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L’arganier sous menace

Il urge de sauver une richesse du Maroc prisée et enviée de par le monde




L’arganier sous menace
 En s’éloignant d’Essaouira, on grimpe dans les montagnes de Tamanar. Cette commune fut l’hôte, vendredi dernier, de la 4ème édition du Festival "Argan-Haha-Tamanar". Un événement de trois jours, visant à promouvoir et valoriser l’arganier. Placé cette année sous le thème de "La valorisation des capacités féminines, gage du développement local", ce Festival a vu la participation de 70 associations féminines locales, spécialisées dans la production d’une huile très recherchée, pour sa saveur et ses bienfaits, l’huile d’argan.
Depuis des siècles, les collines du Sud-ouest marocain sont le terrain de prédilection des arganiers. Mystérieusement, cet arbre aux rameaux épineux, de 8 à 10 m de haut et aux feuilles atténuées en un court pétiole, ne se développe que dans cette région et nulle part ailleurs au monde. Il peut vivre 250 ans malgré la chaleur, la sécheresse et l’aridité du sol. Son massif forestier s’étend sur plus de 800.000 hectares entre Essaouira et Agadir et jouit depuis 1998, du statut de «réserve de biosphère» octroyé par l’UNESCO pour protéger l'arganeraie.
Les hommes qui ont vécu à côté de cet arbre ont tiré parti de son fruit. Aujourd’hui encore, l’arganier est indissociable de la vie des populations qui continuent à extraire son huile si précieuse.
Alors qu’il y a peu, c’était impensable pour une femme de trouver un emploi dans son village, voir de nos jours les femmes travailler au sein de diverses coopératives est une petite révolution. Dans celles-ci, il n’y a pas de patron, elles appartiennent aux femmes qui les ont créées. Elles y vivent un miracle économique et une aventure au quotidien s’enracinant dans les coutumes.
Chaque matin, les gestes sont les mêmes. On dégage la pulpe du fruit de l’arganier, grâce à un outillage sommaire fait de petites pierres. La pulpe servira d’alimentation pour le bétail et c’est du noyau du fruit restant qu’il faut extraire les amandons avant de les trier. La torréfaction est l’opération la plus délicate. En se partageant la tâche à tour de rôle, les femmes essayent de ne pas trop griller les amandons ni pas assez, afin de dégager toute la subtilité des arômes. Une fois torréfié, l’amandon est broyé dans un outil rustique, utilisé depuis des siècles en Afrique du Nord, le moulin à pierre que les femmes font tourner à la force des bras jusqu’à ce que les amandons se transforment en purée très fluide, couleur  marron. Versée ensuite dans de grandes bassines, cette pâte est longuement malaxée, avant que l’huile s’en sépare.
Il faut une quarantaine de kilos de fruit et trois jours de travail pour obtenir un litre d’huile d’argan. Avec ce mode artisanal de production, les coopératives produisent à peine 4 litres par jour d’une huile aux reflets d’ombre, et au parfum fruité et légèrement noisetté.
La somme du travail de ces femmes est garante de la saveur qui a rendu l’huile d’argan si précieuse et si recherchée au Maroc et ailleurs. Ainsi la production de cet or blanc a offert aux femmes qui étaient recluses dans leur village un contact avec le monde extérieur.
Outre sa fonction socioéconomique représentée par les 20 millions de journées de travail par an, résultat de son exploitation, l’arganier fournit un bois très dur, appelé bois de fer, utilisé comme bois de chauffage. De plus, l’huile extraite de l’arganier est réputée pour ses multiples bienfaits sur la santé. D’abord, elle permet de prévenir les risques cardiovasculaires. Elle est également utilisée dans la lutte contre les douleurs rhumatismales et articulaires, mais aussi pour prévenir la surinfection des boutons de varicelle, l'acné et lutter contre la peau sèche et les vergetures. Des études expérimentales récemment réalisées estiment que l'huile d'argan pourrait servir à développer de nouvelles stratégies pour la prévention du cancer de la prostate. Sans omettre que cette prodigieuse huile est utilisée depuis des millénaires pour ses vertus cosmétiques.
Cependant, 600 hectares d’arganiers disparaissent chaque année. En cause, l’utilisation de son bois comme combustible et surtout le ramassage intensif des fruits empêchant le renouvellement des arbres. L’image des chèvres qui grimpent au sommet des arganiers fait partie des clichés folkloriques de la région. Mais ces animaux ont eux aussi leur part de responsabilité dans la raréfaction des arbres. En dévorant les jeunes pousses, ils les épuisent. La disparition de cet arbre est devenue une préoccupation nationale. D’ailleurs, des campagnes de sensibilisation à la nécessité de protéger cet arbre sont organisées par l’Etat dans les écoles, accompagnées d’une politique de plantation de 200.000 ha additionnels à l’horizon 2020.
Enfin, une autre menace plane sur la production de l’arganier. Les techniques de clonage de ses graines, développées par des ingénieurs agronomes israéliens, risquent de détrôner le monopole de production marocain de cet arbre traditionnellement mythique et sacré.

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Chady Chaabi
Mercredi 27 Décembre 2017

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