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Imad Hassan : Les compositeurs marocains ne doivent pas demeurer otages des mélodies orientales




Imad Hassan : Les compositeurs marocains ne doivent pas demeurer otages des mélodies orientales
Selon leparolier
égyptien, les Frères musulmans
ne pourront jamais museler les poètes
ou les chanteurs.


Libé : Quels sont les artistes avec qui vous avez travaillé ?

Imad Hassan: J’ai travaillé avec des chanteurs égyptiens tels que Hani Chakir, Medhat Saleh, Mohamed El Hilou, Nadia Mustapha, Ghada Rajab et d’autres. J’ai collaboré également avec des artistes marocains tels Samira Said, Hayat El Idrissi, Janat Mahid, la regrettée Rajaa Belmlih, Leila Ghoufrane, et aussi avec des chanteurs syriens comme Asala Nasri ainsi qu’avec le chanteur libanais Raghib Alama. J’ai composé  de nombreux poèmes pour ces artistes.

Vous avez longuement accompagné l’artiste marocaine Samira Said. Pourriez-vous nous rappeler le début de ce parcours ?

Après son installation en Egypte, Samira Said a chanté deux poèmes que j’ai écrits. Ce fut un grand succès. Il s’agit des chansons intitulées « Je ne renonce jamais à toi », et « Après deux jours », mais depuis, nous n’avons pas produit de chansons comparables à celles-ci jusqu’à « Oublie-moi » que j’ai écrite et dont la musique est  composée par Mohamed Diyaa Eddine. Par la suite, nous avons réalisé un trio rivalisant avec celui  composé de la Tunisienne Latifa, d’Ammar Chrii et du grand poète Abdelwahab Mohamed. En terme d’émulation, nous étions comme Al Ahli et le Zamalik ou le Raja et le Wydad.

Mais cette compétition était-elle bénéfique pour la chanson arabe ?

C’est sûr qu’elle était au service de l’art. Nous avons fait plaisir à notre public et à nous-mêmes et l’autre trio a fait de même… En fin de compte, c’est l’art qui a tiré profit de cette rivalité. A chaque fois que je visite un pays arabe, je côtoie des gens qui m’aiment avant même de me rencontrer, des gens qui apprécient les bonnes paroles et la musique douce. Cela m’a vraiment ému. J’ai senti que j’avais présenté quelque chose de valable. Je me considère comme un citoyen arabe, car j’estime que tous les Arabes font partie de ma famille. C’est pour cette raison-là justement que je tiens à présenter un art sublime face à la médiocrité ambiante qui porte atteinte au bon goût.

La chanteuse tunisienne Latifa a travaillé aux côtés du grand compositeur Ammar Chrii et du grand poète Abdelwahab Mohammed. Cela explique-t-il votre refus de collaborer avec cette artiste ?

Certes je n’ai jamais travaillé avec Latifa parce que j’ai tout simplement opté pour une autre artiste, à savoir Samira Said que je considère comme une grande chanteuse. De plus, je sens que je fais partie de sa famille. Je l’estime beaucoup.

Est-ce que Latifa vous a contacté pour lui composer des paroles ?

Effectivement, elle m’a contacté plusieurs fois. La chanson « Oublie-moi » que chante Samira Said qui plaît beaucoup à Latifa. Elle l’a apprise par cœur et  la chante à chaque fois que nous nous rencontrons. Un jour, en recevant Samira Said dans l’émission qu’elle animait sur une chaîne satellitaire, elle  l’a interprétée, ce qui montre qu’elle en était fascinée. En outre, elle s’est adressée à Samira Said en lui disant : « Cette fois, c’est moi qui vais la chanter et pas toi ».

Sincèrement laquelle des deux a chanté le mieux le poème que vous avez écrit ?

La voix des deux chanteuses est diamétralement opposée. Bien sûr que je préfère celle de Samira Said, car elle a contribué à mon succès. Quand cette dernière avait chanté cette chanson, nous n’étions pas encore des stars. Nous étions au début de notre carrière et nous voulions nous imposer dans le domaine.  Nous étions en rivalité avec le trio composé notamment de Latifa, Ammar et Abdelwahab. On aimait la création et l’art et nous souhaitions faire quelque chose de différent.

Qui choisit les thèmes de votre chanson, vous-même ou le chanteur ?

C’est moi-même. Et quand je veux travailler avec un artiste, je dois préalablement l’aimer et connaître son profil psychologique et humain. Cela me permet de sonder en profondeur pour lui écrire des paroles qui traduiraient  au mieux sa sensibilité.

Est-ce que vous avez traité avec l’artiste marocaine Janat Mahid ?

Je l’ai rencontrée quand elle avait 15 ans. Je lui ai écrit quatre chansons qui s’accordent avec sa voix. J’attends que ces chansons voient le jour, car il y a eu un litige avec le producteur et que nous n’avons pas encore résolu. Mais ces chansons sont déjà prêtes et j’espère qu’on les découvrira prochainement.

Outre Samira Said et Janat Mahid, quelles sont les artistes marocaines avec qui vous avez travaillé ?

J’ai travaillé avec Hayat Al Idrissi que je considère comme une grande artiste, ainsi qu’avec Leila Ghoufrane.

Vous avez collaboré avec la chanteuse marocaine Aziza Jalal, et vous avez fait avec elle un travail qui n’a jamais abouti…

Effectivement, je l’ai rencontrée au même moment où j’ai rencontré Samira Said. Nous nous étions mis d’accord pour lui écrire deux chansons. Et c’est feu Mohamed El Mouji qui était prévu pour composer la musique de ces deux chansons. Mais elle nous a surpris  en décidant de se retirer de la vie artistique. Ce retrait m’a fait de la peine, car Aziza Jalal avait une voix merveilleuse et elle était une femme adorable et respectée.

Qui a chanté ces deux chansons par la suite ?

Je ne révèlerai pas ce secret. Mais elles ont été chantées par deux chanteuses égyptiennes et elles ont eu un grand succès. Quant à Leila Ghoufrane, je dirai que c’est une artiste compétente.

Quelle sont, selon vous, les raisons qui expliquent l’émigration des voix marocaines en Egypte ? Pourquoi le succès est-il lié à ce pays ? Y a-t-il des handicaps qui expliquent cette réalité ?

Effectivement, il y a des handicaps. Notamment le dialecte marocain qui est difficile à comprendre, alors que l’égyptien est plus accessible. Ce qui a permis sa diffusion, c’est l’art en général et plus particulièrement le théâtre et le cinéma. L’on trouve au Caire de grands poètes et compositeurs et des sociétés de production. De plus, la télévision égyptienne a joué un rôle prépondérant dans la diffusion de ce dialecte à travers le monde arabe.

Parmi les voix qui ont émigré au début de leur carrière, on cite le grand artiste Abdelwahab Doukkali…

Ah oui ! Abdelwahab Doukkali, ce grand rossignol. Il a une très jolie voix. Il a vécu au Maroc et le public arabe ne le connaissait pas beaucoup. Mais lorsqu’il est allé en Egypte, il a connu un grand succès. Malheureusement, il est retourné au Maroc. S’il y était resté, sa popularité aurait été plus grande. Mais Abdelwahab Doukkali restera un grand chanteur.

Quel est, selon vous, le secret à même de permettre aux artistes marocains de connaître le succès à travers le monde arabe tout en restant au pays?

J’écoute des voix marocaines qui maîtrisent parfaitement la tradition musicale classique, mais il faut impérativement s’ouvrir sur le monde. Je dirai aux compositeurs marocains qu’ils ne doivent pas être les otages de l’ancienne mélodie orientale. Rénovez-vous et ne craignez rien. Vous avez au Maroc une tradition mélodique très variée et riche : la musique andalouse et celle de Grenade. Vous devez présenter cette tradition dans une nouvelle version pour la commercialiser. En plus, les arrangeurs marocains  n’ont pas évolué d’une façon satisfaisante. L’arrangement d’une œuvre musicale est très important, ce qui a servi énormément la chanson égyptienne.

Si vous aviez une demande de la part  de Haifa Wahbi, accepteriez-vous de travailler avec elle ?

Si elle veut danser, elle sera la bienvenue. En fin de compte, elle n’excelle que dans la danse et pas dans la chanson.

Comment voyez-vous l’avenir de la chanson égyptienne après l’arrivée des Frères musulmans au pouvoir ?

Aucune entrave ne peut arrêter l’art, surtout l’art sublime. Et puis l’arrivée des Frères musulmans au pouvoir n’a rien à voir avec l’art, et personne ne peut museler les poètes ou les chanteurs encore moins interdire les bonnes paroles.

Mais aujourd’hui, ils bâillonnent la presse, et peut-être demain l’art ?

Ils ne peuvent pas le faire. D’ailleurs, la culture du peuple égyptien a au moins 7.000 ans. C’est une culture qui a éclairé le monde alors qu’il vivait dans les ténèbres, le sous-développement et l’injustice. Personne ne peut en un jour changer l’identité du peuple égyptien, son âme et sa culture. Les Frères musulmans sont minoritaires. Ils ont leur propre pensée et   n’ont pas le droit de nous l’imposer. La majorité du peuple refuse  cela, et nous ne l’accepterons jamais. Nous vivons au 21ème siècle, et nous refusons de retourner  au Moyen Age.

* (Traduit de l’arabe par Mourad Tabet)

Propos recueillis par Jalal Kendali *
Mercredi 10 Avril 2013

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