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Des couloirs feutrés de la diplomatie aux scandales d'Internet




Des couloirs feutrés de la diplomatie aux scandales d'Internet
La fureur de Donald Trump après la publication de câbles rédigés par l'ambassadeur britannique à Washington illustre la position périlleuse des diplomates, une profession évoquant des usages protocolaires policés mais devenue potentiellement explosive à l'ère des fuites informatiques.
Le président américain a qualifié mardi, dans un langage peu diplomatique, l'ambassadeur Kim Darroch "d'imbécile prétentieux". Selon les câbles révélés samedi par le Mail on Sunday, l'ambassadeur britannique, bien que représentant un gouvernement courtisant assidument le milliardaire américain afin de préserver la "relation spéciale" entre Washington et Londres, écrivait notamment que M. Trump était "instable" et "incompétent".
Si les diplomates s'efforcent d'afficher des sourires polis, du tact et une certaine stabilité émotionnelle en représentant leur pays à l'étranger, ils remplissent également une mission plus discrète: produire des rapports francs et sans fard à leur gouvernement.
L'aperçu le plus sensationnel des dessous du métier a été révélé par la publication en 2010 par le site WikiLeaks de 250.000 télégrammes de diplomates américains, dévoilant leurs avis sur des dirigeants étrangers.
Selon Brett Bruen, un ancien diplomate américain du gouvernement de Barack Obama, ce dernier incident impliquant M. Darroch aura des conséquences sur la façon dont les diplomates opèrent.
"Nous allons voir de plus en plus d'ambassadeurs et de diplomates réserver leurs commentaires critiques aux échanges téléphoniques et aux vidéo-conférences. Ces derniers --sur des lignes sécurisées du moins-- n'ont pour le moment pas été piratés", explique-t-il.
Pour M. Bruen, qui dirige une société de conseil, Donald Trump s'est retrouvé confronté à la dure réalité diplomatique, lui qui semblait croire à l'amitié à son égard des Britanniques, qui lui avaient déroulé le tapis rouge lors d'une visite d'Etat le mois dernier.
"Les pays et les ambassadeurs font la plupart du temps les choses qui sont dans leur propre intérêt, et ils vous diront tout ce qu'il est nécessaire de vous dire pour s'assurer de votre confiance et de votre soutien", affirme-t-il.
Les télégrammes diplomatiques sont un héritage de la diplomatie européenne, du temps où les émissaires voyageant d'une cour royale à l'autre scellaient leurs messages dans des valises diplomatiques.
Ces valises sont toujours protégées par des lois internationales, et les Etats-Unis emploient encore une centaine de coursiers afin de livrer ces données sensibles et top secrètes.
L'invention des câbles sous-marins a conduit à la création de ces "câbles" diplomatiques. Au sein du département d'Etat américain, comme dans beaucoup de pays, l'écriture de ces messages est peu à peu devenue un art que l'on apprend aux diplomates en herbe, qui savent qu'un mémo croustillant et jugé pertinent peut aider à faire grimper des échelons.
Certains des télégrammes publiés par WikiLeaks ont d'ailleurs suscité des compliments, que leurs auteurs n'attendaient pas, sur leur qualité littéraire. Par exemple celui rédigé par l'adjoint de l'ambassadeur américain à Moscou, qui comparait Dmitri Medvedev, alors président de la Russie, au comparse de Batman, Robin, vis-à-vis de Vladimir Poutine.
Parmi les représailles les plus lourdes liées au scandale planétaire, l'Equateur -- qui a par la suite accueilli le fondateur de WikiLeaks Julian Assange -- avait expulsé l'ambassadeur américain d'alors à cause de câbles suggérant que le chef de la police nationale se livrait à des activités illégales. L'embarras provoqué par ces révélations tonitruantes avait en outre rendu la position de certains diplomates intenable. L'ambassadeur américain au Mexique s'est retiré après la publication de télégrammes où il mettait en doute l'engagement de l'armée pour combattre les cartels de drogue.
L'émissaire américain en Libye a, lui, quitté le pays après des remarques sur l'attirance de Mouammar Kadhafi pour une infirmière ukrainienne "blonde" et "voluptueuse".
La secrétaire d'Etat américaine de l'époque, Hillary Clinton, avait tenté de minimiser les conséquences de ces fuites, qui prennent une toute autre dimension une décennie plus tard pour Donald Trump. "Vous devriez voir ce que nous disons de vous", lui avait, selon elle, confié un dirigeant étranger.

Jeudi 11 Juillet 2019

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