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Deux Marocaines distinguées pour la qualité de leurs recherches


Remise à Casablanca des Prix L’Oréal UNESCO Maghreb pour les femmes et la science 2019



Organisé depuis six ans à l’échelle du Maghreb et 13 ans au Maroc, le programme «L'Oréal-UNESCO pour les femmes et la science» a attribué cette année des bourses à deux Marocaines, deux Tunisiennes et une Algérienne. Fruit d’un partenariat entre la Fondation L'Oréal et l'UNESCO, les bourses de 2019 ont été attribuées aux chercheuses Laila El Ghazouani de l’Ecole nationale d’architecture et Hanan Arahmane de l’Université Mohammed V (Maroc), Leila Nasraoui de l’Université de Carthage Ariana et Randa Sghaier de l’Université de Monastir (Tunisie) et Soumicha Mahdjour de l’Université de Mascara (Algérie). Soulignons que lesdites bourses, qui visent à promouvoir la participation des jeunes femmes dans les sciences, ont été remises lors d’une cérémonie organisée récemment à l’Institut français de Casablanca, en présence de nombreux invités dont des universitaires, chercheurs, le directeur de l’Institut français… Distinguées pour la qualité de leurs recherches, les lauréates de l’actuelle édition ont ainsi reçu des bourses d’une valeur de 10.000 euros chacune ; une somme qui devrait leur permettre de mener à bien leurs projets post-doctoraux et les encourager à poursuivre leur brillante carrière dans les sciences. «Notre ambition commune est d’accorder aux femmes la place qu’elles méritent dans la science. Nous en sommes convaincus, les femmes ont un rôle à jouer au niveau de la science et la science fait avancer le monde. Plus que jamais, nous avons besoin de l’excellence qu’elles incarnent pour faire face aux défis qui se dressent devant nous tous les jours», a déclaré Laila Benjelloun Touimi, directrice générale de L’Oréal Maroc dans son discours. Pour aider davantage de femmes à accéder à l’excellence scientifique et à participer sur un pied d’égalité à la résolution des grands défis qu’affronte l’humanité, la Fondation L’Oréal et l’UNESCO se sont donné la main depuis plus de deux décennies via le «Programme pour les femmes et la science». Cette collaboration a permis, «de contribuer à valoriser plus de 3100 chercheuses dans plus de 117 pays», a-t-elle relevé rappelant que l’objectif de ce programme est de récompenser les femmes scientifiques d’exception par un prix d’excellence et en leur accordant des bourses doctorale ou post-doctorale. A noter qu’au niveau du Maghreb, plus d’une soixantaine de bourses ont été octroyées depuis la création de ce programme dans cette région. Pour rappel, ce programme récompense cinq chercheuses maghrébines qui, par leurs découvertes, font progresser la science. Il s’agit de jeunes femmes talentueuses exerçant dans les domaines de la science du vivant et de l’environnement (biologie, biochimie, génétique, physiologie, biotechnologie, écologie et chimie appliquée à la vie) et des sciences de la matière (physique, chimie, mathématiques, science de l’information, ingénierie, science de la terre et de l’univers), souligne l’équipe d’organisation. S’agissant de la représentativité des femmes dans la sphère de la recherche, en dépit du fait qu’elles mènent des recherches révolutionnaires dans le monde entier et que leurs découvertes remarquables leur sont attribuées «seulement 30% des chercheurs sont des femmes, 11% des postes à responsabilité au niveau académique sont occupés par des femmes et seuls 3% des prix Nobel (de science) ont été décernés à des femmes», a déploré Laila Benjelloun Touimi. «A partir de ce moment, par ce programme, nous souhaitons vraiment être un accélérateur du changement. Nous souhaitons poursuivre cette action de mise en ligne d’accompagnement, de formation des femmes au service de la science. En parallèle, s’attaquer aux territoires où elles sont encore sous-représentées», a-t-elle expliqué. Responsable de la communication de L’Oréal Maroc, Nadia Zekri a, pour sa part, salué un travail de longue haleine, remerciant «chaleureusement les cinq membres du jury pour le travail acharné et bénévole qu’ils font accompli pour sélectionner les boursières et pour l’amour de la science». Rappelant les critères de cette sélection, elle a déclaré : «La sélection se fait généralement sur dossier et les critères sont décidés au niveau de la Fondation L’Oréal. C’est dire que c’est sur les mêmes critères à l’échelle internationale que sont jugées toutes les boursières». «Cette bourse va leur permettre de financer une partie de leurs travaux de recherche. Souvent, les femmes sont un peu bloquées par le financement de leurs travaux. Donc, l’objectif est de les accompagner dans cette magnifique aventure afin qu’elles n’abandonnent pas la partie et qu’elles puissent réaliser leur rêve», a soutenu Nadia Zekri. Pour ce qui de la particularité de cette édition, elle a souligné : «Nous avons une jeune femme qui nous vient de Rabat et qui est la première à obtenir cette bourse dans le domaine de l’architecture». 

Cinq jeunes chercheuses d’ exception

Diplômée de l’Ecole nationale d’architecture à Rabat, Laila El Ghazouani est la toute première femme architecte lauréate du programme «L'Oréal-UNESCO pour les femmes et la science». La Marocaine, qui rêve de réconcilier le citadin avec l’espace public de la ville en lui offrant plus de confort thermique et des constructions en harmonie avec l’environnement, tente par ses recherches de proposer des moyens d’intervention afin de diminuer les températures élevées ressenties dans la ville. Avec, à long terme, la possibilité de proposer une nouvelle façon de bâtir une ville avec des typologies architecturales plus adaptées. S’adressant aux femmes, la lauréate marocaine encourage celles-ci à «ne pas trouver de prétexte pour être ambitieuses», assurant que « le monde se mettra à votre service tant que vous le souhaitez» et que «l’engagement professionnel a une certaine magie à vous souffler un mindset qui vous rendrait capables de dépasser toutes les contraintes». Améliorer la qualité de vie de l’humanité, avec zéro impact de l’homme sur le réchauffement climatique. Tel est l’objectif de sa compatriote Hanan Arahmane. Docteur en physique et instrumentation nucléaire de l’Université Mohammed V, la jeune femme a mené des travaux de recherche de thèse dont l’objectif principal a été «d’introduire de nouvelles méthodes de traitement numérique du signal. A savoir, des méthodes de séparation aveugle de source matricielle et tensorielle et les méthodes d’intelligence artificielle». Ses travaux visent à «améliorer les techniques de mesure de flux neutronique, et ce dans la perspective d’une meilleure estimation de ce flux dans un champ de rayonnements mixtes, en particulier au sein du seul réacteur au Maroc, à savoir celui du Centre national de l’énergie, des sciences et des techniques nucléaires (CNESTEN)», résume-t-on. Dans son message aux femmes, Hanan Arahmane exhorte celles-ci à s'entourer des personnes qui les soutiennent et les aiment, les encouragent à avoir confiance en soi et à se révéler à elles-mêmes et aux autres en exploitant leurs qualités humaines au service de leurs actions. La chercheuse est persuadée que les femmes ne devraient jamais se décourager et surtout «ne pas écouter les nombreuses personnes qui vont essayer de vous rabaisser. Accrochez-vous à vos ambitions et ne laissez personne vous décourager», précise-t-elle. Avant de les inviter à croire en leur potentiel, à saisir les opportunités et à se donner à fond. «Ce n’est qu’à ce prix que la réussite sera au rendez-vous », assure-telle. Seule lauréate algérienne de l’édition 2019, Soumicha Mahdjour rêve de découvrir un jour des substances naturelles moins nocives pour guérir des patients souffrant de pathologies néoplasiques rebelles. Docteur en biotechnologie et chimie des produits naturels de l’Université de Mascara, «ses travaux de recherche consistent à l’évaluation de nouveaux photo-sensibilisants chimiques via une stratégie correcte et adéquate de prise en charge des patients souffrant d’une pathologie incurable : le cancer». Son conseil aux femmes est aussi valable aux hommes : vous n’avez qu’une seule vie, alors utilisez-la pour réaliser vos rêves. Et n’écoutez pas les personnes qui vous diront que ce que vous voulez est impossible. Le réseau de la 5ème génération est une révolution qui devrait faciliter l’émergence d’un immense écosystème de l’internet of things par la connexion de milliards d’objets, soutient la lauréate tunisienne, Leila Nasraoui. Docteur en technologies de l’information et de la communication de l’Université de Carthage Ariana, son projet concerne l’intégration des drones dans le réseau de la 5ème génération pour étendre la connectivité et offrir un service performant et à la demande. Pour elle, qu’il s’agisse du choix des thèmes de recherche, des problématiques, ou de la façon de les aborder, la présence des femmes contribue à une diversification des points de vue et des pratiques. Elle assure que la science ne peut pas se priver de l’apport des femmes, avant d’inviter celles-ci à croire en soi, en leur potentiel et surtout à ne jamais abandonner. Deuxième lauréate d’origine tunisienne de ce programme, Randa Sghaier est spécialisée en biologie moléculaire, biologie cellulaire et neurosciences à l’Université de Monastir Sousse. Ses travaux consistent à «comprendre les méthodes biologiques actuellement employées dans le traitement de la sclérose en plaques, pour permettre aux patients de guérir, ou du moins améliorer le plus possible leur état et à défaut de retarder l’évolution de la maladie». Quand elle s’adresse aux femmes, la boursière -qui espère découvrir un traitement pour réduire la souffrance des patients atteints de sclérose en plaques et pourquoi pas les soigner- leur assure : « Vous oublierez tout le stress vécu, tous les moments de tristesse et de peur quand vous serez félicitées et encouragées ». «Allez-y, ne laissez personne vous en dissuader ! Soyez confiantes et croyez en votre passion», lance-t-elle en signe d’encouragement.

Hanan Arahmane Docteur en physique et instrumentation nucléaire (Maroc)

Deux Marocaines distinguées pour la qualité de leurs recherches
S’accrocher, se donner à fond et croire en son potentiel

«C’est une grande fierté pour moi et un grand honneur que d’être parmi les cinq lauréates du programme dans son édition Maghreb. Cette bourse représente pour moi une aide financière précieuse qui me permettra de travailler dans de meilleures conditions, de participer à des conférences, congrès, séminaires et journées d’études. En plus de me permettre de pousser plus loin mes recherches scientifiques, cette bourse me permettra également de montrer la qualité et la capacité des femmes marocaines dans ce domaine lors des différentes manifestations scientifiques auxquelles je pourrais prendre part à l’international. Aux femmes, je leur demanderais de s’accrocher, de croire en leur potentiel, de se donner à fond et la réussite sera au rendez-vous ».

Leila Nasraoui, Docteur en technologies de l’information et de la communication (Tunisie)

Deux Marocaines distinguées pour la qualité de leurs recherches
Vous devez avoir de la persévérance

«C’est à la fois une fierté et une opportunité. Cette bourse est une récompense pour les travaux que j’ai effectués, mais aussi une motivation pour le poursuivre. Elle me permettra de réduire les charges de mes déplacements, par exemple, aux congrès. Cela me donnera l’occasion de présenter mes travaux de recherche au public et de multiplier les publications. J’encourage toutes les femmes chercheuses tunisiennes et maghrébines en général à candidater à ce programme. C’est vraiment très intéressant. Je les encourage aussi à faire de la recherche, de la science et surtout de persister parce que lorsqu’on fait de la recherche, ce n’est pas évident d’avoir des résultats dès le premier coup. Il faut de la persévérance, ce que je les encourage à faire».

Soumicha Mahdjour Docteur en biotechnologie spécialisée en substances bioactives (Algérie)

Deux Marocaines distinguées pour la qualité de leurs recherches
Vous n’avez qu’une seule vie, utilisez-la pour réaliser vos rêves

«Je suis fière et très contente d’avoir reçu cette bourse parce qu’elle va beaucoup m’aider dans mestravaux de recherche et me permettre de financer ma participation aux congrès et rencontres scientifiques auxquels je vais participer à l’étranger. Mes travaux de recherche consistent à extraire des produits naturels, procéder à leur indentification et caractérisation avant de les évaluer en réalisant des tests in-vivo et in-vitro sur des cellules cancéreuses. Mon message aux femmes : «Vous n’avez qu’une seule vie. Alors utilisez-la pour réaliser vos rêves».

Alain Bouithy
Lundi 23 Décembre 2019

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