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La scène du crime : le kilomètre 55
C'est un point de contrôle qui n'a pas de glamour. Le « kilomètre 55 » — ainsi que les autorités mauritaniennes le désignent — est l'un de ces carrefours anonymes du désert où le bitume commence à céder la place aux incertitudes de la frontière. C'est là, à mi-chemin entre deux mondes, que les douaniers ont choisi d'établir leur ligne de défense. Et c'est là que le stratagème a été mis à nu.
Les faits sont simples, presque trop simples pour la complexité des intérêts qu'ils révèlent. Des camions chargés de tomates, d'oignons et de pommes de terre franchissent normalement le poste de Guerguerat, à la frontière entre le Maroc et la Mauritanie. Rien d'illégal jusque-là : ce sont des exportations agricoles parfaitement ordinaires, reflet de la vigueur d'une filière marocaine qui ne cesse de s'étendre vers le sud du continent. Mais une fois en territoire mauritanien, une partie de ces cargaisons ne s'arrête pas. Elle ne se dirige pas vers les marchés de Nouakchott ni vers les étals de l'intérieur mauritanien. Elle continue, vers le nord-est, vers cette frontière algérienne que tout le monde connaît mais que personne, officiellement, n'emprunte pour ce genre de commerce.
Déchargés puis rechargés, dissimulés, redistribués : les légumes marocains entamaient ainsi leur second voyage, clandestin celui-là, vers Tindouf et les zones du sud-ouest algérien.
Une pénurie qui trahit tout
Ce qui a alerté les autorités mauritaniennes n'est pas une dénonciation ni un rapport de renseignement. C'est l'estomac des Mauritaniens. En l'espace d'une semaine, les prix des denrées de base avaient bondi de plus de trente pour cent sur les marchés locaux. Les étals se vidaient. Les ménagères revenaient bredouilles. Une pénurie artificielle, creusée non par la sécheresse ou une mauvaise récolte, mais par la voracité d'un trafic qui pompait les ressources mauritaniennes pour les réacheminer vers un pays voisin incapable de subvenir seul à ses besoins.
Cette réalité économique brute dit, mieux que n'importe quelle démonstration théorique, ce que valent les grands discours d'Alger sur la souveraineté alimentaire et l'indépendance nationale. Pendant que les ministres algériens annoncent des plans quinquennaux et célèbrent les mérites d'une agriculture nationale «en perpétuel essor», les habitants de Tindouf attendent, eux, que des camions venus du Maroc — via la Mauritanie, via des circuits informels, via des intermédiaires qui préfèrent l'ombre à la lumière — leur apportent de quoi préparer le repas du soir.
Guerguerat, malgré tout, continue
Il y a dans cette histoire un détail que l'on aurait tort de négliger. Pendant toute la durée des saisies et du renforcement des contrôles mauritaniens, le flux des exportations marocaines via Guerguerat, lui, n'a pas été interrompu. Pas une heure de retard, pas un camion de moins. Le Maroc livre, régulièrement, dans la transparence et dans le respect de ses engagements. Ce sont les détournements qui ont été stoppés, non la source.
Cette continuité est en elle-même un message politique d'une clarté absolue. Le Maroc n'a pas à se défendre, à s'expliquer ni à se justifier. Son agriculture parle pour lui, quotidiennement, dans les marchés de Nouakchott, de Dakar, d'Abidjan et, désormais, en dépit de tous les obstacles idéologiques, jusqu'aux tables de Tindouf.
La Mauritanie, souveraine et lucide
Il faut rendre justice au gouvernement mauritanien pour la fermeté dont il a fait preuve. Comprenant rapidement que son territoire était instrumentalisé comme zone de transit dans un jeu qui le dépassait mais dont il subissait les conséquences directes, Nouakchott a agi avec une détermination remarquable. Le blocage des cargaisons suspectes, la surveillance renforcée des axes frontaliers nord-est, la communication transparente sur les motifs de ces mesures : tout cela témoigne d'un Etat qui refuse de laisser sa sécurité alimentaire devenir la variable d'ajustement des contradictions algériennes.
Les effets ont été immédiats et tangibles. Dès le début de semaine, les marchés mauritaniens respiraient à nouveau. Les légumes réapparaissaient sur les étals. Les prix amorçaient leur descente. La vie reprenait son cours normal, débarrassée du parasite qu'avait constitué ce circuit frauduleux.
Ce que cette affaire dit du Maghreb
Vu depuis Rabat, cet épisode mauritanien illustre avec une netteté parfaite les deux visages du Maghreb contemporain. D'un côté, un Maroc qui construit, qui exporte, qui s'intègre dans les chaînes de valeur africaines avec méthode et ambition, dont les produits traversent les frontières parce qu'ils sont désirés, recherchés, indispensables. De l'autre, une Algérie qui gesticule, qui ferme, qui interdit et qui dénonce, mais qui tend la main vers ce qu'elle prétend rejeter.
L'histoire des légumes marocains n'est pas une anecdote. C'est une métaphore. Celle d'un pays, l'Algérie, qui a fait du refus du Maroc un projet politique, et qui découvre, dans la poussière du désert et à travers les camions saisis et immobilisés au kilomètre 55, que la réalité finit toujours par se venger des postures. Le Maroc, lui, n'a pas besoin de répondre. Ses tomates l'ont déjà fait.
Mehdi Ouassat











