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Fuir l’Ukraine pour des universités plus clémentes

Pas évident avec les problèmes de langue et de documents attestant du niveau universitaire


Mehdi Ouassat
Lundi 18 Avril 2022

Les étudiants marocains seraient les bienvenus en Roumanie

Fuir l’Ukraine pour des universités plus clémentes
Environ 5.000 étudiants marocains ont dû fuir l’Ukraine à cause de la guerre. Éparpillés dans leur pays ou aux quatre coins de l’Europe, sans information quant à leur avenir universitaire, ils tentent aujourd’hui de sauver leurs études, quelques jours après avoir sauvé leur vie. «Nous avons été dans l’obligation de quitter l’Ukraine et il nous est inconcevable de devoir tout reprendre à zéro», confie un  membre de la Coordination des étudiants marocains d’Ukraine.

Formant le deuxième contingent d’étudiants étrangers dans ce pays d’Europe de l’est, après les Indiens, les Marocains devraient pouvoir trouver refuge en Roumanie, le pays souhaitant leur accorder plusieurs milliers de places dans ses universités, rapporte le site d’information roumain PSNews qui affirme que le ministre roumain de l'Education, Sorin Cîmpeanu, a rencontré, jeudi dernier, le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l'Innovation, Abdellatif Miraoui à Bucarest, pour signer un protocole de coopération.

Toujours selon la même source, en plus des objectifs fixés par les deux ministères visant notamment à promouvoir la coopération universitaire et la mobilité des étudiants, des enseignants et des chercheurs, les deux parties ont échangé sur les possibilités de poursuite des études dans les universités roumaines pour près de 5.000 étudiants marocains rapatriés de l’Ukraine. Les universités présentes se sont également montrées favorables à l’accueil des étudiants marocains d’Ukraine qui répondent aux critères et procédures décidés au niveau des universités en Roumanie, selon le cadre législatif promu par le ministère de l'Education en faveur des réfugiés d'Ukraine.  

Reste qu’un tel processus s’avère complexe. Outre la question de la langue pour ces étudiants qui ont suivi un cursus très différent de celui en Roumanie, la majorité de ces étudiants, rapatriés en catastrophe, ne disposent d’aucune preuve de leur scolarité en Ukraine. Ni certificat, ni bulletin de notes. C’est le cas de Zouheir Benchabou, 24 ans, en 4ème année de médecine à Kharkiv. «Même si j’envisage de poursuivre mes études ailleurs, je ne le pourrais pas sans mon dossier», s’inquiète-t-il, tout en rappelant qu’il lui est impossible «de contacter l'université nationale de médecine de Kharkiv, une ville où on ne parle que de guerre, de morts et d’aide humanitaire».

L’autre option qui pourrait s’offrir à ces étudiants marocains est celle de les intégrer aux universités et instituts marocains mais jusqu’à présent, le ministère, qui avait lancé une plateforme en ligne dédiée au recensement des étudiants rapatriés au Maroc ainsi que de leurs spécialités et niveaux d’études, n’a encore pris aucune décision.

Lors d’un point de presse organisé récemment à Rabat, le porte-parole du gouvernement, Mustapha Baïtas, avait indiqué que le gouvernement était en train d’étudier deux options pour la réintégration universitaire de ces étudiants: la poursuite de leurs études dans les pays voisins de l’Ukraine pour ceux qui le souhaiteraient, en concertation avec les autorités de ces pays; ou leur intégration au sein des établissements universitaires marocains.

Mais des voix se sont élevées parmi les  étudiants marocains en médecine  contre cette dernière option et ont exprimé leur refus total d’accueillir au sein de leurs facultés leurs camarades venus d’Ukraine. Ils évoquent le surpeuplement actuel des facultés, le manque de moyens matériels et financiers et le faible taux d'encadrement des étudiants. Ils déplorent également le manque de «parterre de stage» dans les hôpitaux et le faible nombre de Centres universitaires hospitaliers.

L’autre argument mis en avant est celui de la faible qualité présumée de la formation dans les facultés ukrainiennes et des conditions d’admissions peu exigeantes. «Nous voulons bien évidemment que des solutions soient trouvées pour ces étudiants en situation délicate mais en les intégrant aux universités marocaines, force est de constater que le principe d’égalité des chances sera allègrement bafoué, puisque  l’accès aux facultés de médecines au Maroc est sélective et restreint, compte tenu de la nature de la profession, où il ne doit y avoir aucune place à l’approximation», estime une étudiante à la Faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca, sur son compte Instagram.   

Rappelons enfin que près de 5000 étudiants marocains qui poursuivaient leur cursus en Ukraine et qui vivaient à Kiev, Kharkiv, Lviv, Odessa, Donetsk, Kherson ou Soumy se sont inscrits sur la plateforme en ligne mise en place par le ministère. 77% d’entre eux étudiaient la médecine, la pharmacie et la médecine dentaire (3.744), 18% suivaient des formations d’ingénieurs (379), tandis que 238 étudiants suivaient des formations en langues, en économie et gestion, en droit et en sciences vétérinaires.

Mehdi Ouassat


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