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Efficacité énergétique : On est loin du compte

Etat et hommes d’affaires interpellés




«Le Maroc accuse un retard important en matière d’efficacité énergétique.  En fait, ce chantier avance lentement à l’inverse des projets d’énergie renouvelable qui continuent de le faire rapidement. Une accélération du rythme de mise en œuvre est nécessaire». C’est ce qui ressort du rapport du Conseil économique, social et environnemental (CESE) sur la situation économique, sociale et environnementale en 2017 qui a révélé  que le Maroc a été classé à la 51ème place sur 111 pays dans le rapport RISE 2018 relatif à l’efficacité énergétique, alors qu’il y occupe des positions plus avancées dans les aspects liés aux « énergies renouvelables » et à «l’accès à l’énergie», soit , respectivement, la 36ème et la 32ème  places.
Un constat déjà observé par le CESE dans son rapport de 2015 relatif à l’intégration des exigences des changements climatiques dans les politiques publiques qui a mis en lumière le retard important accusé par l’opérationnalisation de la Stratégie nationale d’efficacité énergétique pilotée par l’ADEREE et notamment la budgétisation de celle-ci, la publication de plus de 20 textes d’application de la loi 47.09, la normalisation énergétique des équipements, la programmation et la réalisation des audits énergétiques alors que l’efficacité énergétique recèle d’importantes opportunités  pour l’économie marocaine.
Selon le CESE, l’optimisation de la consommation d’énergie permettra une amélioration de la compétitivité économique et particulièrement celle de l’industrie ainsi que l’allègement de la facture énergétique nationale et la création de plus de 40.000 emplois verts
Les experts dudit Conseil estiment que ce retard est dû  à la complexité des prérequis en matière de gouvernance dans ce domaine ainsi qu’au caractère transversal de ce secteur et à la multiplication des acteurs concernés (transport, industrie, bâtiment, éclairage public, ...) ce qui rend le suivi, l’évaluation et la coordination plus difficiles et plus lents.
Ahmed Benjelloun, expert en environnement, estime que les raisons de ce retard sont à chercher ailleurs. D’après lui, il y a peu de prise de conscience auprès des entrepreneurs et un manque d’information, de sensibilisation et de formation. Notamment dans l’industrie, l’un des secteurs les plus énergivores du Maroc avec 32% de la consommation énergétique finale et le bâtiment. «Plusieurs actions ont été entreprises afin d’intégrer l’efficacité énergétique dans ces secteurs mais rien ne semble bouger puisque les entrepreneurs ne sont pas prêts à jouer le jeu », nous a-t-il indiqué. Et de poursuivre : « Ces entrepreneurs se sentent peu impliqués dans ce dossier ou peu intéressés par le sujet. D’autant plus que l’Etat ne joue pas franc jeu avec eux puisqu’ils ne sont pas consultés ni impliqués dans l’élaboration des programmes ou leur coordination »
Notre source pense également que ce retard a été aggravé par la non application des dispositions de la loi n°47-09 relative à l’efficacité énergétique, promulguée par le Dahir n° 1-11-161 du 1er Kaada 1432 (29 septembre 2011) et publiée au Bulletin officiel n° 5996 du 17 novembre 2011. Laquelle loi  avait pour  objet d’augmenter l’efficacité énergétique dans l’utilisation des sources d’énergie, d’éviter le gaspillage, d’atténuer le fardeau du coût de l’énergie sur l’économie nationale et de contribuer au développement durable. « La mise en œuvre de cette loi se base en principe sur des exigences, des études, des audits et des  contrôles techniques et cela pose problème pour les entrepreneurs. Notamment dans le secteur de l’industrie qui exige une ingénierie pointue et complexe »,
Qu’en est-il du rôle de l'Agence marocaine pour l'efficacité énergétique (ADEREE) ? Elle a certes  lancé plusieurs programmes d’efficacité énergétique dans l’industrie et le bâtiment (CEEB) et des chantiers sont en cours de réalisation. Notamment l’installation des chauffe-eaux solaires, la généralisation des audits énergétiques dans l’industrie, la promotion de l’utilisation des lampes à basse consommation et l’installation des chaudières à biomasse dans l’agro-industrie, mais l’ensemble de ces mesures ont du mal à donner leurs fruits, indiquent plusieurs experts. « Ces programmes motivent moins les industriels puisque leurs conceptions sont abstraites et parfois compliquées alors que, eux, sont plus portés sur les projets concrets et applicables.  Ceci d’autant plus que le travail de l’ADEREE s’inscrit dans le cadre de considérations de politique gouvernementale », nous a affirmé Ahmed Benjelloun.  
Que propose donc le Conseil économique, social et environnemental pour rattraper ce retard ? Ses experts soulignent la nécessité d’accompagner la nouvelle stratégie par un système d’information efficace et des indicateurs détaillés pour le suivi et l’évaluation, une coordination poussée et concertée entre l’ensemble des acteurs concernés dans le cadre d’une approche participative, une accélération de la territorialisation des actions d’efficacité énergétique, avec la clarification du rôle des régions et des collectivités territoriales, la mise en place de mesures fiscales et de subventions suffisamment adaptées, ainsi qu’une accélération de la publication des décrets d’application de la loi 47-09, notamment celui afférent à l’audit énergétique obligatoire. « Ces éléments s’avèrent décisifs pour permettre au Maroc d’atteindre ses objectifs en matière d’efficacité énergétique et d’aboutir à une économie d’énergie de près de 20% à l’horizon 2030 », a conclu le rapport du CESE.

Hassan Bentaleb
Jeudi 4 Octobre 2018

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