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Des voix françaises dénoncent l’arbitraire du gouvernement français


Hassan Bentaleb
Jeudi 11 Août 2022

François Hollande: La France et l'Europe doivent comprendre que c'est maintenant que se joue une politique méditerranéenne faite d'investissements mutuellement avantageux

Des voix françaises dénoncent l’arbitraire du gouvernement français
«Indispensables, stratégiques et importantes», c’est ainsi que François Hollande, ancien président français, qualifie les relations de la France avec les pays du Maghreb. Pour lui, il n’est pas question de remettre en cause ces relations. En revanche, il est plus que nécessaire de les renforcer et de les consolider en relançant le partenariat avec les pays de cette région. Dans une tribune publiée dimanche dernier au Figaro, l’ancien locataire de l'Elysée estime que Paris a plus que jamais besoin d'approfondir cette relation et de lui redonner tout son sens, celui de «la solidarité et de l'action». Surtout dans le contexte actuel marqué par les bouleversements internationaux notamment la guerre en Ukraine qui «se répercutent implacablement sur l'économie mondiale, provoquant une hausse générale des prix qui pèsent sur le niveau de vie des populations des deux côtés de la Méditerranée». Tout en affirmant partager le dernier message de S.M le Roi lors de son discours à l’occasion de la Fête du Trône du 30 juillet dernier, François Hollande a tenu à rappeler ce qu'il qualifie de «sort commun» de la France avec le Maroc, l'Algérie et la Tunisie. Pour Hollande, ce sort commun est « sur les questions énergétiques avec le rôle majeur de l'Algérie, qui garantit par sa sagesse le bon approvisionnement du marché ». Ce sort commun l'est sur « les questions de sécurité et de lutte contre les trafics de toutes sortes. Il l'est encore davantage sur le développement économique qui est la condition indispensable pour que la jeunesse du Maghreb garde l'espoir dans son destin sans aller chercher une fuite illusoire dans la migration. Il l'est sur la lutte contre le réchauffement climatique et donc la désertification qui gagne chaque jour du terrain », ajoutet-il. Et de rappeler les efforts du Maroc pour la « stabilité de l'Afrique de l'Ouest, […] ceux de l'Algérie dans la "crise au Mali" et […] l'engagement de la Tunisie aux côtés des "exilés libyens"», en estimant que «l'Afrique tout entière a besoin d'un Maghreb prospère et fort pour accompagner les mutations que la succession des crises sanitaire, sécuritaire et écologique exige, sans oublier celle qui frappe en silence de nombreuses familles du continent confrontées à l'insuffisance alimentaire». A ce propos, l’ancien président soutient que «la France et l'Europe doivent comprendre que c'est maintenant que se joue une politique méditerranéenne faite d'investissements mutuellement avantageux, d'innovations écologiques, de partenariats multiples en matière de santé, de formation et de recherche, et enfin de solidarité politique dans le respect des orientations de chacun». Il a également saisi l’occasion pour afficher son désaccord avec la décision prise l'année dernière par les autorités de son pays de réduire le quota de visas pour les ressortissants des trois pays d'Afrique du Nord. «Dans ce contexte, je regrette d'autant plus la décision des autorités françaises de réduire drastiquement le nombre de visas qui étaient jusque-là accordés à des personnes si liées à notre culture et à notre pays. Cette méthode blesse inutilement sans être efficace dans le contrôle de l'immigration clandestine», note le prédécesseur d'Emmanuel Macron à la tête de l'Etat français. Pour un bon nombre d’observateurs, la sortie de François Hollande n’a rien de surprenant puisque les critiques et les remarques à l’égard de la politique étrangère française vis-à-vis des pays du Maghreb fusent depuis un bon bout de temps. Elles ont commencé avec l’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun qui a déjà indiqué dans une tribune publiée en 2021 au Point que cette politique manque de cohérence et de connaissance des susceptibilités maghrébines. « Disons que Macron n’a pas de sensibilité maghrébine ni arabe, à moins que la vente de 80 avions Rafale aux Emirats Arabes Unis (un record dans l’histoire de la Ve République) ne le rende plus attentif au monde arabe dans sa diversité et sa complexité», a-t-il noté. Toujours selon le lauréat du prix Goncourt (1987), l’influence de la culture française passe par un mauvais moment comme en atteste le nombre très important d’étudiants qui s’inscrivent au British Council pour apprendre l’anglais. Tout en précisant que des familles aisées préfèrent envoyer leurs enfants étudier aux Etats-Unis, en Angleterre ou au Canada. «L’histoire des visas n’est qu’un aspect de la mauvaise humeur de l’Elysée. Le Maroc a commencé à regarder ailleurs et à diversifier ses relations commerciales. Apparemment, le Royaume commence à ne plus être focalisé sur la France et la francophonie», at-il observé. Une analyse que partage le journaliste Abdellatif El Azizi qui pense que «l’histoire des visas n’est qu’un aspect de la mauvaise gestion des relations avec le Royaume de la part des «bleus» qui siègent désormais à l’Elysée». Selon lui, Paris marche en contre sens de l’histoire à un moment où le Maroc a déjà commencé à diversifier ses relations commerciales avec une diplomatie économique tous azimuts y compris avec le Royaume-Uni et des pays influents comme les Etats-Unis et Israël. Le journaliste estime que « la France continue à se croire en terrain conquis et semble convaincue que sa politique de restriction des visas finira par faire pression sur le Maroc ». Pas plus tard que la semaine dernière, dans une publication sur son compte officiel Twitter, l’ex-ministre française de l’Egalité des territoires et du Logement, Cécile Duflot, a interpellé l’ambassade de France au Maroc. Dans son tweet, l’ex-ministre française fait référence à la publication d’une internaute marocaine qui a affirmé sur Twitter que le consulat français au Maroc avait refusé un visa familial à sa mère et sa grand-mère qui souhaitaient se rendre au mariage de son frère en France. Une publication qui a été partagée plus de 200 fois en 24 heures. Pour François Hollande, la France entretient une relation «exceptionnelle avec les trois pays d'Afrique du Nord – l'Algérie, le Maroc et la Tunisie –qui «mêle l'histoire, dont il nous appartient d'en faire un sujet de vérité assumée et non de perpétuel affrontement, car la Méditerranée nous unit y compris dans ses drames, et les échanges multiples nés des courants migratoires qui ont façonné notre propre pays et qui lient nos sociétés bien au-delà de la langue », a-t-il souligné. Et de conclure : « Aussi le moment est-il venu, face aux bouleversements qui secouent le monde, de relancer notre partenariat avec l'ensemble du Maghreb, de mettre sur la table tous les sujets qui pourraient nous éloigner et de consolider ce qui nous rassemble pour nous faire franchir une nouvelle étape. Rapidement».


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