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La faim hante à nouveau le Brésil à l'approche de la présidentielle


Libé
Jeudi 15 Septembre 2022

La faim hante à nouveau le Brésil à l'approche de la présidentielle
Dans une baraque délabrée, dans la région aride du Sertao, au Brésil, Maria da Silva, une veuve de 58 ans, ouvre le réfrigérateur vide et éclate en sanglots. Comme plus de 33 millions de Brésiliens, elle souffre de la faim, un fléau au coeur de la campagne présidentielle du 2 octobre prochain. Avec la mort de son frère du Covid-19 l'année dernière, cette femme aux cheveux grisonnants noués en chignon a perdu son principal soutien, et son visage tiré trahit le fardeau qu'elle porte désormais pour nourrir sa famille. Quelque 33,1 millions de personnes souffrent de la faim au Brésil, un chiffre en hausse de 73% par rapport à 2020, selon une étude rendue publique en juin par le Réseau brésilien de recherche sur la sécurité alimentaire (Rede Penssan). "Parfois, (les enfants) réclament à manger, mais je n'ai même pas un biscuit ou du pain à leur donner", se plaint Maria da Silva, des larmes sur les joues, en dévoilant des lits derrière des pans de tissus fixés au plafond décrépi. Les quatre murs qui lui servent de maison, dans la région rurale de Poço da Cruz, dans l'Etat du Pernambouc (nord-est), n'ont ni salle de bain, ni eau courante, ni électricité. Maria da Silva y vit pourtant avec sept membres de sa famille dont trois de ses petits-enfants âgés de un, deux et trois ans. "Je prie Dieu pour qu'il mette fin à mes souffrances", dit-elle avec résignation, une boîte de lait en poudre presque vide dans la main. La flambée des prix des denrées alimentaires a contraint la famille, qui ne pouvait plus vivre du seul travail des champs, à se tourner vers la mendicité, un fléau au Brésil qui se retrouve au centre des débats à quelques semaines du 1er tour de la présidentielle. Favori du scrutin, l'ancien président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010) s'en prend régulièrement au chef de l'Etat d'extrême droite Jair Bolsonaro sur ce thème. Le pays est réapparu en 2021 sur la "Carte de la faim" du Programme alimentaire mondial (PAM), avec 28,9% de la population vivant en "insécurité alimentaire modérée ou grave". Il s'agit là d'un revers majeur pour la première économie d'Amérique latine, retirée de cette liste en 2014, après qu'un boom économique et des programmes sociaux historiques ont permis de sortir 30 millions de personnes de la pauvreté sous les gouvernements de Lula. Jair Bolsonaro accuse de son côté son rival de vouloir mettre le Brésil en faillite à cause de la corruption. Courtisant les électeurs à faible revenu, le président sortant a amélioré et redéfini le programme d'aide sociale mis en place par Lula, tout en menant une campagne intensive dans le nord-est appauvri, où vivent un quart des 213 millions d'habitants du pays. Les temps sont "très durs", assure Joao Alfredo de Souza, un agriculteur à la retraite de 63 ans de la commune rurale de Conceiçao das Crioulas, pointant du doigt la pandémie de coronavirus, qui a fait 680.000 morts au Brésil et contribué à une inflation galopante. Selon lui, les améliorations apportées par le président brésilien au programme d'aide sociale de Lula lui ont permis de gagner des voix dans le nord-est du pays. "Pourquoi fait-il cela seulement maintenant? C'est une honte", peste-t-il cependant, assurant que Lula, originaire du Pernambouc, "comprend le Nordeste", une région où il est en tête des sondages dans tous les Etats. A une demi-heure de route de là, Regiao de Queimadas est un village de maisons traditionnelles en terre. Une équipe de fonctionnaires de la Fondation nationale de la santé du gouvernement fédéral fait du porte-àporte à bord d'un véhicule tout terrain pour demander aux habitants s'ils disposent d'une salle de bain. "Ces types ne viennent qu'au moment des élections, on attend toujours les salles de bains depuis la dernière fois", lance la directrice d'une association locale d'agriculteurs, Edineia de Souza.


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