Faut-il le rappeler encore et encore? L’USFP n’a nul besoin de certificat de vie

C’est même lui qui en délivre


Libé
Dimanche 22 Février 2026

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Faut-il le rappeler encore et encore? l’Union socialiste des forces populaires (USFP), en tant que véritable parti porteur d’une mission historique, n’a nul besoin d’un certificat pour légitimer son existence. Issu du mouvement national et forgé par un engagement militant, il reste fidèle à cette vocation originelle. Depuis sa naissance au cœur de la dynamique de libération nationale, d’indépendance et de combat pour la démocratie et les droits humains, l’USFP a tracé un long chemin pour affirmer son droit à une existence digne et rayonnante. Il l’a fait sans jamais mendier reconnaissance ou gratitude. Durant son parcours, il a affronté des adversaires aguerris, et fait face aux manœuvres visant à l’éliminer : assassinats, exécutions, exils, dispersion, guerre idéologique, désinformation, anathèmes. A plusieurs reprises, ses ennemis ont cru pouvoir décréter sa fin. Ils ont échoué, car son enracinement populaire, national et social a toujours garanti sa continuité. Toutes les armes ont été utilisées contre lui. Pourtant, il est resté debout, solide face aux tempêtes, résistant aux complots et aux campagnes d’exclusion. On peut dire qu’il a tenu face aux tentatives d’effacement, alors même qu’il figure parmi les rares mouvements politiques du tiers-monde post-indépendance dont la direction et la base ont été violemment réprimées. L’USFP a considéré que la lutte qui fait sa raison d’être exige de lui la résistance. Mieux encore, la conscience de cette épreuve a façonné son identité : sa lutte pour exister a été indissociable de l’épreuve de la répression. C’est aussi à l’aune des tentatives d’éradication qu’il distingue ses alliés de ses adversaires, les équitables des rancuniers. L’USFP n’a pas été épargnée non plus par des tensions internes. A différentes étapes, ses dirigeants ont été la cible de surenchères et de critiques parfois douloureuses. Ce fut le cas de feu Abderrahim Bouabid, a été l’objet des attaques ignobles. Ce fut le cas de Abderrahmane Youssoufi qui été délaissé par des plusieurs militants et resté seul face aux poches de résistances au changement ; de Abdelouahed Radi ou encore de Mohamed Elyazghi. Et cela continue encore aujourd’hui sous une forme ou une autre. Les formes ont varié, mais la constance a été la mise en doute de sa légitimité militante, l’accusation de compromission, de l’abandon des tâches historiques ou l’annonce répétée de sa disparition imminente. Parfois, les chocs internes ont coïncidé, objectivement, avec les stratégies d’affaiblissement venues de l’extérieur, suscitant trouble et suspicion. Mais ces épreuves ont paradoxalement renforcé sa cohésion. Comme l’a rappelé le Premier secrétaire Driss Lachguar, les scissions qu’a connues le parti ont contribué à l’affaiblir, pour des raisons tantôt politiques, tantôt organisationnelles ou idéologiques, parfois liées à des ambitions électorales ou à des rivalités internes. Ce sont là des réalités que nul militant lucide ne peut ignorer. Mais elles ne sauraient constituer un motif pour proclamer une mort collective. La mémoire nationale, celle des organisations de défense des droits humains et l’histoire officielle du pays gardent trace de ce parcours difficile et douloureux. Mais la question qui s’impose : pourquoi, dès lors, l’USFP a-t-il été si souvent la cible d’assassinats symboliques et de tentatives d’exclusion ? D’abord pour sa légitimité nationale, ensuite pour sa légitimité militante, enfin pour son attachement à la souveraineté démocratique et populaire. S’il a été ainsi prise pour cible, c’est aussi en raison de sa capacité à poser les vraies questions utiles au pays, de son identité réformatrice, de son attachement à son indépendance de la prise des décisions du parti. Son ancrage dans le temps -célébré lors du cinquantième anniversaire de son Congrès extraordinaire fondateur d’une nouvelle étape dans l’histoire de l’USFP-, sa présence sur l’ensemble du territoire et dans toutes les catégories et classes sociales, son rayonnement dans les milieux socioprofessionnels et sa place singulière dans les instances progressistes internationales (l'Internationale socialiste, l'Alliance progressiste, COPPPAL, l'Alliance démocratique arabe, l'IUSY, l'Internationale socialiste des femmes, le Comité socialiste africain) témoignent de sa vitalité. Mais l’essentiel demeure sa capacité à renouveler son souffle réformateur à chaque moment national décisif : défense de l’Etat social, amélioration de l’arsenal constitutionnel et politique, mobilisation des intellectuels et des experts pour construire un Maroc nouveau, refus de la routine organisationnelle qui épuise les énergies et ignore les nouvelles réalités sociales d’un pays en profonde mutation. Tels sont les critères d’une évaluation objective des partis politiques. Certes, l’action politique nationale connaît ses fragilités, ses impasses, ses dérives. L’USFP n’en est pas isolé. Il évolue dans un environnement marqué par l’argent, le populisme et des pratiques électorales biaisées, dont il a souvent été l’un des principales victimes. Face aux attaques dont l’USFP fait l’objet, au moment où s’ouvrent des échéances internes et électorales majeures (la mise œuvre des recommandations et décisions du Congrès) , il est légitime que ses militantes et militants défendent leur existence et s’interrogent sur le timing de ces attaques qui visent de toute évidence à créer des écrans de fumée pour les militants et à les distraire des vraies questions qui exigent tous leurs efforts intellectuels et physiques. Feu Abdelouahed Radi, qui a accompagné tous les dirigeants de l’USFP et y est resté fidèle jusqu’à son dernier souffle il y a deux ans, mettait en garde contre toute tentation de suicide collectif, contre ce désir profond de sombrer ensemble dans l’abîme. Témoin privilégié de ces tourments, il a soutenu ses successeurs tout en insistant sur l’urgence d’endiguer cette marche quasi volontaire vers le précipice et les appels qui la légitiment. Aujourd’hui encore, les militantes et militants n’ont rien perdu de leur ardeur ni de leur énergie. Ils poursuivent la lutte, dans un contexte peu favorable à l’engagement civique et politique, sans se laisser intimider par les succès des forces hostiles au progrès et à la démocratie. Fidèles à l’héritage de leurs dirigeants, de leurs martyrs et de générations d’engagés sincères, ils poursuivent la mission historique qui leur incombe. Fermes et déterminés à mettre en œuvre les décisions du Congrès et à poursuivre la réforme ! Et que chacun le sache : l’USFP n’a nul besoin de certificat de vie, car c’est bien qui en délivre !

Libé
Dimanche 22 Février 2026
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