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En Irak, les réservoirs sont pleins mais la crise de l'eau persiste




En Irak, les réservoirs sont pleins mais la crise de l'eau persiste
Ses réservoirs remplis et ses marais rendus luxuriants par les pluies, l'Irak aborde pour une fois l'été avec optimisme, mais la menace des pénuries d'eau plane toujours.
Certes, les 42 milliards de mètres cubes d'eau sur lesquels le "pays des deux fleuves" peut compter à l'approche de l'été ont relégué la sècheresse de 2018 --avec moitié moins d'eau stockée-- au rang des souvenirs.
Mais les pluies abondantes n'ont pas emporté avec elles les profonds problèmes qui affectent l'approvisionnement en eau dans un pays en pleine croissance démographique.
Le réseau est en piteux état, les disputes régionales pour les ressources fluviales ne sont pas réglées et le réchauffement climatique fait de plus en plus sentir son effet dévastateur.
Au nord de Bagdad, les citernes rouillées de la station de pompage d'Al-Machahda portent encore des impacts de balles, traces des nombreux combats ayant eu lieu dans ce pays au cours des dernières années. Des tuyaux de plastique gisent en bord de route.
A quelques kilomètres de là, un réservoir fuit en permanence.
Ces installations sont à l'image des infrastructures en Irak, ravagées par le temps, par un embargo qui avait bloqué l'importation de pièces détachées dans les années 1990, mais aussi par les guerres à répétition et les attaques jihadistes.
Une partie du réseau d'adduction d'eau, vieux de 60 ans, repose "sur des sols devenant corrosifs au contact de l'eau, donc les tuyaux sont pleins de trous" et jusqu'à 60 ou 70% de l'eau se perd avant d'atteindre foyers ou cultures, explique à l'AFP Azzam Alwash, spécialiste renommé des questions hydriques et fondateur de l'ONG environnementale Nature Iraq.
Et celle arrivée à bon port est loin d'être consommée avec raison, entre irrigation dispendieuse et familles peu soucieuses de fermer le robinet pour éviter de gaspiller une ressource facturée à bas prix.
En Irak, la consommation quotidienne d'eau par habitant atteint le double des 200 litres de moyenne mondiale, selon l'ONU.
Pour limiter les pertes, il faudrait réparer stations et tuyaux, plaide Ahmed Mahmoud, chargé des ressources hydrauliques à al-Machahda.
En 2014, l'Irak avait décidé d'allouer 180 milliards de dollars (160 milliards d'euros) sur 20 ans pour résoudre la crise de l'eau.
Mais, rapporte M. Mahmoud à l'AFP, "les fonds ont été gelés en 2014 puis alloués aux dépenses militaires" pour repousser le groupe Etat islamique (EI), depuis défait.
Sans des fonds de l'Unicef, Al-Machahda n'aurait jamais pu acheter les tuyaux nécessaires à sa station de pompage, souligne-t-il.
Le budget du ministère des Ressources hydrauliques "a fondu à près de zéro" au moment des combats contre l'EI, renchérit Mehdi Rachid, chargé des barrages au ministère.
Les manifestations massives de l'été dernier pour protester contre les pénuries d'eau et l'incurie des autorités semblent toutefois avoir changé la donne: en 2019, le budget du ministère a été augmenté de 60%.
Mais avec 760 millions de dollars (680 millions d'euros), c'est l'un des plus modestes budgets du gouvernement, 15 fois moins que celui du ministère de l'Electricité.
Le Premier ministre Adel Abdel Mahdi le reconnaît lui-même: "Je serai malhonnête si j'affirmais que les infrastructures suffisent" pour faire face à des températures qui peuvent monter jusqu'à 55 degrés l'été.
La pénurie d'eau trouve aussi ses racines hors d'Irak.
Le Tigre et l'Euphrate prennent leur source en Turquie et traversent Syrie et Iran: à chaque nouveau barrage ou réservoir construit là-bas, le débit diminue en Irak.
"Avant, nous recevions 15 milliards de m3 d'eau d'Iran, ce n'est plus le cas aujourd'hui à cause des barrages", affirme M. Alwash.
La Turquie, qui a achevé son barrage d'Ilisu, pourrait réduire encore le débit du Tigre en Irak en remplissant ses réservoirs.
Bagdad négocie mais son emplacement en aval le met en position de faiblesse.
Le réchauffement climatique pourrait également provoquer des sècheresses inédites dès l'an prochain, selon la Banque mondiale.
"Une année, c'est la sècheresse, l'année d'après, les inondations: c'est le résultat du changement climatique", constate, laconique, Karim Hassan, directeur du barrage de Tharthar, au nord de Bagdad dont le réservoir est à son plus haut niveau depuis 63 ans.
Dieu "nous a bénis avec la pluie cette année, nous verrons pour la suivante", dit-il.
La croissance démographique pèse de plus en plus sur les ressources en eau: d'ici 2030, l'Irak pourrait compter 50 millions d'habitants, 10 millions de plus qu'aujourd'hui. Le déficit en eau sera alors de 37%, selon Institut Iraq Energy.
M. Mahmoud souligne que sa station pourvoit aujourd'hui aux besoins des 300 familles d'al-Machahda, "mais dans trois ans, elles seront deux fois plus nombreuses".

Jeudi 2 Mai 2019

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