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L’extrême droite espagnole fait feu de tout bois pour s’en prendre au Maroc

L’octroi de nationalité et de visa au centre d’une proposition de loi foncièrement anti-marocaine


Hassan Bentaleb
Vendredi 11 Février 2022

L’extrême droite espagnole fait feu de tout bois pour s’en prendre au Maroc
Les Marocains, les Mauritaniens,  les Algériens et les Tunisiens sont persona non grata pour le parti espagnol d’extrême droite Vox. En effet, ce dernier ambitionne de suspendre l’octroi de visas aux ressortissants de ces pays et  de réviser les conditions d’obtention de la nationalité espagnole.
 
Restreindre l’accès à la nationalité espagnole
 
Selon le site cope.es, le parti, fondé en 2013 et actuellement dirigé par Santiago Abascal, compte présenter un proposition de loi dans ce sens le 15 février courant au Congrès des députés (Congreso de los Diputados).

D’après la première version de ce projet, Vox propose d’établir une législation sur l'accès à la nationalité  espagnole similaire à celle appliquée dans d'autres pays européens comme la France, l'Allemagne ou l'Italie qui exigent "des conditions beaucoup plus objectives et strictes" que celles mises en place par l'Espagne en la matière.

En effet, la loi espagnole actuelle édicte une période générale de résidence en Espagne de dix ans pour obtenir la nationalité et une période réduite de cinq ans pour ceux qui ont obtenu le statut de réfugié. Une période de deux ans est exigée dans le cas des ressortissants originaires de pays ibéro-américains ou de ceux qui ont eu ou ont une relation particulière avec l'Espagne. Les textes de loi prévoient également une période exceptionnelle d'un an de résidence pour d'autres cas, comme le fait d'épouser un Espagnol ou une Espagnole.

La réforme proposée par Vox vise à  prolonger la durée générale de résidence légale à 15 ans pour l'octroi de la nationalité espagnole et le maintien des durées réduites pour les réfugiés, les ressortissants originaires des pays ibéro-américains, d'Andorre, des Philippines, et de Guinée équatoriale.

En outre, Vox estime que « toute personne souhaitant acquérir la nationalité par résidence doit attester de la connaissance de la langue par le biais d'un certificat de langue officielle, attestant une connaissance et une maîtrise suffisantes de la langue espagnole. Le candidat doit également passer un test écrit pour prouver ses connaissances constitutionnelle, historique et culturelle de l'Espagne ». Mieux, encore le parti d’extrême droite souhaite que les personnes naturalisées espagnoles renoncent à leur nationalité d’origine.

A ce propos, le proposition de loi sollicite que ces personnes présentent un document public délivré par les autorités de leur pays d'origine certifiant  la perte de cette nationalité antérieure (sauf pour les ressortissants des pays ibéro-américains, Andorre, les Philippines, la Guinée équatoriale, le Portugal).

Vox a précisé que son objectif est de mettre fin aux "pratiques frauduleuses" concernant  l'acquisition de la nationalité ainsi qu’aux procédures qui ne peuvent pas garantir un degré d'intégration suffisant. "En fin de compte, l'objectif est de garantir que la nationalité espagnole assure un lien de loyauté et d'engagement historique avec le passé, le présent et l'avenir de la nation espagnole", précise le proposition de loi.

Dans le même sens, Vox propose de déchoir de la nationalité espagnole    tout étranger naturalisé détenant une double nationalité ou condamné par un jugement définitif pour trahison ou des crimes contre la Constitution, l'ordre public, la paix, l'indépendance de l'Etat, la Défense nationale et la communauté internationale.

Il interdit expressément la possibilité de recouvrer la nationalité espagnole en cas de sa perte due à une condamnation définitive pour avoir commis les mêmes crimes.
En ce qui concerne l'acquisition de la nationalité espagnole par la « carta de naturaleza », Vox souhaite que des exigences "objectives et sans équivoque" soient établies pour sa concession en limitant la marge discrétionnaire du gouvernement.

Suspension des visas
Sur un autre registre, le parti de Santiago Abascal propose  "de suspendre la délivrance ou l'octroi de visas d'entrée en Espagne aux citoyens de pays considérés comme source d’immigration irrégulière tels que le Maroc, l'Algérie, la Tunisie et la Mauritanie. Cette mesure est conçue également par Vox comme une sanction à l’égard de ces pays qui refusent de réadmettre les immigrés en situation irrégulière renvoyés par l'Espagne même quand il s'agit de leurs propres ressortissants identifiés au préalable et dont l’expulsion de l’Espagne a été acceptée. Le parti d’extrême droite va plus loin. Il accuse ces pays de manquer à «leurs obligations et responsabilités» dans le contrôle des flux migratoires irréguliers et d’exercer du chantage sur l’Espagne. 

Pour certains observateurs, les mesures annoncées par Vox s’inscrivent parfaitement dans l’esprit des politiques migratoires européennes marquées par leur aspect sécuritaire élevé qui prend le dessus sur le droit à la mobilité. Certains estiment que l’usage de la politique du visa est devenu même la pièce maîtresse de la politique de contrôle à distance des flux migratoires et Vox ne fait pas l’exception.

Les Marocains première cible
Les Marocains semblent les plus visés par ces mesures puisqu’ils représentent 16,7% des nouveaux citoyens espagnols. Ils sont à la tête de la liste des étrangers naturalisés en Espagne. Selon un rapport de l’Office de recensement espagnol, environ 15.398 Marocains ont obtenu la nationalité espagnole au cours de 2018. De plus, 75% des Africains naturalisés l’année dernière sont des ressortissants du Royaume. Le nombre de Marocains bénéficiant d’une double nationalité et résidant en Espagne a atteint 238.000 personnes. En 2019, ils étaient 24.544 à obtenir  la nationalité espagnole, occupant ainsi la première place quant aux  ressortissants étrangers ayant été naturalisés au cours de l’année dernière, selon l’Institut national de la statistique (INE).

Les Marocains occupent également  la deuxième position du classement des travailleurs étrangers extra-communautaires cotisant à la sécurité sociale en Espagne, juste derrière les Roumains (au nombre de 332.634), selon  des données du ministère espagnol de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et de la Migration. Les Italiens (139.870) et les Chinois (104.000) occupent respectivement la 3ᵉ et la 4ᵉ places.  Au total, 2.160.232 travailleurs étrangers étaient affiliés à la Sécurité sociale au mois de juillet 2021, 13.242 employés de plus que le mois précédent (+0,62%). Ces travailleurs représentaient 11,36% du total des affiliés.

Hassan Bentaleb


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