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La démocratisation du braille, un vœu pieux


Chady Chaabi
Mardi 4 Janvier 2022

La démocratisation du braille, un vœu pieux
En lisant les griefs et attentes futures de l’Organisation des Nations unies (ONU) à l’occasion de la Journée mondiale du braille, célébrée le 4 janvier, on s’est finalement rendu compte que la situation n’avait pas bougé d’un iota. D’année en année, les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. Au Maroc, à l’instar de plusieurs autres pays en voie de développement, l'inclusion de tous n’est, semble-t-il, qu’une utopie. Et la réadaptation et l’insertion socio-professionnelle des déficients visuels à travers le braille, un vœu pieux.
Ce n’est vraiment pas le fruit du hasard, ni une incongruité, si l’ONU a insisté sur l’importance d'intensifier les efforts “afin d’assurer un meilleur accès aux outils numériques afin de garantir l'inclusion de tous”. Mais si en d’autres temps, cette finalité n’aurait souffert d’aucune contestation, aujourd’hui, elle paraît totalement désuète.
Plus de deux siècles après la naissance de Louis Braille, l’inventeur éponyme du braille en 1826, lire demeure un défi majeur pour les déficients visuels. Un défi considérable, dont l’accomplissement a été contrarié par la pandémie "qui a révélé à quel point il est vital de produire des contenus dans des formats accessibles à tous, y compris en braille ou en format audio", a indiqué l’ONU dans un premier temps, avant de rappeler qu’en l’absence de ces outils, “de nombreuses personnes peuvent être exposées à un risque de contamination accru parce qu’elles n’ont pas accès aux directives et aux précautions destinées à protéger la population”.
Mais au-delà des considérations sanitaires actuelles et d’une sensibilisation au nouveau coronavirus dont les vecteurs échappent aux champs auditifs des déficients visuels, ce sont les rouages du système du braille qu’il faudrait refondre. La machine est clairement en grippe. Et cela ne date pas d’hier. Pour s’en persuader, il suffit de convoquer le souvenir des problématiques rencontrées par l’Association marocaine pour la réadaptation des déficients visuels (AMARDEV), exprimées dans le cadre d’un reportage.
C’était il y a un peu plus de deux ans, et pourtant, la production et l’échange des œuvres en braille dépendent encore et toujours du bon vouloir de l’auteur, de l’éditeur et de l’illustrateur. Et “il suffit que l’un des trois refuse pour que la retranscription du livre en braille tombe à l’eau”, nous avait expliqué à l’époque une des membres de l’Association marocaine pour la réadaptation des déficients visuels. Association dont la particularité est d’avoir été à l’origine d’un centre de transcription de braille, une technique décrite comme un code qui permet aux personnes en situation de handicap visuel de lire et d’écrire grâce au toucher, suivant un principe simple. A savoir des combinaisons de points en relief utilisées pour représenter l'alphabet, la ponctuation, les chiffres et potentiellement tout autre type d'information.
«Via le centre, nous essayons de donner les moyens de lire en langue arabe et française à un maximum de jeunes non-voyants âgés de 7 à 15 ans pour une meilleure insertion culturelle», affirme une des membres de l’AMARDEV, au moment où une seconde tient à préciser que si la transformation des livres en braille a un coût, «on ne les vend pas pour autant. On les distribue nominativement. Et des fois, le ministère de la Culture ou un autre ministère prend part au processus. Ce qui permet de rééditer encore plus de livres». Mais ces soutiens sporadiques ne plaident pas pour une évolution constante et rapide.
La signature en 2013 du Traité de Marrakech, un texte de loi à la portée internationale qui devait initialement faciliter la production et l'échange de textes adaptés pour les personnes aveugles et malvoyantes, n’a pas eu l’effet escompté. D’ailleurs, au passage on doute que ledit Traité ait été converti en braille. Quoi qu’il en soit, il est clair comme de l’eau de roche que le braille et sa démocratisation auprès des déficients visuels ont pris un chemin cahoteux, et avancent au ralenti. Aux antipodes de la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées, laquelle considère le braille comme un moyen de communication essentiel pour l'éducation, la liberté d'expression et d'opinion, l'accès à l'information et l'inclusion sociale de ceux qui l'utilisent. 


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