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Car il ne s'agit pas, dans cette question, de nier la nécessité d'une école de qualité. Il s'agit de demander des comptes sur ce que ce mot veut dire, sur ce qu'il cache, sur ce qu'il omet — et surtout, sur le gouffre vertigineux qui sépare les belles formules des réalités vécues par des millions de Marocains chaque matin, lorsqu'ils franchissent le seuil d'établissements publics surpeuplés, sous-encadrés et noyés sous un déluge de circulaires administratives.
La députée ittihadie pose, dès l'ouverture de sa question, le constat qui fâche : pendant que le ministre évoque inlassablement cette « qualité prétendue » comme priorité centrale de la réforme pédagogique, les citoyens qui vivent et observent le système éducatif de l'intérieur voient une toute autre réalité. Des classes surchargées où l'enseignant ne peut plus enseigner. Un manque criant de personnels éducatifs et administratifs qui étouffe toute ambition pédagogique. Une inflation de directives, de mémorandums et d'instructions qui ensevelit les équipes éducatives sous une bureaucratie suffocante. Et enfin, cette tendance pernicieuse à identifier la qualité au changement des chiffres plutôt qu'à l'amélioration réelle des conditions humaines, celles de l'enseignant comme de l'élève.
Khaddouj Slassi met le discours ministériel face à ses contradictionsCe dernier point est peut-être le plus révélateur d'une dérive profonde. Réduire la qualité à la variation d'indicateurs statistiques, c'est substituer la forme au fond, le tableau de bord à la salle de classe, le rapport à la réalité. C'est une illusion gestionnaire qui peut produire de belles courbes dans les présentations PowerPoint tout en laissant intacte, voire en aggravant, la détresse quotidienne de ceux qui font vivre l'école de l'intérieur.
La question de Khaddouj Slassi pointe aussi le dossier des «écoles pionnières» — ce projet phare du ministère, présenté comme le fer de lance d'une école publique rénovée. Mais aux yeux de la parlementaire socialiste, ce dispositif n'a fait qu'ouvrir une nouvelle brèche au sein de l'école publique, créant une hiérarchie entre établissements plutôt qu'une élévation généralisée du niveau. Et le fait qu'à l'approche de la fin du mandat ministériel, ces écoles n'aient toujours pas été généralisées dit tout du fossé entre l'ambition affichée et la réalisation effective.
Cette critique n'est pas anodine. Elle touche à la question de l'équité, ce pilier sans lequel toute réforme éducative reste lettre morte. Peut-on parler de qualité pour l'ensemble du système quand des îlots d'excellence sont créés au détriment de la masse ? Peut-on se satisfaire d'une réforme qui distingue et hiérarchise plutôt que d'élever et d'unifier ?
L'un des questionnements les plus pertinents de Khaddouj Slassi porte sur la territorialisation du concept de qualité. La députée du Groupe socialiste-Opposition ittihadie interpelle le ministre sur sa capacité — ou plutôt son incapacité — à contextualiser et à adapter la notion de qualité aux réalités sociales et géographiques du Maroc profond. Car les conditions dans lesquelles se déroule la scolarité dans les marges des villes ou dans le monde rural ne sont pas celles des quartiers aisés des grandes métropoles. Appliquer un standard uniforme de «qualité» à des contextes radicalement différents, c'est soit fermer les yeux sur les inégalités structurelles, soit, pire encore, les institutionnaliser.
Cette question de la relativité contextuelle de la qualité n'est pas un détail technique. Elle renvoie à une philosophie politique fondamentale : celle de l'égalité des chances, qui ne peut se satisfaire d'une égalité de façade. Une réforme qui ignore les disparités territoriales ne réforme pas — elle perpétue sous une nouvelle appellation.
Mais la question de Khaddouj Slassi ne s'arrête pas à la critique. Elle porte aussi une vision alternative — et c'est là que réside sa profondeur. Car ce que la députée réclame, au fond, c'est une réforme qui remette l'humain au centre, qui considère l'enfant non comme un récepteur passif de connaissances à mémoriser et à restituer, mais comme un être pensant à éveiller, à outiller, à libérer.
Dans un monde où l'information est accessible d'un geste et où les savoirs se renouvellent à une vitesse vertigineuse, s'obstiner à mesurer la qualité de l'éducation à l'aune de la mémorisation et de la récitation relève d’un archaïsme pédagogique déconcertant. Ce dont ont besoin les enfants de ce pays, c'est d'être formés à la pensée critique, à l'autonomie intellectuelle, à l'intégrité et à la confiance en soi. Ce dont ils ont besoin, c'est d'une école qui révèle leurs talents enfouis et les transforme en compétences réelles, opérantes, vivantes — pas d'une école qui les soumet à l'injonction du bachotage.
Il n'est pas anodin que ce soit une parlementaire de l'Union socialiste des forces populaires qui porte cette exigence avec une telle précision et une telle détermination. Le parti à la Rose entretient avec l'école publique un lien qui relève de la conviction profonde autant que de l'engagement historique. L'USFP a toujours considéré l'école non comme un simple service administratif, mais comme le creuset où se forge l'identité nationale, où se transmet l'héritage critique, où se prépare la citoyenneté de demain. Pour le parti, défendre l'école publique, c'est défendre le projet même de la société qu'il appelle de ses vœux — une société de liberté, de justice et d'égalité réelle.
L'école publique marocaine mérite mieux qu'un vernis de modernité sur des structures qui peinent à tenir debout. Elle mérite une politique courageuse, dotée de moyens réels, ancrée dans les besoins concrets de chaque territoire et guidée par une ambition claire : former des citoyens libres, capables de penser par eux-mêmes dans un monde en perpétuelle mutation.
La question est posée. Le ministre répondra. Il le devra, ne serait-ce que par obligation constitutionnelle. Mais au-delà de la réponse formelle qu'il livrera dans les délais réglementaires, c'est une autre réponse qui est attendue — une réponse qui s'écrit non pas sur le papier d'une note ministérielle, mais dans la réalité vécue de milliers d'établissements scolaires à travers tout le pays.
Les élèves entassés dans des classes surchargées, les enseignants épuisés sous le poids des directives contradictoires, les familles des quartiers populaires et des campagnes reculées qui rêvent pour leurs enfants d'une école digne de ce nom — tous attendent des réponses concrètes, des engagements mesurables, des actes qui vaillent plus que les mots.
Mehdi Ouassat











