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La feuille de route qui déroute

Benmoussa compte repartir à zéro en faisant table rase des précédentes réformes de l’éducation nationale


​Hassan Bentaleb
Lundi 30 Mai 2022

La feuille de route qui déroute
La réforme du système d’éducation nationale  ressemble à un chantier sans fin. En effet, chaque ministre de tutelle ambitionne de l’édifier à son propre goût en rasant ce qu’a fait son prédécesseur.

Chakib Benmoussa ne fait pas exception. Il vient de concocter sa propre vision de réforme qui fait table rase des plans de réforme précédents. Il s’agit d’une nouvelle feuille de route qui vise à atteindre trois objectifs principaux : instaurer l'enseignement obligatoire, assurer la qualité de l'éducation de base et promouvoir l'ouverture, l'épanouissement et la citoyenneté.

A travers ces trois objectifs, le ministère cherche à réduire d'un tiers la déperdition scolaire qui entraîne actuellement le départ de 33.000 élèves annuellement et à porter aux 2/3 le nombre d'enfants qui réussissent leurs études, soit le pourcentage d'élèves qui ont actuellement des difficultés dans leurs parcours d’études. Il ambitionne également d’élargir le nombre d’élèves bénéficiaires des activités parallèles à la moitié en dépassant le nombre actuel estimé à un quart.

Présentée au Conseil économique, social et environnemental, mercredi, cette feuille de route s'articule autour de trois axes : l'élève, l'enseignant et l'établissement scolaire. Concernant l’axe lié à l'élève, le ministère met l'accent sur une éducation apte à former des élèves "ouverts d'esprit et maîtrisant les apprentissages de base.

S’agissant du volet enseignant, le ministère aspire à rendre les enseignants «ouverts, pleinement engagés dans la réussite des élèves, formés et valorisés ». Quant à l'axe lié à l'institution scolaire, le but demeure de  rendre ces établissements "modernes, offrant un environnement sûr et propice à l'épanouissement des élèves".

Pour Jamal Akchbab, enseignant, le secteur de l’éducation a toujours été un champ d’expérimentation de nouveaux programmes pédagogies, plans et autres. « Au début, il y avait la charte nationale d’éducation et de formation (1999/2008). L’élaboration de cette charte s’est basée sur une consultation élargie de toutes les composantes de la société (Parlement, partis politiques, syndicats,…) et l’allocation de fonds importants. Pourtant, elle n’a pas réussi à atteindre les objectifs escomptés», nous a-t-il rappelé.

Et de poursuivre : «Après, il y a eu la mise en place du programme d’urgence (2009/2012) qui n’a pas donné non plus de résultats probants malgré les garanties données et l’énorme budget consacré à ce dispositif. Ce programme a été supprimé d’un trait de plume  par l’ancien ministre de l’Education nationale, Mohamed Louafa, qui a déclaré officiellement, l’échec de ce programme. Ce dernier serait remplacé par la Vision stratégique 2015/2030 dont l’avenir est aujourd’hui incertain avec la feuille de route de l’actuel ministre de l’Education nationale qui compte remettre les compteurs à zéro».

Notre interlocuteur estime que la nouvelle feuille de route ne propose rien d’innovant puisque ses composantes ont été déjà testées. Pis, il s’interroge sur l’utilité de lancer des consultations sur le nouveau modèle de l’école nationale précisément en cette période de préparation des examens et se demande pourquoi poser un tel débat puisque  la question de diagnostic et de discussion sur le modèle à mettre en place a été mille fois débattue et des tonnes et tonnes de  rapports, d’études et d’ouvrages ont été produits.

«Pourquoi cherche-t-on à diagnostiquer davantage notre école nationale et pourquoi proposer de  nouvelles recettes alors qu’il y a le Rapport du Cinquantenaire, celui du Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS) et de la Cour des comptes ?», s’est-il interrogé.

Jamal Akchbab est catégorique. Selon lui, aucune réforme n’aura la chance d’aboutir dans les conditions actuelles de notre système en l’absence de conditions fondamentales, de programmes pédagogiques avec le surpeuplement des classes, de l’état des infrastructures éducatives, etc.  Pour lui, il n’y a pas de cap ni de vision claire et l’ensemble des réformes sont marquées par trop  d’improvisation et d’anarchie.

«Prenez le cas des Académies régionales de l'éducation et de la formation professionnelle, conçues comme des établissements publics avec des compétences territoriales équivalentes à celles des régions et qui s’accommodent au nouveau découpage territorial. Aujourd’hui, ces institutions s’avèrent des coquilles vides puisque la décision émane encore du centre et sans prendre en compte les spécificités des régions. Tel est le cas aujourd’hui de la décision de reporter la date des examens au mois de juillet alors que certaines zones comme le Sud doivent faire face à des températures élevées qui avoisinent les 50°. Aujourd’hui, à Zagora, les enseignants dispensent des cours dans des classes où la température atteint déjà 45°», a-t-il souligné.

Selon lui, nombreux sont les enseignants qui veulent aujourd’hui quitter le navire. Ils en ont marre d’endosser la responsabilité de l’échec du système éducatif et d’attendre une réforme qui n’arrive jamais. «Ceci d’autant plus que leur vision de réforme n’a jamais été prise en compte. Plusieurs d’entre eux  attendent de boucler 30 ans de service pour prendre leur retraite anticipée», nous a-t-il précisé. Et de conclure : «La réforme du système éducatif ne doit pas être l’affaire des seuls chefs de services de l’administration centrale à Rabat. C’est l’affaire de tous (familles, partis politiques, syndicats, société civile, presse,…). Notre pays ne manque pas d’intellectuels, de  pédagogues, d’experts en psychologie et  en éducation et qui ont aussi leur mot à dire».

Hassan Bentaleb


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