont été installées dans les douars et qu’elles ont été inaugurées  par le gouverneur. Mais elles ne sont pas encore opérationnelles alors qu’elles devraient l’être depuis six mois environ. « On peut trouver des solutions pour tout, mais pas pour le problème de l’eau. Sans eau,  on aura tout perdu», a-t-il conclu.

Hassan Bentaleb
Mardi 5 Mai 2020

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