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L'Aquarius demande à la France un feu vert humanitaire

Le gouvernement italien adopte les mesures anti-migrants de Salvini




Bientôt privé de pavillon, le navire humanitaire Aquarius était lundi "en route vers Marseille" après avoir demandé "à titre exceptionnel" l'autorisation de débarquer les 58 migrants secourus à son bord aux autorités françaises qui ont, elles, indiqué rechercher "une solution européenne".
"Aujourd'hui, nous faisons la demande solennelle et officielle aux autorités françaises" de donner, "de manière humanitaire, l'autorisation de débarquer" les rescapés, parmi lesquels 17 femmes et 18 mineurs, a indiqué le directeur des opérations de l'association SOS Méditerranée, Frédéric Penard.
"Comme nous l'avons fait à plusieurs reprises au cours des derniers mois, nous recherchons une solution européenne selon le principe du port sûr le plus proche", ont répondu les services du Premier ministre Edouard Philippe, interrogés sur cette requête.
Depuis le début de la crise provoquée cet été par la fermeture des ports italiens aux migrants, la France n'a jamais accepté de laisser débarquer les navires humanitaires, arguant qu'en vertu du droit maritime, les naufragés doivent être débarqués dans le "port sûr" le plus proche.
Pour l'heure, il est impossible de prévoir "quand le navire arrivera" sur les côtes françaises, a souligné M. Penard lors d'une conférence de presse à Paris, l'Aquarius étant "toujours susceptible d'être mobilisé" pour une opération de sauvetage.
Mais le navire, actuellement au large de la Libye, est à "environ quatre jours" de Marseille (Sud-Est), a précisé Francis Vallat, le président de l'ONG en France.
"Nous avons alerté d'autres pays mais nous avons du mal à imaginer que la France puisse refuser, compte tenu de la situation humanitaire", a ajouté M. Vallat. Sans préjuger de la réponse, il a assuré qu'à aucun moment les autorités, prévenues en amont, "ne nous ont dissuadés de monter vers Marseille".
Pour SOS Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF), affréteurs du navire, la situation est "extrêmement critique" alors que l'Aquarius "risque de perdre le pavillon du Panama" en touchant terre. Regagner Marseille, port d'attache du navire et siège de SOS Méditerranée, est crucial pour "mener ce combat, qui va être difficile, pour repavilloner l'Aquarius", a affirmé M. Penard.
Les autorités maritimes panaméennes ont annoncé samedi qu'elles allaient retirer son pavillon à l'Aquarius, déjà privé en août de pavillon par Gibraltar, pour "non-respect" des "procédures juridiques internationales" concernant le sauvetage de migrants en mer Méditerranée.
"Du jamais vu et en soi un scandale", a estimé M. Vallat qui a appelé le Panama à "revenir sur sa décision" demandant, sinon, aux Etats européens de fournir un pavillon à l'Aquarius.
Les deux ONG avaient précédemment dénoncé "la pression économique et politique flagrante exercée par le gouvernement italien" sur les autorités panaméennes, allégation contestée par le ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini.
Aujourd'hui "l'Aquarius est le seul navire civil en Méditerranée centrale, qui est la route maritime la plus mortelle du monde", avec "plus de 1.250 noyés" depuis le début de l'année, a fait valoir SOS Méditerranée.
Les autres navires humanitaires, qui étaient encore une dizaine il y a un peu plus d'un an au large de la Libye, ont quitté la zone pour des raisons diverses. Le Lifeline est bloqué à Malte, où les autorités ont ouvert une enquête administrative, tandis que le Iuventa, soupçonné de collusion avec des passeurs, a été saisi par les autorités italiennes en août 2017.
"Non seulement les Européens ne mettent pas en place de mécanisme de sauvetage pérenne, mais ils essaient de détruire la capacité de la société civile à répondre à cette crise en Méditerranée", s'est indignée AssiBa Hadj-Sahraoui de MSF.
Même si on est loin du pic des arrivées de 2015, la question migratoire divise encore profondément l'Europe, qui cherche à empêcher les départs clandestins.
En juin, l'Aquarius avait déjà été au cœur d'une crise diplomatique, après avoir récupéré 630 migrants au large de la Libye, débarqués en Espagne après le refus de l'Italie et de Malte de les accepter. Le scénario s'était répété en août pour 141 migrants débarqués à Malte.
Par ailleurs, le gouvernement italien a adopté lundi une série de mesures draconiennes promises par l'extrême droite pour renforcer la sécurité et limiter l'immigration clandestine, malgré de fortes résistances internes et externes.
"C'est un pas en avant pour rendre l'Italie plus sûre. Pour combattre avec plus de force les mafieux et les passeurs, pour réduire les coûts d'une immigration exagérée, pour expulser plus rapidement les délinquants et les faux demandeurs d'asile, pour révoquer la citoyenneté aux terroristes, pour donner plus de pouvoirs aux forces de l'ordre", s'est réjoui le ministre de l'Intérieur Matteo Salvini (extrême droite).
Le gouvernement n'a pas rendu public dans l'immédiat ce texte, qui doit entrer en vigueur dès qu'il aura été signé par le président Sergio Mattarella, puis approuvé dans un délai de 60 jours par le Parlement.
Mais M. Salvini et le chef du gouvernement, Giuseppe Conte, en ont présenté les grandes lignes à la presse.

Mercredi 26 Septembre 2018

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