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Des barrages sauvages se dressent contre le virus en Chine

Les habitants de Wuhan ostracisés




Partout, les Chinois de Wuhan ou du Hubei sont considérés avec une inquiétude toute particulière

En Chine, des villages et des quartiers se barricadent derrière des barrages sauvages dans l'espoir d'échapper à l'épidémie de pneumonie virale, tandis que les personnes originaires de Wuhan et sa région se trouvent en butte partout à la suspicion.
Un camion au travers de la route a bloqué cette semaine l'un des accès à Lianyungang, ville au nord de Shanghai, selon des témoignages de riverains, dans le but avoué d'interdire le passage à d'éventuels porteurs du virus.
Et les résidents désireux de s'échapper se voyaient donner pour consigne: "Si vous partez, vous ne revenez pas!", relate à l'AFP Mme Li, une trentenaire.
Dans l'est de Pékin, le complexe d'immeubles résidentiels de Zhongfangli lui aussi se barricade: un amoncellement chaotique de vélos rattachés à une clôture en bois barre depuis le début de la semaine l'accès d'une entrée latérale.
Une façon d'obliger les visiteurs à s'enregistrer auprès des gardiens à l'entrée principale, afin, selon une affichette placardée par les gestionnaires du complexe, de "réduire la circulation des visiteurs et les possibilités de contagion".
Wuhan, la métropole du centre de la Chine d'où s'est propagée l'épidémie, et la province du Hubei dont elle est la capitale, sont coupées du monde depuis une semaine. Et les liaisons de trains et bus longue distance ont été drastiquement réduites.
Mais pas de quoi rassurer entièrement une population chinoise inquiète de la propagation du virus, qui a fait 170 morts et contaminé plus de 7.700 personnes. D'autant que, selon le maire de Wuhan, cinq millions de personnes auraient quitté la ville avant le Nouvel an lunaire (25 janvier).
Du coup, des citoyens ordinaires et cadres locaux s'efforcent de mettre sur pied leurs propres barrages, hantés par le risque qu'un voyageur n'introduise le virus dans leur communauté.
Les barrages improvisés se multiplient à l'entrée des villages, avec souvent des banderoles tendues à travers la route, une table sur la chaussée et des résidents montant la garde, selon des photographies très partagées sur la plateforme de microblogs Weibo.
Sur un cliché, un homme muni d'une lance d'arts martiaux est accroupi devant une barricade, tandis qu'un panneau rédigé à la main indique: "Entrée interdite aux personnes étrangères".
Partout, les Chinois de Wuhan ou du Hubei sont considérés avec une inquiétude toute particulière.
A Yancheng, dans la province du Jiangsu (est), un véhicule muni d'un haut-parleur circule entre des blocs d'immeubles résidentiels répétant inlassablement cet appel à la dénonciation: "Si vous découvrez une personne de retour du Hubei, avertissez immédiatement le comité de quartier!".
Dans des complexes d'habitation à Pékin, des affichettes appellent les résidents à faire connaître les éventuels visiteurs venus de Wuhan ou du Hubei.
L'ostracisme finit par cibler toutes les personnes simplement originaires du Hubei, quels qu'aient été leurs déplacements ces dernières semaines.
Ainsi, beaucoup d'hôtels scrutent désormais les cartes d'identité pour refuser l'accès à toute personne rattachée à Wuhan ou à sa région, s'est indigné jeudi Human Rights Watch.
L'ONG de défense des droits de l'Homme dénonce un véritable "harcèlement" ciblé.
Plusieurs étudiants, scolarisés à Wuhan mais qui étaient rentrés dans leur famille ailleurs en Chine pour les congés du Nouvel an lunaire, en ont notamment fait les frais, leurs noms et informations personnelles étant diffusées largement sur des groupes de messagerie.
"Je suis un étudiant en université à Wuhan. Je promets de m'imposer une quarantaine, je vous en prie, ne nous traitez pas en ennemis!", a imploré en ligne l'un des jeunes Chinois ciblés par ces campagnes d'attaques, selon Human Rights Watch.
Dans le même temps, les autorités du Hubei ont annoncé jeudi que les porteurs du virus qui refuseraient le placement en quarantaine ou contribueraient à la contagion, par exemple en "crachant vers d'autres personnes dans les lieux publics", seront considérés désormais comme "des menaces pour la sécurité publique".
En revanche, le gouvernement n'apporte pas sa caution aux barrages sauvages: "Une circulation normale doit être préservée", a rappelé mardi le ministère de la Sécurité publique, promettant que l'érection de barricades illégales sera "sanctionnée".

Vendredi 31 Janvier 2020

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