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Face au risque de vandalisme ou de vol, des oeuvres d'art assurées... ou pas


Libé
Dimanche 12 Mai 2024

Jets de peinture, farine, soupe, tags: cibles récentes de militants écologistes ou d'artistes performeurs, les oeuvres d'art dans les musées publics n'y sont pourtant pas assurées sauf en cas de prêt ou de déplacement, a contrario de celles exposées dans les institutions privées.

Le tableau "L'Origine du monde" de Courbet (1866), tagué à la peinture rouge lundi au Centre Pompidou-Metz (est) par l'artiste performeuse Deborah de Robertis revendiquant une "action", était protégé par une vitre. La célèbre Joconde, jugée "inestimable", est, elle, carrément placée sous vitre blindée au musée du Louvre.

Mais d'autres chefs d'oeuvre exposés dans les grands musées français ne disposent pas d'une telle protection: en cas de déprédation, destruction ou vol, l'État est son propre assureur et n'est pas dédommagé.

"Les collectivités publiques n'assurent pas leurs oeuvres généralement, à l'exception des dépôts d'oeuvres privées", avait indiqué à l'AFP le ministère français de la Culture en 2023. En cas de dommage dans leur lieu habituel d'exposition, c'est "l'État ou la collectivité" qui met en oeuvre "les dépenses nécessaires".

En revanche, les institutions privées comme les fondations Giacometti et Louis Vuitton ou la Collection Pinault, "assurent généralement leurs collections", selon Irène Barnouin, responsable en France de la branche Arts du courtier en assurance WTW.

Ce sont alors les compagnies d'assurance privées - souvent "des acteurs spécialisés émanant de grands groupes d'assurance" connus, comme Axa XL, Helvetia, Hiscox, Liberty specialties market, QBE - qui couvrent l'oeuvre, avec "différents niveaux d'assurance".

Pour les musées publics, "assurer (dans leurs murs) les oeuvres, à la valeur souvent inestimable, ne les rendrait pas moins vulnérables et ce serait une dépense extrêmement élevée sans corrélation avec le risque de déprédation", avait indiqué le ministère français de la Culture.
En revanche, en cas de prêt ou déplacement, pas le choix: les oeuvres d'art doivent être assurées par l'institution qui les emprunte, qu'elle soit publique ou privée.

C'est dans les "phases de manipulation", "lorsqu'on descend l'oeuvre du clou, l'emballe, la met dans un moyen de transport et qu'on la sort pour la remettre au clou", que le risque est le plus élevé de l'abîmer, selon Daphné de Marolles, responsable en France de la branche Arts d'Axa XL.

Le Centre Pompidou-Metz recevait "L'Origine du monde", qui représente un sexe féminin, dans le cadre d'un prêt consenti par le musée d'Orsay. Dans un tel cas, l'assurance contractée par le musée d'origine couvre aussi l'oeuvre dans son organisme d'accueil.

Cette garantie "clou à clou" fixe la valeur de l'oeuvre ainsi que le montant de la prime d'assurance, qui dépend aussi d'autres paramètres (nature du transport, conditions d'exposition, etc.).
Cette prime peut se chiffrer à "plusieurs millions voire centaines de millions", selon le ministère de la Culture.

Une action de militants écologistes qui endommagerait un tableau constituerait du "vandalisme", cas d'espèce "toujours inclus dans les contrats d'assurance" privés, précise Mme Barnouin. Mais cela n'empêche pas une certaine "inquiétude" des institutions, devant des "risques aggravés".

Ces dernières années ont en effet été marquées par de nombreuses actions coups de poing des militants écologistes, aspergeant à Londres les "Tournesols" de Van Gogh de soupe de tomate ou recouvrant à Berlin "Les Meules" de Claude Monet de purée.

"Même si plusieurs événements ont défrayé la chronique, on n'est pas devant une occurrence folle", tempère Daphné de Marolles. Les oeuvres touchées jusqu'à présent étaient "protégées par des vitres, et les dommages relativement faibles", souligne l'experte.
Pour elle, les attaques d'activistes relèvent plus du "symbole pour faire passer un message" que d'une volonté de générer "des dégâts irréparables".

"Le sujet, c'est la sécurité des oeuvres et la sûreté des établissements", estime le ministère de la Culture, rejoint sur ce point par cette experte. Elle estime cependant qu'il ne faudrait pas mettre l'art sous cloche mais "trouver un certain équilibre", car la mission d'un musée est aussi de "préserver l'émotion du public devant une oeuvre".


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