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Et si la Chine votait Trump ?




Une guerre commerciale et technologique doublée d'un combat diplomatique quotidien: malgré un premier mandat Trump calamiteux pour elle, la Chine pourrait voir d'un bon oeil une réélection du président américain, misant sur un déclin irréversible de son grand rival stratégique. Officiellement, Pékin n'a pas de préférence entre Donald Trump et Joe Biden. Mais certains commentateurs misent sur le président sortant pour qu'il affaiblisse son pays et l'Occident, accélérant à l'inverse la montée espérée de la Chine au rang de première puissance mondiale. Les Chinois "espèrent que vous serez réélu car vous rendez l'Amérique excentrique et donc haïe dans le monde entier", lançait en mai sur Twitter le rédacteur en chef du quotidien nationaliste Global Times, Hu Xijin, en s'adressant au président américain. "Vous renforcez l'unité de la Chine". Les relations bilatérales sont tombées sous Donald Trump au plus bas depuis l'établissement des relations diplomatiques en 1979. Dans une ambiance de guerre froide, Washington a fermé fin juillet un consulat de Chine sur son sol, tandis que Pékin lui rendait la pareille quelques jours plus tard. Qin Gang, vice-ministre des Affaires étrangères, l'assure: "Nous nous moquons de savoir qui est à la Maison Blanche. Ce que nous voulons, c'est une relation calme et meilleure avec les EtatsUnis". Tout en rappelant jeudi devant des journalistes européens: "Les relations sino-américaines étaient problématiques aussi avec les démocrates sur beaucoup de sujets". Le président républicain a fait de la Chine l'une des cibles de sa campagne et enragé ses dirigeants en parlant de "virus chinois" à propos du nouveau coronavirus. Diplomatiquement, Donald Trump est "incontrôlable et insaisissable" pour Pékin, observe le sinologue Philippe Le Corre, de la Harvard Kennedy School aux Etats-Unis. Mais "l'intérêt d'une réélection de Trump est dans la poursuite quasi-automatique de sa politique 'America First' ("l'Amérique d'abord"), qui coupe en partie Washington de ses alliés traditionnels", explique-t-il à l'AFP. "Il est évidemment cohérent d'imaginer que les élites chinoises se réjouissent de l'affaiblissement des Etats-Unis, qui sont le grand rival." Et ces dernières se frottent les mains face aux divisions occidentales. "L'un des objectifs stratégiques de Pékin est d'affaiblir l'Alliance atlantique, qui est partie à la dérive sous l'administration Trump", relève Theresa Fallon, qui dirige à Bruxelles le Centre d'études Russie-Europe-Asie (Creas). Dès l'arrivée au pouvoir de Donald Trump en janvier 2017, son homologue chinois Xi Jinping a cherché à projeter l'image d'un dirigeant responsable, plaidant à Davos pour le libre-échange, sous les applaudissements des milieux d'affaires affolés par le protectionnisme du président américain. Plus récemment, le numéro un chinois s'est attiré des compliments pour avoir annoncé que son pays, premier pollueur de la planète, commencerait à réduire ses émissions de CO2 avant 2030 -- contrastant avec la dénonciation de l'accord de Paris par Washington. Et alors que Donald Trump a annoncé le retrait des Etats-Unis de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Xi Jinping a promis de faire d'un éventuel vaccin chinois contre la Covid-19 "un bien public mondial". Mais à terme, "la relation pourrait s'améliorer si la pandémie est rapidement maîtrisée aux Etats-Unis et que la Chine achète davantage de produits" américains, comme elle s'y est engagée en début d'année, prédit le politologue Zhu Zhiqun, de l'Université Bucknell aux Etats-Unis. Dans cette perspective, "il n'est pas inconcevable que Trump et Xi raniment leur amitié". D'autant que le régime communiste n'a guère à attendre si Joe Biden entre à la Maison Blanche. "Biden héritera des droits de douane et je doute qu'il les lève unilatéralement", observe Bonnie Glaser, du Centre pour les études stratégiques et internationales à Washington. "Pékin devra probablement céder à d'autres exigences américaines s'il veut la levée de ces surtaxes" imposées par Donald Trump sur des produits chinois importés, estimet-elle. Et sur le front technologique, "quel que soit le vainqueur, les Etats-Unis ne reviendront pas sur leur décision d'exclure les équipements Huawei de leurs réseaux" d'Internet mobile, déclare-t-elle à l'AFP. Washington accuse le géant chinois des télécoms d'espionnage potentiel. Plus gênant peut-être pour Pékin, les démocrates sont habituellement plus fermes que les républicains en matière de droits de l'Homme. L'ancien vice-président pourrait aussi accroître la pression face à la reprise en mains de Hong Kong. "Biden serait une mauvaise nouvelle pour Pékin parce qu'il favoriserait très rapidement une coalition de pays qui sont sur la même longueur d'onde face à la Chine", prévoit Philippe Le Corre.

Libé
Mardi 20 Octobre 2020

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