Guerre au Moyen-Orient: la diplomatie pakistanaise à la manœuvre


Libé
Lundi 20 Avril 2026

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Durant plusieurs jours d'intenses tractations diplomatiques, responsables militaires et civils pakistanais, dont l'influent maréchal Asim Munir, ont réparti leurs efforts au Moyen-Orient pour rendre possible un deuxième cycle de pourparlers entre Washington et Téhéran, qui pourrait se tenir cette semaine à Islamabad.

Le maréchal Munir, chef des forces armées, s'est rendu à Téhéran mercredi, porteur, aux dires des dirigeants iraniens, des propositions américaines pour de nouvelles discussions éventuelles.
Parallèlement, le Premier ministre Shehbaz Sharif et son ministre des Affaires étrangères ont effectué une tournée diplomatique éclair auprès de leurs alliés régionaux, l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie.

Deux voyages qui illustrent la coordination à l'oeuvre au sein de ce que l'on décrit souvent au Pakistan comme un "régime hybride", et le rôle central d'Asim Munir dans le processus de négociation.
"La synergie qui s'opère actuellement porte ses fruits, et pour poursuivre sur cette lancée, toute cette synergie sera nécessaire", estime Sheharyar Khan, directeur exécutif du Forum national pour le dialogue, basé à Islamabad.
M. Munir était l'un des deux médiateurs pakistanais présents lors des premiers pourparlers entre les Etats-Unis et l'Iran à Islamabad, le 11 avril.

"Ce ne sont pas les dirigeants politiques qui prennent les décisions dans ce genre de situation, mais les dirigeants militaires", relève un responsable pakistanais sous couvert d'anonymat, qualifiant la visite d'Asim Munir en Iran d'"importante" pour ramener les deux belligérants à la table des négociations.
"L'accord est presque conclu. (Munir) est la seule personne capable de convaincre les Iraniens de conclure un accord -- et cela tient au niveau de confiance qu'il inspire", insiste ce responsable.

Si le premier cycle de pourparlers de paix entre les Etats-Unis et l'Iran n'a pas abouti à un accord, il a néanmoins donné lieu à des négociations à un niveau sans précédent entre les deux pays depuis la Révolution islamique de 1979, et les canaux de communication sont restés ouverts via le Pakistan.

S'appuyant sur cette dynamique, les dirigeants pakistanais ont fait pression pour qu'un deuxième cycle de pourparlers ait lieu à Islamabad, où la sécurité a été renforcée dimanche en prévision de ce potentiel événement.

Le président Donald Trump a annoncé dimanche l'envoi d'une délégation lundi dans la capitale pakistanaise.
L'ascension d'Asim Munir sur la scène internationale a coïncidé avec une consolidation du pouvoir militaire au Pakistan, qui lui a valu une immunité juridique sans précédent et un mandat prolongé.

L'armée dans son ensemble a également pris une place plus importante en matière de gouvernance.
Critiques et opposition affirment que ces mesures, ainsi que les réformes constitutionnelles de grande envergure, ont sapé la démocratie dans le pays.
L'armée a nié à plusieurs reprises toute ingérence dans le domaine civil, bien qu'elle ait dirigé le Pakistan pendant près de la moitié de son existence par le biais d'une série de coups d'Etat depuis l'indépendance en 1947.

Même si dirigeants civils et militaires travaillent en étroite collaboration dans le système actuel, c'est M. Munir qui détient le pouvoir de décision, note Sheharyar Khan.
"Qui est la personne capable d'obtenir des résultats? Qui est l'homme fort? Qui tire les ficelles ? Qui est aux commandes? C'est évidemment M. le maréchal", poursuit-il.

Le militaire a également noué des liens étroits avec le président américain Donald Trump - qui le qualifie souvent de son "maréchal préféré" - depuis une guerre brève mais intense avec l'Inde l'année dernière.
Une relation cruciale, selon Adam Weinstein, directeur adjoint du programme Moyen-Orient au Quincy Institute de Washington: "Munir s'est concentré sur l'Iran car c'est l'acteur clé et qu'il est considéré comme ayant la relation la plus étroite avec Trump".

Muhammad Saeed, un général pakistanais à la retraite, explique à l'AFP qu'Asim Munir est en "communication directe" avec les dirigeants américains pour négocier les points d'achoppement dans le dialogue avec l'Iran.
"Sa présence permet aux deux parties de se rapprocher", conclut-il.
 

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